Livres

Alma

La littérature plus forte que le discours politique
De Jean-Marie Gustave Le Clézio
Editions Gallimard - 340 pages

Lu / Vu par

Anne Jouffroy
Publié le 05 déc . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

J.M.G. Le Clezio, rappelle le passé violent et esclavagiste de l'île Maurice, enfoui de nos jours sous l'éden touristique.

Il croise les récits de deux narrateurs, Jérémie et Dominique, qui sont en quelque sorte les deux faces de sa propre personnalité:

- Jérémie, européen, part à l'île Maurice sur les traces de ses ancêtres colons, et des dodos. Les dodos sont ces gros oiseaux placides, incapables de voler, qui furent exterminés par les colons. Ce sont les premières victimes de ce paradis saccagé par les hommes.

- Dominique, alias « Dodo », est un clochard mauricien. Défiguré par la lèpre, il représente les exclus de la société, comme les dodos massacrés et disparus sans laisser de traces.

Ils ont en commun Alma, l'ancien domaine des Felsen arasé par les bulldozers et remplacé par un super-marché pour touristes.

Points forts

  • Le titre Alma, qui rappelle l'Alma mater, l'éternelle mère nourricière.
  • L'exotisme et la splendeur des paysages mauriciens encore sauvages.
  • Les très beaux personnages féminins qui sont la mémoire de la famille.
  • L'évocation de la population indo-mauricienne. Sa connaissance de la civilisation ancienne, ses légendes, ses croyances, sa science de la nature, sa langue créole.
  • L'empathie pour les oubliés de l'histoire : les dodos, les esclaves sans état-civil, les colons déchus, les lieux saccagés par les constructions modernes.
  • L'émotion tout au long des 340 pages.

Points faibles

Je n'en vois aucun.

En deux mots ...

Un livre poétique et grave, envoûtant.

Un extrait

Ou plutôt, deux:

- Jérémie :« Retrouver les traces, presque impossible. Ou bien rêver. Retourner au premier temps, quand l'île était encore neuve – neuve d'humains, au bout de millions d'années de pluie, de vent, de soleil. Après les tremblements de terre, les coulées de lave, les raz de marée, les déluges, les glaciations. Chercher les grottes, dans un sol acide il n'y a pas de place pour les ossements. La forêt, ce qu'il en reste. »

- Dodo : «  Je reste immobile dans le soleil d'or, les yeux levés vers l'intérieur de ma tête puisque je ne peux pas dormir, un jour mon âme va partir par un trou dans ma tête, pour aller au ciel où sont les étoiles. »

L'auteur

J.M.G.Le Clézio, prix Nobel de littérature en 2008, clôt, avec Alma son cycle mauricien, après Voyage à Rodriguès et Le Chercheur d'Or.

Il tente, encore, de se délivrer d'une sorte de schizophrénie qui le tenaille depuis longtemps : « être quelqu'un sans être ce quelqu'un ».

Trop coupé de ses origines paternelles mauriciennes, il se sent amputé d'une partie de lui-même.

Pour retrouver les traces de sa famille créole, il s'est plongé de longues années dans les archives coloniales de la rue Oudinot à Paris. Il constate, alors, que l'histoire de l'île Maurice a été, elle aussi, amputée.

« On lui a volé son histoire. L'oubli a recouvert cette île d'une membrane souple et laiteuse d'illusions. J'écris pour redonner une histoire, fantasmée ou réelle, à ceux qui en ont été privés. La littérature, elle, laisse des traces. »

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