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La conquête des îles de la Terre Ferme

Un souffle d'épopée: impossible de ne pas aller jusqu'au bout
De Alexis Jenni
Editions Gallimard

Lu / Vu par

Yann Kerlau
Publié le 20 déc . 2017

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Embarquement immédiat pour des terres lointaines, celles découvertes par Christophe Colomb en 1492. Un récit d’estoc et de taille, mené par le narrateur Juan de la Luna, hidalgo élevé à la dure entre l’épée et la Croix. La cruauté rôde dans cette soumission par le fer de populations indifférentes, surprises dans une quiétude millénaire. Sur ces terres dont les conquérants castillans ne savent jamais si elles sont des îles ou des continents, l’or s’échange contre des plumes, de la verroterie et des miroirs. D’un point à un autre de l’immense Yucatan, les gentilshommes aventuriers de l’empereur Charles-Quint avancent le long des côtes puis à l’intérieur des terres avec une obsession salvatrice et mortifère : s’enrichir. Au-delà d’elle, un devoir, celui de convertir les indigènes.

Points forts

Le vrai bonheur, c’est d’y croire aussitôt. A la page 2, on sait déjà que l’on ira jusqu’au bout, regrettant d’être arrivé trop tôt à bon port. Une plume hautaine et colorée qui se déploie tel un étendard de la Castille à l’empire des Mexicas. Tout au long de ces pages superbes se mêlent l’amour et la mort, la déchirure et la vanité des conquêtes. Dans ce monde d’hommes, des amitiés se nouent, hasardeuses et nourries de peu de mots. L’épopée se fait tantôt tragique tantôt héroïque, les conquérants y poursuivant jusqu’à leur dernier souffle des rêves de grandeur.

Points faibles

Quelques longueurs qui n’empêche pas la magie d’opérer.

En deux mots ...

Les hommes se reconnaîtront dans ce récit tendu comme un arc, nourri de cette transe où leurs semblables se jetèrent jadis, éperonnés par une inextinguible soif de richesse. Quant aux femmes qui découvriront les quatre cents pages de La conquête des îles de la terre ferme, elles regretteront sans doute le mince rôle qui leur est donné tout au long de cette épopée...

Un extrait

Plutôt trois images de cette armada :

- Nous étions prêts, nous dormions avec nos armures, nos gorgerins, nos guêtres, ôtant seulement nos casques, l’épée nue allongée à côté de nous, les piques dressées. Dans l’ombre, nous essayions de deviner à travers les murs les glissements, les craquements, les frottements, tout ce qui pourrait indiquer que l’on s’approchait et que l’on nous envahissait, tout ce qui pourrait indiquer un danger, mais ce n’était que l’un des nôtres qui se retournait en soupirant, ou ceux qui nous gardaient qui faisaient quelques pas pour se dégourdir les jambes.

- Je ne sais comment diriger ces terres autrement que par la cruauté : elles sont brutales, nous les avons soumises par la violence, et elles nous échappent par leur indifférence.

- A l’instant même où tu acceptes de vivre, tu plonges dans une violence inextinguible.

L'auteur

Oublions les grincheux qui n’avaient pas apprécié qu’Alexis Jenni décroche en 2011 le prix Goncourt pour son premier roman : L’art français de la guerre (Gallimard). Les mêmes ont continué à se frotter les mains en voyant le peu d’échos donnés à ses livres suivants : Jours de guerre : reliefs de 1914-1918 (Editions du Toucan, 2014), La nuit de Walenhammes (Gallimard, 2015), Son visage et le tien (Albin Michel, 2014), Une vie simple (avec Nathalie Sarthou-Lajut /Albin Michel, 2017), Le monde au XXIIème siècle : utopie pour après-demain (P.U.F, 2014). 

Dans leurs chroniques littéraires, Le Monde du 19 octobre dernier et La Croix du 23 novembre 2017 ont donné leurs bénédictions à l’auteur, pour "La conquête des îles de la Terre Ferme". Alleluia ! Avec ce beau roman, Alexis Jenni reprend le chemin du succès.

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