Cinéma

Hostiles

Le western réinventé
De Scott Cooper
Avec Christian Bale, Wes Studi, Rosamund Pike

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 14 mar . 2018

Recommandation

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Thème

Nous sommes en 1892, à la fin des guerres indiennes, à l’aube de la Révolution industrielle américaine.

Dans un misérable Fort du Nouveau Mexique, Joseph Blocker (Christian Bale), un ancien militaire devenu gardien de prison, se voit contraint d’escorter un ex-chef de guerre Cheyenne (Wes Studi) et sa famille, jusque sur la terre de leurs ancêtres, dans le Nevada. Les deux hommes qui se sont affrontés jadis au nom de la violence impitoyable de leurs convictions réciproques, vont devenir, malgré eux, compagnons de route. Viendra bientôt se joindre à eux une jeune femme (Rosamund  Pike), seule rescapée d’un massacre familial commis par des Comanches.

Une chevauchée fantastique va commencer… Où l’on verra que face à l’adversité, en l’occurrence, la cruauté de certaines hordes aussi sauvages qu’incontrôlables, la méfiance de ces deux anciens adversaires, leurs préjugés, leurs antagonismes et leur haine vont s’estomper, puis disparaître. Deux hommes vont se tendre la main…

Points forts

- Comment redonner du souffle au western, un genre pratiquement disparu du grand écran dans lequel, se sont illustrés des John Ford, Howard Hawks et autre Sergio Leone, qu’on pensait indépassables ?

L’américain Scott Cooper a trouvé. Pas question pour lui de faire s’affronter, dans de sanglantes batailles, d’un côté, de gentils soldats blancs munis de colts et de l’autre, de méchants indiens bardés de flèches et de couteaux. Il utilise habilement les circonstances pour faire se côtoyer des gens à priori irréconciliables - qu’importe qu’au début ce rapprochement se fasse contre leur gré -, et il les fait s’allier, baissant respectivement leurs gardes, pour combattre un ennemi commun, celui-là sans foi ni loi, aveuglément méchant.

- D’une pierre deux coups. En même temps qu’avec cette image de main tendue et de réconciliation, Scott Cooper donne à son épopée un ton  pacifiste et humaniste-quel que soit son passé, l’homme peut ne pas rester un loup pour l’homme et se laisser gagner par la compassion-, il démontre, qu‘en matière de saloperie humaine, le pire est et sera, quand même, toujours sûr. Très fort, Scott Cooper.

- D’autant plus qu’il a su trouver les rythmes parfaits pour raconter son histoire. Peu d’accélérations, réservées aux seules et rares scènes d’affrontements, mais au contraire des ralentissements, ressentis comme des suspensions du temps, pour nous laisser savourer, soit la force émotionnelle des  échanges entre les personnages, soit la splendeur grandiose des paysages. Car, bien évidemment, il a tourné  son épopée en décors naturels, dans le Colorado et au Nouveau Mexique.

- Autre bon point, il a travaillé avec de vrais cheyennes, qui se sont exprimés dans leur langue. Une performance pour le comédien Christian Bale qui, pour les besoins de son rôle, a dû apprendre à maitriser cette langue très difficile. Mais le résultat est là, émouvant. On est loin du carton pâte et de la reconstitution laborieuse. Tout respire l’authenticité.

- Dans un film de cette envergure là, il est presque inutile de préciser que les interprètes sont tous d’une justesse impressionnante, du magnétique et profond Christian Bale à la formidable Rosamund Pike, en passant par le très remarquable Wes Studi, l’acteur amérindien le plus célèbre d’ Hollywood.

- Ajouter pour finir, que cet Hostiles est porté par une  sublime partition musicale signée Max Richter

Points faibles

Je n'en vois aucun

En deux mots ...

- N’ayons pas peur des mots : western à la fois contemplatif, crépusculaire, philosophique et humaniste, Hostiles se classe, sans hésitation, dans la catégorie des chefs d’œuvre, tant il atteint la perfection à tous les niveaux, forme, fond, narration, interprétation, authenticité, et rythme.

- Hollywood est un microcosme plein de mystères à qui lui est étranger. On se demande en effet pourquoi ce magistral Hostilesn’a pas eu droit à la moindre nomination, ni aux Golden Globes, ni aux Oscars.

Un extrait

« J’ai toujours voulu réaliser un western, mais je tenais à le faire à ma façon; je voulais qu’il soit pertinent au regard des questions raciales et culturelles qui agitent actuellement l’Amérique. Nous sommes tous conscients des mauvais traitements qui ont été infligés aux Amérindiens, mais on peut voir le même schéma se reproduire aujourd’hui avec les Afro-Américains ou la communauté LGBTQ. Cette histoire soulève des problèmes universels »

(Scott Cooper, réalisateur).

Le réalisateur

Après des études d’art dramatique à l’Institut Lee Strasberg à New York, Scott Cooper, né le 22 juin 1970 en Virginie, débute sa carrière en 1994, en tant qu’acteur, à la fois dans une série télévisée et au cinéma. Mais c’est vers ce dernier qu’il va ensuite essentiellement se tourner. Après avoir enchainé plusieurs petits rôles, en 2003, dans Gods and Generals, il donne la réplique à Robert Duvall qui devient son mentor.

