Cinéma

Amanda

Mikhaël Hers: l'avenir lui appartient
De Mikhaël Hers
Avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 21 nov . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

A vingt-quatre ans, David (Vincent Lacoste) vit au jour le jour, au rythme de sa nonchalance et de son immaturité, sans se poser trop de questions sur son avenir. Il jongle dans le Paris « bobo » entre plusieurs petits boulots, dont celui d’élagueur. Un jour, sa sœur, maman d’une petite fille qu’elle élève seule, meurt dans un attentat… David va se retrouver en charge de sa petite nièce âgée de sept ans (Isaure Multrier). C’en est fini de son insouciance...

Points forts

- Malgré son sujet (le deuil, et tout ce qu’il induit de chagrin, de détresse et de remise en question), Amanda est un film qui a une grâce lumineuse. En lui, comme aurait écrit Verlaine, « rien ne pèse ou pose ». Sans doute parce que, sur un scénario d’une délicatesse et d’une habileté rares, c’est un film tressé de vitalité et de pudeur, bâti, comme aurait dit Claude Sautet, sur les « choses de la vie », ces évènements banals, minuscules, qui semblent mineurs, mais sur lesquels et grâce auxquels les êtres humains peuvent  de nouveau se projeter et se réinventer un destin.

- A travers des histoires personnelles, Amanda est aussi un film qui rend hommage à Paris, à ses parcs, ses cafés, et sa beauté. Un Paris dont la force de vie inexpugnable lui permet aussi de « digérer», sans pour autant les oublier, les pires catastrophes, en l’occurrence ici, un effroyable attentat.

- Côté distribution, quel bonheur de découvrir là, dans le rôle-titre, une jeune comédienne de sept ans, Isaure Multrier. A la fois juvénile et poupine,  la petite fille émeut par sa sincérité, vraie aussi bien dans les scènes de désespoir que dans des séquences plus rageuses ou plus insouciantes.

 - A la fois touchant et sensible, nonchalant et mature, décalé et pragmatique dans son rôle de « tonton » amené à jouer les pères, Vincent  Lacoste est un autre des plaisirs de ce film. On mesure le chemin parcouru par celui qu’on a découvert, encore ado, dans Les Beaux Gosses de Riad Sattouf.

Points faibles

J'aurais beaucoup de mal à trouver des défauts à ce film. Ecriture, tournage, montage, interprétation… tout est d’une fluidité parfaite. On ne sent aucune « couture » de fabrication.

En deux mots ...

Décidemment le deuil est un sujet qui sied à Mikhaël Hers. Après l’avoir abordé avec une grande délicatesse dans son précédent film, Ce sentiment de l’été, le cinéaste l’explore de nouveau dans cet Amanda.

Une petite fille sans père qui perd sa maman dans un attentat et qui est recueillie par un oncle "déboussolé": on pouvait craindre un film plombant. Il est solaire, léger dans sa forme, profond dans ses sentiments.

Porté par une mise en scène aussi sobre qu’élégante,  des personnages très attachants parce que bien dessinés, et aussi  une direction d’acteurs d’une finesse de dentellière, cet Amanda est, incontestablement, un des meilleurs films de cette fin d’année. On en sort à la fois bouleversé et transporté. C’est dire ce qu’il véhicule d’émotion et de vitalité…

Un extrait

« Tout était tellement limpide et fort dans le scénario que je n’avais rien à imaginer, simplement à jouer la situation, à essayer de vivre au maximum la scène dans l’instant présent. C’est une grande chance de pouvoir se laisser ainsi porter par un rôle, surtout quand on a en face de soi une enfant comme Isaure, qui ne fabrique rien » (Vincent Lacoste, comédien).

Le réalisateur

Né le 6 février 1975 à Paris, Mikhaël Hers étudie d’abord l’économie avant d’intégrer la Fémis (département production), dont il sort diplômé en 2004. Il va pourtant se lancer dans la réalisation, en commençant par trois courts métrages : Charell qui, librement inspiré d’un roman de Patrick Modiano, sera sélectionné en 2006 à la Semaine de la Critique à Cannes ; Primrose Hill  en 2007, qui sera primé à Clermont-Ferrand et Montparnasse qui obtiendra, en 2009, le prix Jean Vigo.

En 2010, ce  jeune cinéaste, en qui Luc Moullet voit alors  « le plus grand cinéaste français de demain », aborde le long métrage. C’est Memory Lane, qui sera remarqué au Festival de Locarno. Suivra, en 2015, Ce sentiment de l’été..

Amanda avait fait grand effet à la dernière Mostra de Venise dont il repartit pourtant, et assez inexplicablement, bredouille.

