Cinéma

Don’t worry, he won’t get far on foot

Un biopic poignant et passionnant
De Gus Van Sant
Avec Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara, Jack Black

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 04 avr . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Sous ce titre un peu mystérieux qui signifie « Ne t’inquiète pas, il n’ira pas loin à pied », il y a une histoire vraie: celle de John Callahan, un ancien alcoolique devenu, dans les années 70, un caricaturiste vénéré malgré un handicap généralement rédhibitoire à l’exercice de ce métier : une tétraplégie, consécutive, en l’occurrence pour Callaghan, à un méchant accident de voiture, à l’âge de vingt et un ans.

Inspiré de son autobiographie éponyme, le film va raconter comment, grâce à un groupe de soutien animé par un leader charismatique (Jonah Hill), grâce aussi à l’amour d’une femme ( Rooney Mara), cet ancien fêtard invétéré (Joaquin Phoenix) va réussir à sortir de sa dépendance, et  trouver sa voie en découvrant , malgré son handicap qui lui paralyse aussi les mains, qu’il peut et sait dessiner. 

Humour noir et caustique, style singulier, regard  acerbe sur la société, penchant irrépressible pour le politiquement incorrect… Dans ce biopic poignant et passionnant, on va voir  John se reconstruire et  accéder finalement  au rang d’auteur de bandes dessinées iconique, à la renommée internationale.

Points forts

- Récit d’une longue et douloureuse reconstruction, l’histoire a une force émotionnelle assez torrentielle.Gus Van Sant ne triche pas avec son héros. Pour avoir rencontré à plusieurs reprises  le vrai John Callaghan (décédé en 2010, à l’âge de 59 ans), il le montre d’abord  tel qu’il devait être, avant et tout de suite après son accident (incontrôlable, insupportable et suicidaire),  puis, tel qu’il est devenu au fil de sa rééducation, toujours aussi extravagant et fulgurant, mais  plus ouvert, plus tolérant  et plus positif . Le récit n’omet rien ni  de ses rechutes, ni de ses doutes, ni de ses difficultés, même celles d’ordre sexuel.

C’est assez formidable parce que Van Sant parvient à ne jamais tomber dans le mélo, guidé sans doute par le caractère même de son héros, tenu, jusqu’au bout, hors du désespoir, par son humour vachard, son sens de la dérision et son goût de la provoc.

- C’est Joaquin Phoenix qui a endossé le rôle de Callahan. Et une fois de plus, l’acteur (prix d’interprétation à Cannes l’année dernière pour A Beautiful Day) se montre sensationnel. Pour ne pas tirer, lui non plus, sur la corde du sentimentalisme, son jeu est minimaliste, mais son engagement, total. Pour être au plus près de la vérité de son personnage, la star américaine écoute longuement les enregistrements que Gus Van Sant avait réalisés avec le dessinateur dans les années 90, se passe et repasse les documentaires qu’on lui avait consacrés, va à la rencontre de patients de centres de rééducation et apprend…à se déplacer en fauteuil roulant. Le résultat de ce travail préparatoire est époustouflant.

- Les autres personnages du film sont également très bien distribués, Rooney Mara (qui fut, entre autres, l’interprète de Millénium) est parfaite de grâce  et de compassion dans son rôle de muse ; Jack Black campe un compagnon de beuverie maléfique avec une présence du tonnerre. Quant à Jonah Hill (Le Loup de Wall Street), sa générosité de jeu et son ironie rendent mémorable son personnage de mentor de Callaghan.

Points faibles

On peut regretter le tarabiscotage du montage. Il nuit à la fluidité du film, le vide de toute nervosité.

En deux mots ...

Gus Van Sant  portait depuis vingt ans l’idée de réaliser un film sur John Callahan. A l’époque, c‘est Robin Williams qui devait l’interpréter. Et puis… d’autres productions, plus urgentes; et puis le décès de Robin Williams en 2014…Quand  le cinéaste reprend son projet, il décide de concentrer son film sur un seul chapitre du livre de Callahan : celui qui raconte  son combat contre l’alcoolisme.

Le résultat est ce film là, dense, poignant, pas totalement parfait à cause d’un problème de montage comme on l’a écrit plus haut, mais d’une force dramatique (et comique) indéniable, grâce à Joaquin Phoenix, décidément génial, quoiqu’il joue.

