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LA NATION, LA RELIGION, L'AVENIR. Sur les traces d'Ernest Renan

Quand un grand esprit du 19° siècle peut nous aider à comprendre le 21°
De François Hartog
Editions Gallimard - Collection L'Esprit de la cité - 155 pages

Lu / Vu par

Anne Jouffroy
Publié le 12 jan . 2018

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Thème

Philologue, philosophe, historien, savant indubitable, Ernest Renan (1823-1892) est tombé dans l'oubli aujourd'hui alors qu'il fut une référence majeure dans la seconde partie du XIX ième siècle, en France et bien au-delà.

Ce fut un auteur très controversé. Ses zélateurs et ses détracteurs furent nombreux.

Les premiers appréciaient ses idées. Les seconds, catholiques ou républicains, l'accusaient de traîtrise : en effet, après la publication de sa Vie de Jésus, Renan, ancien séminariste, devint pour les catholiques « le grand blasphémateur » ; pour les républicains, son ralliement au régime de Napoléon III était impardonnable. (Mais après 1870, Renan retrouvera le camp républicain et sera honoré par la III ième République.)

François Hartog, historiciste, estime que la réflexion de Renan sur les liens entre passé, présent et avenir, a toujours toute sa place. Dans son essai, il interroge, en quelque sorte, Renan sur trois notions : la religion, l'avenir et la nation.

Quelle est la religion du monde moderne ? L'avenir, le temps en marche vers le progrès de l'humanité.

Qu'est-ce que la religion de l'avenir ? La science de l'esprit (philologie, philosophie, théologie, politique, histoire) qui apportera le progrès de la conscience et de la raison.

Qu'est ce qu'une nation moderne ? Un plébiscite de tous les jours. Un choix de vivre ensemble et de transmettre. Mieux qu'une communauté d'intérêts, c'est une « âme » et « un principe spirituel ».

Renan avait, en effet, une foi inébranlable dans l'avenir nourri par les connaissances des savants de l'esprit. Il avait fait siens ces mots de Virgile, « Mens agitat molem », (« c'est l'esprit qui met en branle la masse du monde »).

Pour François Hartog, la nation moderne ainsi entendue paraît la forme historique la mieux adaptée pour relier entre eux le passé, le présent et l'avenir d'une communauté. Et il est temps pour nous, en cette période où nous pensons l'avenir fermé, menaçant, de retrouver la foi en l'avenir et le désir de vivre ensemble.

Sur les traces de Renan, nous devons réfléchir à la question de la transmission pour « faire advenir l'avenir » et tenter de permettre à l'humanité des temps futurs d'avoir la pleine conscience d'elle-même.

Points forts

- Une analyse subtile de la personnalité de Renan.

- Une présentation vive et brillante du régime moderne d'historicité.

- Un appel à la culture : la science de l'avenir. 

Points faibles

Je n'en vois aucun.

En deux mots ...

Une invitation à la redécouverte de Renan, cet idéaliste impénitent, comme un « prisme » pour nos inquiétudes contemporaines.

Inspirons-nous de son questionnement et laissons-lui ses réponses d'homme du XIX ième siècle.

A nous de chercher nos réponses.

Un extrait

- « Son œuvre offre un intérêt sans contrepoint à la conjoncture dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, celle d'un moment où nous ne savons plus trop ce qu'est l'avenir ; où cette catégorie a perdu l'absolue évidence dont elle s'était trouvée à partir du XIX ième siècle et où s'est fortement érodée sa puissance d'attraction ».

- « (Une nation)... forme politique singulière, qui n'a rien de naturel. Elle n'a existé ni toujours, ni partout ; ayant eu un début, elle aura, comme tout, une fin : elle marque un moment du devenir politique des communautés humaines... Faite, elle n'en est pas moins toujours à faire, ou à faire toujours plus. »

L'auteur

François Hartog est historien, directeur d'études à l'EHESS, et l'auteur de Régimes d'historicité:Présentisme et expériences du temps (2012), de Croire en l'histoire (2013) et de Partir pour la Grèce (2015).

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