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Eric Zemmour: Itinéraire d'un Insoumis

Le "phénomène Zemmour": une très intéressante mise en perspective
De Danièle Masson
Editions Pierre Guillaume de Roux - 260 pages

Lu / Vu par

Isabelle de Larocque La Tour
Publié le 06 sep . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

L’œuvre exhaustive de Zemmour, romancier, essayiste, historien,  journaliste de la presse écrite et audiovisuelle  et le fil rouge d’une pensée sujette à d’innombrables controverses et qui peut se résumer à ce constat sur la société actuelle :

Les trois D,  Dérision, Déconstruction, Destruction,  préparent l’avènement des trois C, Colonisation, Conflagration, Conquête.

Points forts

Un panorama complet des activités de Zemmour, ses romans (le dandy rouge, l’Autre, Petit frère), ses portraits de Balladur et de Chirac (L’homme qui ne s’aimait pas) ses essais critiques (le premier sexe) et politiques (dont le très célèbre « suicide français » qui assura sa notoriété) ses chroniques (le bûcher des vaniteux)  et ses émissions (celles qu’il conserve et celles dont il fut viré pour incompatibilité avec la doxa médiatique) 

Danièle Masson présente à son lecteur un homme d’une sincérité agressive, accusé de tous les maux, gaulliste, jacobin,  bonapartiste, misogyne et, bien entendu, réactionnaire, qui manie les formules percutantes avec une allégresse de plume inégalée lorsqu’il constate, par exemple,  que « les femmes sont arrivées en politique lorsque les politiques n’ont plus exercé le pouvoir » ou que « le pape François est un post-identitaire qui abandonne l’Europe à son destin islamique » .

Sans être systématiquement d’accord avec Zemmour, en particulier sur l’attitude de De Gaulle au moment de l’Algérie, Danièle Masson lui reconnaît une force de pensée peu commune, servie par un art jouissif de la phrase assassine, et cette faculté rare de s’en tenir à l’essentialisme face à l’existentialisme et au déconstructivisme ambiants.

Elle précise en outre que Zemmour, issu de la communauté séfarade, « n’est pas un juif honteux mais un juif discret », fruit d’une assimilation réussie, qui défend SA France, non en idéologue mais en historien qui « refuse de voir les faits d’hier avec les yeux d’aujourd’hui ».

Points faibles

L’exhaustivité visée comporte les défauts de ses qualités : la multiplicité des interventions de Zemmour et les innombrables références à divers auteurs, proches ou adversaires de ses positions, entraîne parfois Danièle Masson à quelques redites, voire des doublons de citations.

En deux mots ...

Zemmour, un insoumis ? On le savait déjà... Dans cet essai, le mot important est  « itinéraire »,  qui permet de pointer tour à tour ses constats pessimistes et sa soif d’espérance, parfois teintée de naïveté.

Un extrait

Ou plutôt quelques phrases qui expliquent (p. 137) la carrure singulière de Zemmour :

« Lorsqu’Éric Zemmour écrivait dans « le Quotidien de Paris » Philippe Tesson le laissait libre d’écrire longuement, de porter sur l’actualité un regard d’historien qui lui donnait son épaisseur et son sens » (…)

Après qu’il eut été invité en 2006 par Thierry Ardisson pour défendre « le premier sexe », Laurent Ruquier le demanda pour son émission « On n’est pas couché ». Zemmour comprit, en les pratiquant, que ces émissions de divertissement étaient de formidables machines de propagande politique « les chanteurs, ce sont les curés du pauvre ; Quand je comprends cela, j’en fais mon arme à moi. Ruquier a mis dix ans à le comprendre » (…)

« Je suis tombé, dit-il, dans le cœur du réacteur et je l’ai utilisé à contre-emploi ». Cette étonnante performance, utiliser les médias dédiés au formatage des esprits pour les retourner contre eux-mêmes et libérer la parole populaire en se faisant la voix des sans-voix, explique son succès et les nombreux procès qui lui furent intentés par le biais d’associations et d’élites auto-proclamées conscientes de ne plus tenir en main le peuple français. »

L'auteur

Née en 1944,  Danièle Masson est agrégée de lettres classiques. Elève de Jacqueline de Romilly, elle s’est intéressée aux thèses d’Emile Poulat, sociologue des religions, aux mémoires de Gustave Thibon et à l’œuvre de Maurice Clavel. Elle a publié en 1998 un recueil de dialogues avec divers penseurs, chrétiens ou athées,  intitulé « Dieu est-il mort en Occident ? »

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