Un extrait

« J’ai toujours pensé que Gus (Van Sant) a une façon unique de voir les choses. Cela peut paraître cliché, mais c’est vrai. Et puisqu’il connaissait personnellement John (Callaghan), je savais que ce film n’aurait rien d’un biopic traditionnel. J’en avais déjà fait un et je n’avais pas envie de me répéter… Mais plus que tout c’est sa passion qui m’a convaincu, car c’est ce qui compte le plus pour moi » (Joaquin Phoenix, comédien).

Le réalisateur

Né le 24 juillet 1952 à Louisville dans le Kentucky, Gus Van Sant est un des cinéastes  indépendants parmi les plus  audacieux et les plus couronnés de sa génération.

Il s’est fait remarquer dès son premier long métrage, en 1986. Mala Noche, qui raconte l’histoire d’un amour non réciproque entre un américain et un jeune clandestin  mexicain, reçoit, attribué par le Los Angeles Time, le prix du « Meilleur film indépendant ».

Parmi ses autres films récompensés, Drugstore Cowboy en 1989, My own private Idaho en 1991 et Prête à tout qui vaut le Golden Globe de la meilleure actrice à Nicole Kidman. En 1998,  Il est cité à l’Oscar du meilleur réalisateur pour Will Hunting, qui repart avec les statuettes du meilleur scénario original pour Ben Affleck et Matt Damon.

Après Psycho, un remake de Psychose d’Hitchcock qu’il  reproduit plan par plan en les colorisant (une première !), il réalise Elephant. Inspiré par la fusillade de Colombine, ce film lui vaut, en 2003, la palme d’or du Festival de Cannes. En 2009, Harvey Milk, le portrait  du premier homme politique américain ouvertement homosexuel, reçoit huit nominations aux Oscars.

En seize  longs métrages, avant ce Don’t worry, Gus Van Sant n’a reçu qu’une seule volée de bois vert, en 2015, au festival de Cannes, où la critique juge Nos Souvenirs désastreux.

Ouvertement « gay » depuis les années 90 (ce qui est encore rare dans les milieux du cinéma), ce réalisateur dont les cinéphiles attendent  chaque film avec impatience, est aussi un « cumulard », puisque en plus de réaliser des longs et courts métrages, il peint, écrit (notamment des romans, dont "Pink" en 1997), s’adonne à  la photographie et compose de la musique.

Et aussi

-« La mort de Staline » d’Armando Lannucci- Avec Steve Buscemi, Jeffrey Tambor, Jason Isaacs, etc…

Adaptée du roman graphique éponyme de Fabien Nury et Thierry Robin paru en 2010 aux Editions Dargaud, voici la comédie dramatique la plus roborative de ce printemps…

 Moscou, nuit du 2 au 3  mars 1953. Dans son palais présidentiel, un homme s’effondre, victime d’une attaque cérébrale. C’est Joseph Staline, l’un  des pires tyrans de l’Histoire. Au dessus de son cadavre encore chaud, un jeu de massacre va  commencer. Celui que vont se livrer, entre eux, les anciens affidés du Petit Père des Peuples pour lui  succéder. A défaut d’être jolie jolie, leur guéguerre (racontée sur deux jours) sera hilarante, tant, dans ce film basé sur des faits réels, ils sont réduits à l’état de fantoches.  C’est à la fois effrayant sur le fond  ( Oh, les horreurs du régime instauré par Staline! ) et farcesque  dans la forme ( Ah, les absurdité de ce régime  passées à la moulinette de l’humour anglais !).On est proche de l’esprit  du Docteur Folamour.

Ce tableau de la société stalinienne n’a pas eu l’heur de plaire aux dirigeants actuels du Kremlin. Ils ont trouvé cette  Mort de Staline  si « abjecte et blasphématoire » qu’ils l’ont faite interdire  dans leur pays. Pour braquer les projecteurs sur ce film, on n’aurait pas trouvé plus efficace que cette censure ! Tant mieux ! Ce n’est pas tous les jours que des films historiques  aussi joyeusement iconoclastes sortent sur les écrans.

