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Transition énergétique: COP 21 ou pas, c'est quoi l'essentiel ?
De Jean Marc Jancovici
Editions Odile Jacob

Lu / Vu par

Bertrand Devevey
Publié le 21 déc . 2015

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Ce livre, ou plutôt cet essai, a pour fil conducteur le démontage d’un certain nombre d’idées reçues « et autres malentendus sur le climat et l’énergie ». Il met en avant le rôle de la production et du commerce de l’énergie dans le modèle de croissance libéral, et ses conséquences au regard de l’obsolescence prévisible des ressources. 

La croissance économique comme source de bien être est un modèle condamné. Il faut le repenser en mettant en œuvre une transition énergétique libérée des dogmatismes écologiques et du green washing des politiques. 

Dans le contexte de la COP 21, l’auteur veut démontrer qu’en matière de transition énergétique, il vaudrait mieux s’appuyer sur des faits économiquement et scientifiquement incontestables que sur des fantasmes électoraux ou des filières technologiques à la mode.

Points forts

1 - Ce livre démonte, force chiffres à l’appui, beaucoup d’idées reçues sur les modèles vertueux présentés à longueur de temps – l’éolien et le solaire, l’Allemagne, la fin du charbon, la croissance ( « verte » ou non), ses moteurs et son (hypothétique) retour…

2 – Jean Marc Jancovici s’accroche aux statistiques de l’OCDE, de la banque mondiale, de l’Institut Français du pétrole, du FMI… assenées comme autant de preuves d’un décalage entre les discours et la réalité des chiffres. De nombreux exemples sont édifiants, comme la mortalité induite par la production des différentes formes d’énergie. Autre démonstration, le nucléaire offrirait la transition la plus propre – il est honnête de le rappeler car cette affirmation frôle, dans le débat public en France, le déni. Cela ne peut manquer de titiller un peu notre sens critique.

3 – S’il fallait une démonstration pour comprendre que nos sociétés industrielles, les biens de consommation, nos emplois et notre confort sont intégralement dépendants de la production et de la distribution d’énergie ce livre est… éclairant. Je n’ose pas dire « lumineux » quant aux conséquences en cascade de la baisse de la production ou du renchérissement des coûts, au travers desquelles l’auteur voit (entre autre crise des subprime) les racines des printemps arabes.

Points faibles

1 – L’in(di ?)gestion d’une flopée de chiffres demande un environnement de lecture adapté !

2 – On se demande parfois où l’auteur veut nous emmener. Le fil conducteur à l’intérieur de chaque chapitre n’est pas toujours facile à suivre, certains sont « touffus ».

3– A la fin du livre, vous vous demandez quand même quelles sont  les alternatives possibles. Entre les points de vue des experts, le pouvoir des lobbies, l’électoralisme des partis, la pression de l’opinion, comment refonder le débat sur des bases objectives ?  

En deux mots ...

Cet essai ouvre une lucarne sur des arguments à méditer. Le développement durable ne résultera pas que du développement de nouvelles technologies de production d’énergie, mais aussi des moyens choisis pour les mettre en œuvre. La raréfaction prévisible des stocks d’énergies fossiles met en cause les modèles politiques et économiques fondés sur une croissance continue. L’auteur nous invite à imaginer une économie et une société qui ne reposent pas sur la promesse du « toujours plus », du « toujours mieux » et d’une croissance décrétée « verte », manifestement improbable à moyen terme.  Albert Einstein disait qu’il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. Ce livre s’y attache pourtant mais nous laisse un peu sur la fin en termes de solutions.

Une phrase

Qui seront trois:

- « Les objectifs globaux de la loi de transition énergétique… résultent de l’empilement d’une série de revendications sectorielles… qui sont parfois totalement incohérentes entre elles, ce qui signifie qu’il sera impossible d’atteindre les objectifs énoncés. »

- « En Allemagne, où l’électricité est à 50% au charbon et 10 % au gaz, utiliser une voiture électrique engendre, fabrication comprise, les mêmes émissions par kilomètre qu’une voiture à essence. »

- « Pourquoi les négociations climat patinent depuis 20 ans ? Comme CO²= PIB (comprenez – plus la production d’énergie augmente, plus le CO² augmente, plus le PIB augmente).

L'auteur

Si vous êtes passionnés de questions de développement (vraiment) durable, que l’information consensuelle ne vous suffit pas, vous connaissez Jean Marc Jancovici. Ce polytechnicien, expert indépendant dans le domaine de l’énergie, est chef d’entreprise et conférencier. Cet « empêcheur de penser en rond » s’appuie sur ses solides bases scientifiques pour animer blogs, conférences, tribunes, et rédiger de nombreux ouvrages sur le thème du climat et des conditions de la transition énergétique.

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