Livres

L’abeille (et le) Philosophe

Quand la culture est joyeuse et communicative...
De Pierre-Henri et François Tavoillot
Editions Odile Jacob

Lu / Vu par

Bertrand Devevey
Publié le 14 déc . 2015

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Je n’aurais jamais imaginé que la petite abeille puisse avoir joué un rôle si fondateur dans la philosophie, l’histoire des religions, dans la pensée politique, la recherche scientifique. Infatigable ouvrière, elle est un symbole universel, de la société, de la nature, de l’unité, de l’ordre, toujours espérés, toujours au risque de disparaitre. Ce livre raconte tout cela avec simplicité, pédagogie et humour.

Points forts

1- Ce livre est d’abord une somme de connaissances. L’abeille est partout, dans la culture occidentale comme orientale. Si vous en doutez, lisez ce livre. Il l’explique pas à pas, suivant un chemin chronologique qui démarre sur l’Olympe et s’achève dans l’exégèse de la pensée néolibérale et sur les toits de la Bourse de Londres. Ce voyage, très solidement argumenté, risque de vous laisser, comme moi, stupéfait(e).

2- Dans cet « étonnant voyage dans la ruche des sages », les frères Tavoillot nous font partager l’enthousiasme et la richesse de leurs recherches. Leur écriture est accessible, leur humour omniprésent – qualité rare des livres dits « de philosophie ». Autour de chapitres aux titres écrits à la façon des traités pour l’éducation des futurs rois; des petits bonheurs en soi. L’architecture du livre s’agrémente de savoureux « butinages » (de la vulgarisation scientifico-entomologique) et délicats « florilèges » (des extraits de textes originaux qui étayent les thèses développées).

3- Je n’ai pas honte de le dire, j’ai appris des tonnes de choses. Que chaque civilisation a peur de perdre ses abeilles.  Aristée, déjà, né des amours d’Apollon et de la nymphe Cyrène, avait perdu les siennes - heureusement pour nous, il les a retrouvées. L’abeille païenne devient l’objet de débats théologiques passionnés. Saint Ambroise (patron des apiculteurs) en sortira vainqueur, et l’insecte, promu vecteur de la patristique chrétienne. Symbole monarchique, puis impérial, puis républicain, puis révolutionnaire, l’abeille est aussi le premier être vivant représenté d’après une observation microscopique. L’’abeille, par nature mutualiste, inspiratrice de l’architecte Le Corbusier, est aussi à l’origine du « buzz » sur internet…

4- Quand on ferme la dernière page, il se passe ce qui survient quand on a rencontré un maitre de la pédagogie : on se sent plus intelligent. Cela fait du bien!

Points faibles

1 - Si vous savez déjà que Melissa est la première a avoir gouté le miel, si vous avez lu l’intégrale des Géorgiques de Virgile en édition originale, si le rôle de l’abeille dans le Coran n’a pas de secret pour vous ; si sa place dans la pensée fouriériste, et l’emblème du pape Urbain VIII font partie de votre socle commun de connaissances , là, je dois le dire, vous allez vous ennuyer... 

2 - Si la perspective d’avoir des réponses aux énumérations qui précèdent vous est totalement indifférent, si vous détestez les abeilles, que leur vie intime et leur influence sur nos modes de pensées vous laisse de glace, c’est sûr, ce livre n’est pas pour vous...

En deux mots ...

J’ai connu au fil des pages un sentiment de lecture jubilatoire. Sans doute parce que ses auteurs ont pris un véritable plaisir à les écrire, qu’ils se sont étonnés eux-mêmes de l’influence de l’abeille sur la pensée occidentale. Ce livre en parcourt toutes les « humanités ». Il offre de faire le lien entre un être « familier» et les plus profondes racines de notre culture. Quelle incroyable rencontre !

Une phrase

Ou plutôt un court extrait:

« L’abeille fournirait un excellent fil conducteur pour un cours de philosophie de terminale… A chaque étape, on retrouve notre sympathique animal au cœur des grands enjeux… la différence homme/animal, la distinction société/organisme, le couple nature/culture, l’origine du vivant, le rapport au divin, le gouvernement de la cité, le langage et la communication, le corps et l’esprit, la définition de l’intelligence… »

L'auteur

Pierre-Henri et François Tavoillot sont frères : l’un est philosophe, l’autre est apiculteur. Pierre-Henri préside le collège de Philosophie de la Sorbonne. Ce jeune philosophe (50 ans) s’intéresse à tout – aux âges de la vie, à la transmission, à l’éducation, aux idées et philosophies politiques… Après des études de philosophie, François préside à la destinée de la ruche de fours et du Trifoulou – en Haute Loire. Tous deux partagent l’envie d’animer un débat sur le sens de la vie, et accessoirement, s’amusent à se demander « pourquoi les abeilles répondent à toutes les questions que se posent les hommes ». Piqués au jeu (!) "L’abeille et le Philosophe" est le fruit de leurs regards croisés.

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