Cinéma

Une Affaire de famille

Kore-Eda Hirokazu: un grand cinéaste
De Kore-Eda Hirokazu
Avec Lily Franky, Ando Sakura, Matsuoka Mayu…

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 12 déc . 2018

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

En revenant de leur dernier vol à l’étalage, Osamu et son fils Shota découvrent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle même. Pour la protéger du froid glacial, Osamu décide de la ramener chez eux. Au début, sa femme, Nobuyo, employée d’un pressing où elle fait les poches des clients, est réticente. Mais quand elle comprend que l’enfant est maltraitée par ses parents, elle accepte de la garder, malgré des conditions de vie déjà difficiles; Osamu, elle-même et leur petite famille de deux enfants et une grand-mère ne survivant que grâce à leurs maigres salaires et leurs petites rapines.

La nouvelle tribu recomposée  va vite retrouver un bel équilibre affectif. Jusqu’au jour où un incident va mettre à jour un terrible secret…

Points forts

- Ecriture délicate, mise en scène subtile, presque invisible et pourtant d’une efficacité émotionnelle époustouflante… On ne cesse de le dire depuis son premier film, Kore-Eda Hirokazu est un immense cinéaste.

- Un cinéaste qui touche, par l’humanité du regard qu’il pose sur l’enfance et la famille, par cette façon unique qu’il a, aussi, de faire toucher du doigt l’importance capitale de la famille, qu’elle soit biologique ou « reconstituée ».

- Hirokazu est, en plus, un cinéaste de son temps. Ses histoires s’inscrivent dans la société nipponne  d’aujourd’hui et en dénoncent les travers et les injustices. Certes il n’est pas le seul cinéaste japonais à écrire des scénarios de cette veine, mais il est le seul à les écrire d’une plume aussi poétique, légère et précise. Rien n’est édulcoré dans sa critique de la société japonaise et pourtant, rien, jamais, dans ses dialogues ou ses images, ne pèse ni ne pose. Dans une autre vie, ce cinéaste a dû être funambule.

- Est-ce parce qu’il vient du documentaire ? En tous cas il a développé un sens  aigu de l’observation qui lui permet de diriger ses acteurs sur le fil de la vérité et de l’émotion, sans jamais qu’ils ne tombent dans le sentimentalisme. Dans ce film, tous les comédiens sont parfaits, du père, joué par l’immense Lilly Franky (déjà présent dans Tel père, tel fils et Après la tempête) à la petite fille recueillie, interprétée avec une grâce irrésistible par la petite Sasaki Miyu.

Points faibles

Je n'en vois aucun.

En deux mots ...

Il y a longtemps qu’on espérait voir Kore-Eda Kirokazu remporter la Palme d’Or pour ses films, tous des chefs d’œuvre de sensibilité. C’est donc enfin chose faite avec ce bouleversant Affaire de famille, un drame social politiquement incorrect qui, une nouvelle fois, après Tel père, tel fils, fait prévaloir les liens du cœur sur les liens du sang.

Récompensé à Cannes, ovationné dans tous les pays où il a été projeté, ce film a pourtant provoqué l’ire des autorités japonaises. Sous le prétexte que, bien qu’ayant reçu le soutien financier de l’Etat, il critique ouvertement la politique sociale du gouvernement nippon.

Le public du pays n’a eu cure de cette polémique. Au pays du Soleil Levant, Une affaire de famille a déjà engrangé 38 millions de dollars de recettes.

Un extrait

«  Au Japon, les fraudes à l’assurance retraite et les parents qui obligent leurs enfants à voler son sévèrement fustigés. Bien entendu, il est légitime de vilipender les auteurs de tels actes, mais je me demande pourquoi on se met en colère pour des délits aussi insignifiants alors qu’il y a des milliers de criminels qui commettent des actes beaucoup plus graves en toute impunité… Je m’interroge aussi sur ceux qui répètent sans cesse que les liens familiaux sont importants. Et j’ai eu envie d’explorer la nature de ces rapports en m’intéressant à une famille liée par des délits ». ( Kore-Eda Hirokazu, réalisateur).

