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Aucun été n’est éternel

C'est bon, mais Châteaureynaud a fait mieux
De Georges Olivier Châteaureynaud
Editions Grasset

Lu / Vu par

Yann Kerlau
Publié le 16 oct . 2017

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Natifs des années cinquante, ce livre devrait vous plaire. Quant aux générations suivantes, elles suivront avec intérêt les tribulations du jeune Aymon, né à Audierne, de parents évidemment impossibles. En les quittant à la veille des vacances pour partir pour la Grèce et autres lieux supposés branchés, ce Télémaque des temps modernes coupe sèchement un cordon ombilical qui, de toute évidence, aurait fait de lui un éternel enfant de vieux. Adieu bouquins, études prévisibles et cap sur les joints, la guitare, les potes de rencontres et peut-être l’amour. 

Au hasard de finances en déliquescence, voilà Aymon et quelques autres entre Athènes, Tanger et Londres. De quoi vivent-ils ? De leur jeunesse qui leur ouvre les portes de paradis provisoires où trentenaires et quadras fortunés les croquent sans scrupule. Accros à la coke, guitaristes, paumés de tout poil croisent jeunes filles de bonne famille et femmes de tête bien décidées à dévorer tout cru ce gibier juvénile. 

Entre caviar et sandwiches, la vie prend vite un goût de cendre. L’insolence se fait meurtrière tandis que le bonheur promis arrive moins vite qu’Aymon l’avait supposé. 

Le lecteur, en embuscade, devra attendre les dernières pages pour savoir si Aymon s’en sortira ou non.

Points forts

Un rien veule, mauvais fils et piètre apprenti zonard, Aymon est immédiatement crédible. Parents perplexes, plus souvent meurtris que fous de bonheur, vous vous reconnaîtrez. Quant aux post-ados, vrais ou faux étudiants épuisés avant même d’avoir entamé la vie active, ils oscillent tout au long du roman entre coup de blues, dédain et espoirs XXL. 

Sur la corde raide d’un futur mêlant cartes postales de vacances et piaules minables, le risque mène le bal, laissant l’auteur faire ses gammes sur un sentier bordé de précipices.

Points faibles

Si l’on peut reconnaître à Aymon un vague talent pour jouer les pique-assiettes, pourquoi ne pas l’avoir doté d’au moins une qualité …même minime ?

En deux mots ...

Dans Aucun été n’est éternel, la tendresse et la cruauté font un pas de deux. Certitudes et aléas s’y télescopent, broyant les uns, sauvant les autres, faisant et défaisant les vies avec l’insouciance assassine du hasard.

Un extrait

- En quelques semaines, Aymon, le nigaud straight, le fils de vieux élevé dans la naphtaline, s’était affranchi. Il se défonçait, il allait nu-pieds dans des sabots en bois, son jean pattes d’eph s’était élimé à point sur les bancs de pierre.

- La vie c’est aujourd’hui, demain n’existe pas.

L'auteur

Traduit dans une quinzaine de langues, Georges-Olivier Châteaureynaud a derrière lui une double carrière de nouvelliste et de romancier. Maître de la poésie et du fantastique, il est l’auteur de près de cent nouvelles. Aucun été n’est éternel est son dixième roman. Nombre de ses ouvrages ont été couronnés par des prix littéraires comme ce sera le cas pour Les messagers (1974, prix des nouvelles littéraires), La faculté des songes (1982, prix Renaudot), Singe savant tabassé par des clowns (2005, prix Goncourt de la nouvelle, 2005). En 2007, son roman L’autre rive (Grasset) reste une de ses œuvres les plus fortes et sera couronné par le prix de l’Imaginaire. Un homme de plume au sens le plus éclatant du terme.

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