RECOMMANDATION: EXCELLENT

 

-« Mobile Homes » de Vladimir de Fontenay – Avec Imogen Poots, Callum Turner, Franck Oulton

Ali et Evan, deux marginaux déjantés, sillonnent les routes de la frontière américano-canadiennes. Pour survivre, ils utilisent Bone, le petit garçon d’Ali, dans leurs petits trafics. Jusqu’au jour où ils impliquent l’enfant dans un trafic de combats de coq. C’est trop, Ali dit stop. Profitant d’une opportunité offerte par un homme de cœur, elle  s’enfuit  avec Bone dans un mobile home…Les péripéties ne seront pas finies…

Il est impossible de ne pas être captivé par ce road movie électrique inspiré à Vladimir de Fontenay par la vision, un jour sur une route américaine,  d’un mobile home tiré par un camion. La verticalité d’une maison associée à l’horizontalité d’une route avait  aussitôt inspiré ce réalisateur trentenaire.

Son Mobile home est un petit bijou de cinéma. Porté notamment par une étonnante jeune comédienne britannique, Imogen Poots, il arrive sur les écrans français, auréolé d’une dizaine de sélections de festivals internationaux, dont celle de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2017.

RECOMMANDATION: EXCELLENT

 

- «Abracadabra » de Pablo Berger- Avec Maribel Verdú, Antonio de la Torre, José Mota

Carmen (Maribel Verdù) est mariée à Carlos (Antonio de la Torre), un conducteur de grue macho et indifférent. Un jour, après une curieuse séance d’hypnose, son vilain mari va se transformer, sinon en prince charmant, du moins en homme attentionné.  Quelque chose a changé. Carmen va en perdre ses repères !

Il y a 5 ans, Pablo  Berger nous avait éblouis avec un Blancanieves qui revisitait le conte de Blanche neige. Le revoici sur les écrans avec  cette comédie qui revisite les codes du machisme et fait entendre un discours féministe assez audacieux.  C’est aussi hypnotique que drôlatique, aussi grinçant que délirant. Formellement, Pedro Almodovar n’est pas loin.  Désormais le cinéma ibérique peut compter avec Pablo Berger !

RECOMMANDATION: EXCELLENT

 

-« A l’heure des souvenirs » de Ritesh Batra- Avec Jim Broadbent, Michelle Dockery, Emily Mortimer,etc…

 A Londres, Tony  Webster  vend des appareils photographiques. Rien ne semble pour voir venir troubler le calme et la sérénité de sa soixantaine. Sa vie si bien réglée va pourtant  être bousculée par une lettre qui lui apprend que la mère de son premier amour lui fait un legs étonnant : le journal intime de celui qui fut son meilleur ami de lycée. 

Replongé dans son passé, Tony va être confronté aux secrets de sa jeunesse, à sa nostalgie, et à ses regrets qu’il croyait si bien enfouis…

Tiré du roman de Julian Barnes, Une Fille qui danse, ce thriller  psychologique  qui fait le portrait d’un homme à deux moments de son existence, sa folle jeunesse et son âge mûr, a beaucoup de qualités : il a une élégance formelle indéniable (cadres et lumière, impeccables), son écriture  est aussi ciselée que délicate, et  il est interprété avec une justesse émouvante par ce très grand acteur qu’est Jim Broadbent. Un regret, sa narration, trop alambiquée qui  empêche son charme d’infuser complètement.

RECOMMANDATION: BON

 

- « Percujam » d’Alexandre Messina

Percujam est un groupe de musique unique en France, et peut-être dans le monde, puisqu’il est constitué uniquement d’autistes.  Textes poétiques et militants, répertoire entrainant,  ce  groupe est plus qu’épatant. Pour  preuve : le succès, assez phénoménal qu’il rencontre lors de ses tournées, hexagonales et étrangères.

Bluffé par leur talent et leur humour, Alexandre Messina a eu l’idée de les filmer... Cela donne ce documentaire tonique, pudique sans angélisme, édifiant aussi, qui  fait tomber l’idée selon laquelle l’autisme coupe du monde. Il suffit juste de créer les bons ponts  avec ceux qui en sont atteints, pour qu’ils sortent de leur bulle.

En pleine semaine de l’autisme, voici un documentaire qui tombe à pic.

RECOMMANDATION: BON

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