Livres

L’inconnu me dévore

Une déclaration d'amour à la vie
De Xavier Grall
Editions des Equateurs

Lu / Vu par

Paul Beuzebosc
Publié le 14 avr . 2018

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Derrière ce titre étrange, c’est le grand passage de la vie à la mort qui se cache. La mort qui vient à la rencontre de l’auteur, journaliste, poète, barde, « étonnant voyageur » lui aussi, retourné en famille dans sa Bretagne natale pour y mourir en chrétien. En guise d’A Dieu à ses cinq filles, ses belles et chères « divines », il leur adresse un vibrant credo d’outre-tombe, les adjure de vivre, de croire, d’espérer, d’admirer et surtout d’aimer. Mort à cinquante-et-un ans, l’amour a été, pour celui « qui a tout aimé », la grande affaire de sa vie, un demi-siècle passé entre fulgurances et déraison, entre abandons et enthousiasme, à étancher, dans la fête, l’amitié et la prière, toutes ses soifs.

Points forts

Ce petit livre paru en 1980 ressuscite de l’oubli une œuvre et un auteur. Pierre Adrian, qui signe la préface, y voit très justement un livre « au chevet ». Le vent, la mer, la houle, la tempête parfois, agitent ces pages fortes, puissantes, inspirées, baignées de l’humus et des lumières de la Bretagne intérieure qui habitent l’auteur. De son propre aveu initial, un héritage à transmettre, à l’épilogue fatal qui pointe, Xavier Grall se dépouille dans un chemin de croix, dans une superbe langue de haute mer, de ses raisons de vivre qui sont autant de certitudes de croire. 

Et à la fin, « il n’y a que Dieu, ce grand Inconnu ». Et cette foi-là, c’est un hymne, un cantique, une cure d’absolu, un pèlerinage sans indulgence pour la piété embourgeoisée et poltronne des bigots et l’église moraliste et tiède qui a jeté les rites à la mer. Avant un ultime abandon à l’éternité.

Points faibles

« Heureux les faibles, ils me comprendront » pourrait dire l’auteur, tout acquis à l‘humilité des âmes simples.

En deux mots ...

D’une déclaration d’amour à la vie, Xavier Grall fait un requiem vivant, fiévreux, généreux. Voilà un livre que vous glisserez dans un silence rassasié à l’horizontale au-dessus des livres bien sages et bien rangés de votre bibliothèque. Vous le conseillerez à vos proches en plein doute ou à des pèlerins en quête d’un guide d’admiration de l’essentiel. Pour lire et relire cette chronique de la « houle intérieure », pour mettre de la gravité dans les jours heureux et du bonheur brut dans les jours sombres.

Un extrait

Ou plutôt deux:

- "C’est la vie à pleine bouche et l’espérance à pleines mains que je vous enseigne."

- "On ne possède son être qu’à son dernier souffle".

L'auteur

Xavier Grall (1930-1981), fut écrivain, journaliste et poète. Admirateur de Rimbaud et de Kerouac, il pratiqua, comme Georges Bernanos, l’un de ses inspirateurs, la rébellion profane puis mystique. Son œuvre, publiée de 1964 à 1984, a été rééditée depuis 2013. 

Commentaires

Yves Bouëssel du Bourg
Le 17 avr. 2018
à 16h31

Que voilà une belle chronique qui permet de retrouver le grand Xavier Graal, poète inspiré à la langue pleine de sève. La Bretagne n'est jamais aussi belle que sous sa plume. J'aime cet homme au verbe puissant, aux images hallucinées, à la foi émerveillée. Un homme d'honneur et de lettres qui aimait la vie.

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