Et aussi

Les Filles du soleil d’Eva Husson - Avec Golshifteh Farahani, Emmanuelle Bercot…

Après son Bang Gang qui explorait la sexualité d’une jeunesse insouciante,  Eva Husson est partie au Kurdistan à la rencontre de ces femmes qui en 2013 prirent (et continuent à prendre) les armes contre Daech. Avec un courage et une détermination folle. En prenant des risques insensés. Cela pour libérer celles de leurs congénères que l’Organisation islamique  asservit en esclaves sexuelles, quand elle ne les transforme pas en bombes humaines.

Il en est résulté ce film, en forme d’épopée, qui raconte le parcours d’une journaliste française (Emmanuelle Bercot) envoyée couvrir les exploits d’un bataillon kurde, appelé les Filles du Soleil, commandé par une jeune mère  animée par la volonté d’arracher son enfant aux hommes en noir (Golshifteh Farahani, exceptionnelle).

A Cannes où il avait été sélectionné pour la Compétition officielle, ce film, ample, dense, édifiant, aussi terrifiant que captivant, très bien tourné aussi, avait été injustement éreinté par la critique qui lui avait reproché son côté mélodramatique. Depuis, toutes ses projections en avant-première se sont soldées par des ovations du public. Un accueil amplement mérité. Même si s’il est vrai que par moments, Les Filles du Soleil pâtit d’un excès de sentimentalisme.

Recommandation : EXCELLENT

 

Yomeddine d’Abu Bakr Shawky - Avec Rady Gamal, Ahmed Abdelhafiz…

 Après la mort de son épouse, Beshay, lépreux guéri mais abimé et défiguré par la maladie, décide de quitter la léproserie du désert égyptien qui l’accueillait depuis son enfance, pour aller rechercher sa famille qui l’a abandonné dès son plus jeune âge. Après avoir rassemblé ses pauvres biens dans une charrette tirée par son âne, le voilà qui s’aventure sur les routes peu accueillantes de son pays, bientôt rejoint par un petit garçon nubien qui végétait dans un orphelinat voisin. Ce duo improbable de deux solitudes va nous embarquer dans un road movie comme on n’en avait encore jamais vu, à la fois touchant, pittoresque et cocasse. On rit, on est ému, sans qu’à un seul instant pourtant, le réalisateur ne tire sur les mauvaises ficelles du misérabilisme et du mélo. Porté avec une vitalité et un humour étonnants par un comédien non professionnel, lui-même ancien malade, Yomeddine, qui fut cette année le seul premier film de la compétition cannoise est une ode formidable à la tolérance.

Recommandation : EXCELLENT

 

Les Bonnes Intentions de Gilles Legrand - Avec Agnès Jaoui, Alban Ivanov, Tim Seyfi…

Pétrie de bonnes intentions, Isabelle (Agnès Jaoui) est une quinquagénaire investie dans l’humanitaire. Beaucoup trop même, aux yeux de sa famille qui se sent délaissée. Un jour, une nouvelle enseignante rejoint le centre social où elle donne des cours d’alphabétisation. Elle est jeune, jolie et  dynamique et son cours va très vite faire un tabac. Pour se démarquer, Isabelle décide d’initier ses élèves à la conduite automobile. Mais le moniteur (Alban Ivanov, comme d’habitude, épatant)  va se révéler  un rien branquignol…

Trousser une comédie dramatique autour de l’engagement en faveur des immigrés… Gille Legrand est en plein dans l’actu. Parce qu’il est un cinéaste à la fois généreux et avisé, ce qui n’est pas antinomique, il a demandé à une des comédiennes emblématiques du combat social, de porter son film. Dans la peur que son personnage a de ne pas en faire assez, et de ce fait, en le poussant, par moments, presque jusqu’au ridicule, Agnès Jaoui est formidable d’investissement, d’authenticité. Dommage que le scénario de ces Bonnes Intentions n’ait pas su éviter quelques facilités.  

Recommandation : BON

 

Ãga de Milko Lazarov - Avec Michail Mihailovich Aprosimov, Fedosia  Dmitriena Aprosimov…

D’abord, un long  plan fixe d’une  blancheur immaculée, où la terre se confond avec le ciel, qui va finir par se zébrer d’une fine ligne noire, celle du sillage lointain d’un avion, et puis  après, cut, ce plan d’un homme comme surgi d’un autre siècle, faisant un trou dans la glace avec un piolet rudimentaire… Nous sommes dans l’une des régions les plus froides et désertiques de la Sibérie et on va suivre le quotidien si rude et si silencieux d’un couple de lakoutes  qui attend en vain le retour de sa fille, partie vivre dans un coin moins hostile et plus civilisé.

Dès les premières secondes, on pressent que le drame est au bout de ce film  qui magnétise. Par sa force documentaire, la beauté époustouflante de ses images, la simplicité de sa narration, la poésie de son récit. On comprend sa sélection au dernier festival de Berlin, et son Grand Prix à celui de Cabourg.   

Recommandation : EXCELLENT

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