Livres

Predica

D'une originalité folle, d'une écriture brillante, mais peut déconcerter, voire heurter.
De Paul Chantrel
Editions Pierre Guillaume de Roux

Lu / Vu par

Yann Kerlau
Publié le 31 oct . 2017

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Toutes les rencontres finissent ou commencent à Venise. Et celle de François et Predica n’y échappe pas plus que Casanova à la prison des Plombs. Un parcours sentimental à haut risque où il semble n’y avoir qu’un pas de la Croix aux bas-fonds. La promenade aussi passionnelle que sexuelle des deux héros n’exclut pas l’incursion dans le monde impitoyable de l’édition française. Pour qui ne connaîtrait ni Françoise Verny ni les ténors de la pensée, voilà une manière allègre de rattraper votre retard.

Points forts

Voilà un livre comme en rencontre un par an ou par décennie. A peu près inclassable mais contenant tout : une histoire qui en rassemble d’autres, s’y fondant pour en renaître. Le désir, la jouissance, Dieu introuvable et partout présent, le rire de Chamfort et la prose étincelante de Paul Chantrel. On y croise d’aimables fantômes : Cocteau déguisé en Thomas l’Imposteur et François Mauriac en Thérèse Desqueyroux. Dans les couloirs de la maison Plon comme dans ceux des Galeries Lafayette, il se passe toujours quelque chose : actionnaires véreux ou brillants, financiers aux dents agacées par l’ambition, qui l’emportera ? Et surtout, que deviendront les deux héros que sont François (le narrateur) et la femme de sa vie, écartelés entre le marquis de Sade et Thérèse de Lisieux.

Points faibles

Aucun en vue.

En deux mots ...

L’almanach d’une passion pour la littérature et le sexe, la beauté et la mort, vécue de l’intérieur, comme un ventre ouvert rue Garancière par le narrateur (alias Paul Chantrel) et alimenté par les fantasmes de Predica. Le tout, pré-emballé dans une écriture d’une splendide limpidité.

Un extrait

- "Toute vie est un récit que l’on construit …ou qui, plutôt, nous construit faisant de nous son protagoniste. Tout est culturel. Les jours fugaces et la vie éternelle… Je nous imagine n’étant plus qu’esprits. Eveillés et dormants à la fois, libérés de l’alternance de la veille et du sommeil."

- Le second, portraiturant Gabriel Marcel : "Longeant ces coursives, naviguait encore, tous feux éteints, Gabriel Marcel, gros chat, les épaules de son costume couvertes de pellicules qui lui paraissaient des poussières célestes." 

L'auteur

Paul Chantrel a la fibre littéraire chevillée au corps depuis plusieurs générations : son grand-père Paul Chantrel était l’éditeur des Annales Catholiques et son arrière-grand-père, Joseph Chantrel, journaliste avait fondé en 1861 le journal Le Monde. 

Reporter à Paris-Match, Paul Chantrel sera ensuite directeur littéraire de Plon, puis directeur général et créateur de la collection 10/18. Critique de cinéma pour le magazine Elle, il est aussi un passionné d’équitation, sport où il excellera en remportant de nombreux prix et en étant successivement chargé de mission auprès du premier ministre Georges Pompidou, puis de Jacques Chaban-Delmas quand il était premier ministre. Il sera aussi le créateur de l’Ecole Nationale d’Equitation de Saumur, le fleuron français de l’art équestre dans la grande tradition.

Paul Chantrel est l’auteur avec Jean-Claude Hallé du livre Le marginal (Julliard) et du roman Parisgrad (Robert Laffont) publié sous le pseudonyme de Jean Texel. Avant Predica, il avait déjà publié chez Pierre-Guillaume de Roux, en 2015, La reprise des ténèbres. Quatre autres titres déjà annoncés par son éditeur, paraîtront dans la foulée.

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