2009 marque pour lui un tournant. Cette  même année, non seulement il signe son premier scénario, For Sale by Owner de Robert J. Wilson, où il tient le rôle principal, mais surtout, il réalise son premier long métrage, Crazy Heart, dont il écrit également le script, et qui vaut à Jeff Bridges, l’Oscar du meilleur acteur.

Depuis, Scott Cooper, qui est aussi  devenu producteur, se concentre sur l’écriture et la réalisation. En 2013, il signe son deuxième long métrage, Les Brasiers de la colère, un thriller au casting impressionnant composé entre autres de Casey Affleck, Woody Harrelson et Christian Bale. En 2015, c’est Strictly Criminal, qui vaut à Johnny Depp un de ses rôles les plus mémorables.

Premier western de sa filmographie, Hostiles permet à Scott Cooper de retrouver Christian Bale. Il travaille actuellement sur The Little Jewel, un polar qu’il produira avec Léonardo di Caprio.

Et aussi

- « La belle et la belle » de Sophie Fillières

 Margaux, 20ans (Agathe Bonitzer) rencontre par hasard Margaux, 45ans (Sandrine Kiberlain). Âge, vitalité, mode de vie, elles sont a priori très différentes. Mais, très vite, à cause de troublantes correspondances dans leurs personnalités, les deux Margaux vont comprendre qu’elles ne font  qu’une seule et même femme à deux âges de leur existence… L’ainée va tenter de mettre la cadette sur les bons chemins de sa vie…

Pour filmer ce conte moderne qui relève du fantastique, Sophie Fillières a pris le parti-pris du réalisme. C’était une bonne idée, qui donne à son film des allures de comédie légère, romantique aussi puisque Margaux et Margaux vont aimer (forcément) le même homme (Melvil Poupaud). La Belle et la Belle est d’autant plus plaisant à regarder que, sous leur apparente quotidienneté, ses dialogues sont très futés, et que son casting est impeccable. Dans l’immaturité de sa jeunesse, Agathe Bonitzer est la grâce même; Sandrine Kiberlain fait preuve d’une légèreté solaire et d’une drôlerie aussi loufoque que décomplexée. Quant à Melvil Poupaud, il est d’un charisme irrésistible.

RECOMMANDATION : EXCELLENT

 

- « America » de Claus Drexel

Après son formidable Au bord du monde où il proposait une plongée dans le Paris nocturne des sans-abri, Claude Drexel est allé poser sa caméra à Seligman, une petite ville de l’Arizona traversée par la mythique route 66, et ce, alors que Donald Trump montait inexorablement dans les sondages. Le documentariste voulait comprendre pourquoi des électeurs allaient donner leur voix à ce populiste Républicain. Les confidences qu’il a recueillies sont édifiantes, qui disent tout de la peur que ces citoyens des classes pauvres et moyennes ont d’être encore plus déclassés, ou « envahis par les étrangers ». On écoute avec stupéfaction ces anonymes témoigner de leur conviction que les armes à feu sont la seule solution pour les protéger de la violence, que l’Amérique doit retrouver sa puissance, et qu’ils habitent, malgré tout, le plus beau pays du monde. Claus Drexel les filme, sans aucun jugement. On est d’autant plus fasciné que ses images sont splendides, qui saisissent, par des plans fixes sidérants, la beauté du Far West et de ses montagnes Rocheuses.

C’est un instantané de l’Amérique profonde. Il est aussi poignant qu’il fait froid dans le dos.

RECOMMANDATION : EXCELLENT

 

- « Avant que nous disparaissions » de Kiyoshi Kurosawa

Alors que Narumi et son mari Shinji traversent une mauvaise passe, ce dernier disparaît soudainement pour revenir complètement transformé, tendre et attentionné. Au même moment, une famille est brutalement assassinée et de curieux phénomènes se produisent en ville… Un journaliste va mener l’enquête…

Adapté de l’une des pièces de théâtre les plus fameuses au Japon, Avant que nous disparaissions est une parodie des films de science-fiction des années 50. Des « aliens » prennent possession de corps d’humains pour préparer une invasion. Complètement loufoque et déjanté, le film va basculer dans le mélodrame fantastique. 

Non seulement le grand Kurosawa profite de cette fantaisie pour nous proposer une réflexion sur l’homme dans la société moderne, mais, visuellement son film est époustouflant. Au dernier festival de Cannes où il avait été présenté dans la sélection « Un Certain Regard », Avant que nous disparaissions avait unanimement embrasé la critique.

RECOMMANDATION : EXCELLENT

 

- « Chien » de Samuel Benchetrit

Plaqué par sa femme (Vanessa Paradis) à qui, selon elle, il provoque des allergies, licencié par son employeur, Jacques, vendeur dans un magasin en faillite (Vincent Macaigne), prend le chemin d’une animalerie pour acheter un chien à son fils. Hélas pour lui, le propriétaire de cet établissement  (Bouli Lanners) va vouloir le transformer en chien. Va commencer une entreprise aussi avilissante que révulsante. Jacques va devoir courir à « quatre pattes », se coucher en boule aux pieds de son nouveau maitre, essuyer des coups de matraques électriques à la moindre désobéissance.

On ne sait pas ce qui a pris à Samuel Benchetrit de faire ce film qui met d’autant plus mal à l’aise, que, sauf à son tout début, il ne comporte ni humour ni distanciation. C’est aussi glauque que malsain. Au quatrième degré, certains, sans doute, trouveront ça drôle...

RECOMMANDATION : BOF !

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