Livres

La Guerre des Intelligences

La sacralisation douteuse de l'intelligence artificielle
De Docteur Laurent Alexandre
Éditions JC Lattes - 340 pages

Lu / Vu par

Valérie de Menou
Publié le 08 jan . 2018

Recommandation

2,0A la rigueurA la rigueur

Thème

Le Dr Laurent Alexandre nous livre un ouvrage de vulgarisation scientifique sur la révolution technologique en cours et expose sa théorie selon laquelle l’obsolescence du cerveau devient une évidence au regard de l’évolution de l’intelligence artificielle (IA) qui le distance désormais. Il différencie l’IA faible- celle que nous connaissons aujourd’hui- qui effectue ce qu’on lui a appris à faire et reste sous contrôle humain, de l’IA forte, surpuissante et pouvant échapper à ses créateurs. S’appuyant sur le changement de civilisation technologique et sa désynchronisation avec les démocraties qui n’en saisissent pas les enjeux, il préconise une refonte urgente du système éducatif actuel, dont il sonne le glas, et la nécessité d’augmenter artificiellement le quotient intellectuel afin que l’homme soit en phase avec l’IA à venir.

Points forts

Les deux seules vertus que je pourrais prêter à cet essai seraient celles de susciter le débat sur le sujet fondamental du développement de l’intelligence artificielle et de dénoncer notre système scolaire obsolète, mammouth  à refonder pour former et accompagner nos enfants dans un monde en profonde mutation. Sur ce second point, le Dr Alexandre s’égare toutefois dans un scénario éducatif bionique peuplé d’enfants implantés et d’enseignants, ingénieurs en neurosciences

Points faibles

-        Cet essai, catastrophiste et anxiogène, me semble extrêmement inquiétant au regard de son insidieuse orientation transhumaniste et eugéniste.

Le Dr Alexandre nous raconte donc qu’il est inévitable que nos capacités neuronales soient augmentées prochainement au moyen de toutes les technologies scientifiques NBIC ( Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et sciences Cognitives) afin de pouvoir cohabiter avec l’Intelligence Artificielle de notre quotidien et de l’avenir.

-        L’auteur nourrit une obsession maladive sur la question du QI, qui doit être selon lui, forcément élevé pour survivre. Il oublie malheureusement qu’il existe plusieurs formes d’intelligence, émotionnelle, relationnelle (cf Chronique Culture-Tops du 29/12/2017 « Métamorphoses de l’intelligence » de Catherine Malabou);  cela peut nous conduire très loin : racisme anti-handicapés, anti-malades, anti-faibles

-        Il exacerbe la panique en martelant que l’Europe est inerte et que la Silicon Valley et la Chine sont déjà prêtes voire déjà actives…

-        Il catégorise de façon manichéenne les « pour » et les « contre » le transhumanisme, donc le bien et le mal, dans son langage, les « bioconservateurs » ou « les racistes anti-silicium » contre les partisans de la neuroaugmentation.  

-        Beaucoup de redites  tout au long de l’ouvrage, telles un implacable matraquage

-        Tout l’esprit de cet essai se résume finalement dans son titre provocateur et belliqueux « La guerre ».

En deux mots ...

Rarement, un livre m’aura procuré autant de frayeur sur la nature humaine qui préside aux expérimentations scientifiques! Cet essai fait le buzz dans les médias et j’ai cherché, en vain, une prise de position de l’Eglise sur cet ouvrage… 

Si nous ne pouvons que souscrire aux avancées médicales qui sauvent les vies de nos proches, il est cependant indispensable de différencier le principe de réparation de celui d’augmentation de l’être humain. Nous ne pouvons pas vivre dans le mépris des progrès médicaux et nous devons raisonner en termes de soins, certes, mais le soin ne signifie pas l’eugénisme et donc l’élimination des hommes diminués ou considérés comme tels.

Que penser de telles pratiques aux mains de quelques illuminés ? Un génocide des QI moyens ou d’êtres estimés faibles pourrait donc être envisageable…

Pas une ligne, non plus, sur tout ce qui peut constituer l’âme : la sensibilité, l’empathie, la beauté, l’amour, le don de soi, la spiritualité.

Un cerveau augmenté pourra-t-il être ému aux larmes en écoutant du Bach, en se recueillant dans un lieu sacré ou s’émerveiller devant une œuvre d’art? Pourra-t-il également tomber amoureux et donner de la tendresse ? 

Des sentiments qui semblent bien étrangers à l’auteur et qui pourtant sont le sel de l’âme humaine.

Soyons d’une vigilance extrême et ne nous laissons pas emporter dans de tels fantasmes  que l’on nous vend comme inéluctables, qui servent un certain type d’économie et qui remettent totalement en cause toute l’anthropologie chrétienne. 

Il y a de l'Icare dans l'air...

Un extrait

« Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) sont le Vatican de 2050. La force d’attraction des géants du WEB n’a rien à envier au formidable pouvoir de séduction qui a permis le succès du christianisme depuis deux mille ans » page 304

L'auteur

Laurent Alexandre est médecin et diplômé de l’IEP et de l’ENA. Il a créé de nombreuses sociétés dont le site Doctissimo et  dirige aujourd’hui une entreprise belge de séquençage ADN, « DNAVision ». Très présent dans les médias, qui le considèrent  comme un expert des questions liées aux biotechnologies, il est l’auteur de plusieurs livres dont « La mort de la mort »  ou « La défaite du cancer ».

Commentaires

F.Barbier
Le 01 mar. 2018
à 00h15

Tant qu'il s'agira d'Homme, l'intelligence augmentée ou non, servira à prendre des décision, à arbitrer des réponses, à créer du bien être pour lui même...
Les sensations, les émotions, le ressenti (le cœur qui s'emballe, la peau qui frise, les genoux qui flageolent), resteront les grands décisionnaires de nos choix de vie. L'Homme devra avec humilité reconnaître sa condition de mortel et s'attribuer au nom d'une morale acceptable, un repère partagé. Il n'est pas nécessaire d'être le plus intelligent pour diriger, il "suffit" de comprendre les âmes.

Critique Anonyme
Le 22 mar. 2018
à 03h01

Très mauvaise critique du Livre.
Le fait qu'il soit pessimiste sur l'espèce humaine n'est pas une raison pour dénigrer son énorme travail de recherche et de comparaison. Tout ses dires sont appuyés de textes scientiques, expériences ou tirés d'auteur (mais vous n'en dite rien, vous le tenez en porte-à-faux tout le temps alors que beaucoup des idées du livres ne proviennent pas du DR. Alexandre mes de scientifiques du monde entier). Serait-ce une vengeance personelle ou bien vous manquez cruellement de discernement.
Je ne dis pas que c'est un livre magnifique, mais il faut reconnaitre que votre critique est vraiment mauvaise et donne une image stéréotypée et négative de la recherche scientifique.
La relagion vous aveugle tout comme c'était le cas au 16eme siècle par exemple, quand l'Eglise a tué (au sens premié ou figuré) un grand nombre de scientifiques car leurs vision du monde était différente de la secte du Christ... Affligeant de voir ce genre de comportement au 21eme siècle...

Marc
Le 05 aoû. 2018
à 18h04

Sujet bien évidemment intéressant, mais traité de manière fort répétitive et brouillonne. Le style est de surcroît inconsistant, le ton pontifiant, le message péremptoire mais peu étayé. La lecture en devient fastidieuse et au total agaçante. Cinquante pages correctement structurées auraient clairement suffi.
Espérons que l’Intelligence Artificielle fera le tri parmi les écrivains...

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