Livres

Janet

Sur les traces de celle qui a peut-être inventé le journalisme littéraire
De Michèle Fitoussi
Editions JC Lattes - 384 pages

Lu / Vu par

Serge Bressan
Publié le 12 jan . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

L’héroïne est née le 13 mars 1892 à Indianapolis (Indiana, Etats-Unis) dans une famille quaker. La mère, femme au foyer qui aurait voulu être une artiste, se projette sur ses trois filles, les incite à se lancer dans le théâtre et la musique. Janet Flanner se rêve auteure; elle veut écrire et pour y parvenir, elle quitte la campagne familiale et épouse un copain d’études qui l’emmène à New York. Mariage de convenance, elle se dit que l’amour viendra peut-être avec le temps mais elle sait aussi que seules, les femmes l’attirent. 

Dans l’immédiate après-Première Guerre mondiale, elle quitte son mari et file avec son amante ,Solita Solano (avec laquelle elle vivra pendant cinquante ans une relation loin d’être monogame), à Paris où elle a été nommée correspondante pour « The New Yorker ». Là, elle va retrouver des Américains expatriés comme Ernest Hemingway ou encore Gertrude Stein, et aussi Pablo Picasso, André Breton, Serge de Diaghilev… 

Paris est alors une fête, elle tente d’y écrire son roman (qui paraitra quelques années plus tard sous le titre « The Cubical City ») mais elle va devenir l’indéboulonnable correspondante du « New Yorker » dans la capitale française. 

Après avoir quitté le journal et son poste parisien, elle rentre à New York où elle meurt trois ans plus tard. De cause inconnue, précise la presse américaine…

Points forts

- Le portrait de Janet Flanner (1892- 1978), une femme qui, au cœur du 20ème siècle, a failli être (très mauvaise) comédienne pour faire plaisir à sa mère et est devenue une formidable journaliste littéraire.

- D’une plume élégante et précise, Michèle Fitoussi remet au goût du jourJanet Flanner, cette femme remarquable qui a inventé le journalisme littéraire, bien avant Truman Capote et le pape du nouveau journalisme, Tom Wolfe. Et nous rappelle que, toujours dans ce « New Yorker » pour lequel elle a travaillé de 1925 à 1975, Janet a brillé également avec des portraits saisissants (Hitler, Pétain, De Gaulle, Malraux,...) et des enquêtes au long cours sur la crise du canal de Suez, l’insurrection de Budapest ou encore la guerre d’Algérie.

- En près de 400 pages, le plaisir de flâner avec Janet Flanner, cette femme qui avait des rêves. Les a poursuivis, inexorablement. Les a accomplis, encore et encore. Cette femme qui a fait de sa vie tout autre chose qu’un long fleuve tranquille, et qui a montré qu’on peut aller au bout de son ambition sans jamais piétiner, écraser les autres…

Points faibles

Pour ce portrait d’une femme remarquable qui lui a demandé cinq années de travail entre les recherches, la documentation et l’écriture, Michèle Fitoussi peut paraître parfois hésiter entre le roman et la biographie…

En deux mots ...

Voilà un bel hommage, le portrait impeccable d’une femme remarquable qui a tout simplement inventé le journalisme littéraire.

Un extrait

Ou plutôt deux:

  • « Personne n'a donc jamais appris aux hommes qu'il y a du bon dans la liberté et que sa perte ne mène qu'à la douleur ? »
  • « J'ai plutôt rencontré les proches des célébrités et ceux qui travaillaient pour elles. Vos amis, domestiques, enfants, parents, amoureux, collègues, donnent une meilleure description de ce que vous êtes, que ce que vous ne le feriez vous-même ».

L'auteur

Née le 24 novembre 1954 à Tunis (Tunisie), Michèle Fitoussi est une journaliste et romancière française. Durant de longues années et jusqu’en décembre 2012, elle a été reporter puis éditorialiste pour le magazine « Elle ». De 1987 à 2018, elle a publié douze livres (romans, essais ou biographies), parmi lesquels « Le Ras-le-bol des super women » (1987), « Des gens qui s’aiment » (1998), « Elle. Une histoire de femmes » (2005), « Victor » (2007), « Helena Rubinstein » (2010), « La Nuit de Bombay » (2014) ou encore « Janet » (2018). Pour le cinéma, elle a écrit l’adaptation de son roman « Victor » pour le film éponyme de Thomas Gilou (2009). Elle a également co-fondé en 2012 le Festival théâtral Paris des Femmes.

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