Livres

L’amour après

Une admirable leçon de vie
De Marceline Loridan-Ivens, avec Judith Perrignon
Editions Grasset - 162 pages

Lu / Vu par

Serge Bressan
Publié le 31 juil . 2018

Recommandation

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Thème

 Jeune fille de 14 ans, elle a été déportée pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les camps de la mort, Auschwitz, Birkenau… Elle en reviendra sans son père qui avait été déporté en même temps qu’elle. Survivante, aujourd’hui à 89 ans… « Mon corps de femme s’est dessiné en même temps qu’il était condamné. A Auschwitz. Que faire de lui ensuite puisque j’avais survécu ? Serait-il capable de désir, de plaisir… D’aimer tout simplement ? », s’interroge l’auteure qui, un jour, plonge dans une vieille valise. Elle en sort des listes de livres, des billets de spectacles, des mots griffonnés. Des lettres, aussi. Des lettres d’amour. Ecrites avant-hier, hier par les hommes qui l’ont aimée, qu’elle a aimés. Par d’autres qu’elle a simplement croisés. La liste est longue, et alors ? Il y a Francis Loridan, son premier mari, l’écrivain Georges Perec, le sociologue Edgar Morin, Jean tellement plus jeune qu’elle, le documentariste Joris Ivens, son deuxième mari de trente ans son aîné… et aussi Freddie rescapé comme elle, Camille beau comme Brando…

         A 20 ans, Marceline Loridan-Ivens est revenue à la vie. Survivante à Saint-Germain-des-Prés, dans les premières années 1950, elle vit l’aujourd’hui. Pour (tenter de) gommer l’horreur du passé. Pour « continuer », comme le lui suggérera un jour une psychanalyste ? Mais le corps, lui, a-t-il oublié ? Peut-il seulement oublier ? 

       En ouverture de « L’Amour après », l’auteure rappelle les mots du fondateur de la psychologie analytique, C.G. Jung : « La vie non vécue est une maladie dont on peut mourir ». 

Au fil des pages, les souvenirs du temps passé et les événements du temps présent s’enchaînent. On devine qu’elle a connu, au moins une fois, peut-être même une seule fois, le véritable amour, le grand amour. Ce fut avec Joris Ivens.

Points forts

- Un grand et beau texte sur le corps, sur l’amour, sur l’apprentissage de la chose amoureuse, sur la réappropriation du corps après un passage dans les camps de la mort.

- Le tourbillon d’une vie ponctuée par les mots « horreur », « humiliation », « corps », « désir », « amour »… On lit, pris par l’émotion : « Je fuyais mon propre corps, sa mise à nu, à jamais associée pour moi à l’ordre d’un nazi », ou encore : « Il n'y eut après les camps, plus aucun donneur d'ordres dans ma vie ».

- Le franc-parler d’une femme revenue de là où la mort était l’ordinaire du quotidien.

- Avec « L’Amour après », Marceline Loridan-Ivens raconte l’amour, le sexe- il n’y a dans ses mots pas la moindre vulgarité, pas le moindre soupçon d’impudeur.

- La résonance implacable des mots d’une femme qui, au lendemain du retour des camps, confia : « Ma vie c’était vraiment du rabe »…

Points faibles

De ce récit, trouver et pointer le moindre point faible relèverait, à mon avis, de la malhonnêteté intellectuelle.

En deux mots ...

Sur ce livre bref (moins de 160 pages) mais furieusement dense, flotte un formidable air de liberté. 

Longtemps, chez tout lecteur de « L’Amour après », vibrera ce texte sur le cauchemar des camps et la (re)découverte de l’amour et de la sexualité. 

Si je peux me permettre: un livre à lire impérativement.

Un extrait

Ou plutôt deux:

- « J’ai cru comme elle au Prince Charmant, je l’ai espéré, plus on est libre, plus on entretient l’idée d’un homme idéal, on cherche l’âme sœur, pas le mari, c’est une longue quête où l’on s’enferme comme la bonne épouse dans sa vie rangée. Il ne viendra pas. Il n’existe pas. Il faut déserter les modèles, fuir leurs pièges, leurs barbelés invisibles ».

 - « Nous sommes passées devant une baraque en bois peinte en vert qui semblait moins rudimentaire que la nôtre, des femmes y parlaient français, alors nous nous sommes approchées, mais elles nous ont chassées en nous traitant de sales juives. C’était la baraque des communistes. Nous avons perdu ensemble notre innocence ».

L'auteur

Née Marceline Rozenberg le 19 mars 1928 à Epinal (Vosges), Marceline Loridan-Ivens est une cinéaste documentariste française. Enfance et adolescence dans le Vaucluse où, jeune fille pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle s’engage dans la Résistance. Elle est capturée avec son père par la Gestapo, envoyée à Auschwitz- Birkenau le 13 avril 1944 (dans le même convoi que Simone Veil) puis dans les camps de Bergen-Belsen et Theresienstadt. 

Elle est libérée le 10 mai 1945 par l’Armée soviétique. Elle se marie avec un jeune ingénieur en travaux publics, Francis Loridan, divorce quelques années plus tard. 

Elle adhère en 1955 au Parti Communiste Français qu’elle quitte un an après.

En 1963, elle rencontre le réalisateur Joris Ivens (de trente ans son aîné) et l’épouse. Ensemble, ils vont réaliser des films comme « Le 17ème parallèle ». Entre 1972 et 1976, pendant la Révolution culturelle, le couple réalise en Chine une série de douze films, dont « Comment Yukong déplaça les montagnes »,  mais devra quitter le pays précipitamment. 

En 1977, elle reçoit le César du meilleur court-métrage documentaire pour « Une histoire de ballon, lycée n°31 Pékin ». En 2003, Marceline Loridan-Ivens réalise « La Petite Prairie aux bouleaux », un film de fiction inspiré de son séjour dans les camps de concentration.

En 2015 avec sa complice Judith Perrignon, elle publie « Et tu n’es pas revenu », un livre évoquant la mort de son père dans les camps d’extermination. 

Commentaires

Denechaud Gilles
Le 19 sep. 2018
à 19h55

une femme les pieds sur terre j usqu a la fin,
des personnalités que l on aimerait rencontrer et arrêter le temps un moment pour écouter..
paix a elle.

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