Le réalisateur

A la fois scénariste réalisateur et monteur, Kore-Eda Hirokazu, né à Tokyo le 6 juin 1962, compte parmi les cinéastes japonais les plus importants de sa génération. Sorti diplômé de l’université Waseda en I987, il commence par faire des documentaires, qui seront tous primés. En 1995, son premier long métrage, Maborosi, remporte l’Osella d’Or de la 52ème Mostra de Venise. Son deuxième, After Life, qui sort en 1998 sur les écrans de plus de trente pays, lance sa carrière internationale. Suivront, en 2001, Distance, en 2004, Nobody knows (qui vaut à son acteur principal Yûja Yagira, de devenir le plus jeune lauréat du prix d’interprétation masculine du Festival de Cannes), puis, en 2006, Hana(axé sur le thème de la vengeance) et en 2008,  Still Life, un drame familial qui sera encensé dans le monde entier. En 2013, son Tel père, tel fils, entre autres, prix du Jury à Cannes, bat le record d’entrées de ses précédents films. En 2014, tout en réalisant Notre petite sœur, qui sera sélectionné à Cannes, il lance sa société de production Bun-Buku. Depuis son rythme de tournages s’est accélèré, il sort un film par an : Après La Tempête ( 2016), The Third murder(2017) et Une affaire de famille, en 2018, qui rafle la Palme d’Or à Cannes.

Et aussi

« Nous, les coyotes » de Hanna Ladoul et Marco La Via - Avec Morgan Saylor, McCaul Lombardi, Betsy Brandt…

 Amanda et Jake, deux jeunes  marginaux d’une vingtaine d’années, veulent repartir de zéro pour  essayer d’accéder, enfin, à une vie meilleure. Ils plaquent tout pour venir tenter leur chance sous le soleil de la Californie. Hélas, dès leur premier jour à Los Angeles, ils doivent déchanter. Les galères vont s’amonceler et les désillusions s’enchaîner…

S’il n’est pas directement autobiographique, en tous cas, ce film s’inspire librement de l’expérience de ses deux auteurs, Hanna Ladoul et Marco la Via, deux journalistes français dont les débuts dans les milieux du cinéma  de Los Angeles ont été, sinon chaotiques, du moins difficiles. Les Coyotes a donc le charme du vécu. Il dit beaucoup sur la violence des rapports sociaux dans la Cité des Anges et aussi sur les espoirs de réussite et de liberté que cette Cité suscite chez ceux qui viennent s’y fixer.

Même s’il comporte des maladresses, on s’attache à ce film. Pour la simplicité de son récit. Pour sa grande liberté d’écriture. Pour l’idéalisme  et l’engagement de ses deux héros. Pour son point de vue, aussi, sur la Cité des Anges, très loin du mirage hollywoodien. Il fait penser notamment à Oslo, 31 août de Joachim Trier, ce qui n’est pas la moitié d’un compliment.

Les Coyotes doit aussi beaucoup au charme et à la sincérité de ses deux principaux interprètes Morgan Saylor et McCaul Lombardi.

Recommandation : EXCELLENT 

 

« Pachamama » de Juan Antin- film d’animation

Tepulpaï et Naïra, deux petits indiens de la Cordillère des Andes, partent récupérer la Pachamama, le totem protecteur de leur village que les Incas leur ont subtilisé. Leur quête les mènera jusqu’à Cuzco, la capitale royale, assiégée par les conquistadors...

En 2017, le jeune studio Folivari avait frappé fort. Son premier long métrage, Le Grand méchant renard et autres contes avait obtenu le César du meilleur film d’animation. Fera-t-il coup double avec Pachamama ? En tous cas, ce film réalisé par l’argentin Juan Antin, mérite tous les dithyrambes.

Non seulement son graphisme (mélange d’épure et de rondeur) est magnifique, ses couleurs, chatoyantes, mais, en plus de divertir, il délivre, sans aucune pesanteur didactique, un message écologique et humaniste. Ajouter que la musique de ce joli road-movie chamanique est d’une richesse instrumentale qui enchante l’oreille. Pour les enfants (à partir de six ans) et, bien sûr, leurs parents.

Recommandation : EXCELLENT

 

« Oscar et le monde des chats » de Gary Wang - film d’animation chinois.

Un jour, quand il n’était encore  qu’un jeune chat, Léon a fugué et il a eu ensuite beaucoup de mal à retrouver sa maison. Devenu papa, Léon, fort de sa malheureuse expérience, interdit à son fils Oscar de quitter l’appartement dans lequel ils vivent. Seulement voilà, Oscar est un minou aussi curieux qu’intrépide, et un beau matin, poussé par l’envie de découvrir le monde extérieur, il se sauve et entame un voyage extraordinaire, qui croit-il, lui permettra de retrouver sa maman. Le voilà embarqué pour de drôles aventures…

Inspiré d’un très ancien conte chinois, ce dessin animé sur le désir d’émancipation et le rêve d’un pays idéal est visuellement charmant, avec de jolies inventions. Si le scénario est un peu trop attendu, en revanche, il est impossible de ne pas succomber au charme d’Oscar. Pour les enfants à partir de cinq ans.

Recommandation : BON

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