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Salina - Les trois exils

Un pari très audacieux, à moitié gagné
De Laurent Gaudé
Editions Actes Sud

Lu / Vu par

Isabelle de Larocque La Tour
Publié le 03 jan . 2019

Recommandation

3,0BonBon

Thème

En des temps mythiques, aux confins du désert,  le clan Djimba voit arriver un cavalier inconnu qui dépose sur le sable un bébé hurlant qu’on appellera Salina, l’enfant aux larmes de sel. Avec l’adoption de la fillette, c’est la fatalité qui s’invite au sein de la tribu.

Salina, devenue femme,  aura trois fils, Mumuyé, le « fils bâtard » né de son union légitime avec un homme qu’elle hait, Koura Kumba,  le « fils colère » engendré en neuf jours pour incarner le bras armé de sa vengeance,  et Malaka, le « fils donné » qui lui offrira le repos et créera la légende.

Points forts

  • Roman épique et poétique, « Salina » est la reprise, 15 ans après, d’une pièce d’inspiration antique du même Laurent Gaudé, écrite en 2003 et montée pour la première fois en 2006. Le fait est assez rare pour être noté, nos dramaturges contemporains ayant plutôt tendance à adapter pour la scène des textes antérieurs créés par d’autres.
  • On y retrouve les grands thèmes qui  s’entrelacent dans cette première œuvre: le mariage forcé, la vengeance, le culte dû aux morts, tous abordés sous l’angle de la haine et de la violence, mais sans l’expression élégiaque un peu forcée de la pièce, parfois desservie par une interprétation surjouée. Salina n’en demeure pas moins une anti-Antigone barbare qui mutile le corps de celui qui l’a exilée pour l’empêcher de trouver  le repos éternel.
  • La dimension mythique est présente tout au long du récit : Le combat des deux frères ennemis, si long et si ardent qu’il aplatit la montagne,  la veuve hallucinée qui cherche sans trêve les vertèbres dispersées du corps de son mari,  le passeur qui, tel Charon, fait traverser aux morts un Styx vaste comme la mer…
  • La quête de Malaka, le troisième fils à peine évoqué dans la première version de «Salina», apporte au roman une douceur exempte de la pièce  alors qu’il obtient, par son verbe,  l’ouverture des portes du cimetière fabuleux où sa mère retrouvera le repos et l’honneur…

Points faibles

Le style de Gaudé qui se veut proche du poème homérique semble  parfois artificiel, trop travaillé et sujet à quelques faiblesses ; on est loin de la maîtrise d’un Jean-Philippe Jaworski (Janua Vera, Gagner la guerre...) pourtant cantonné au sous-genre de la fantasy.

En deux mots ...

La « Salina » de 2003 est étudiée  en  classe de seconde et de première. Après tout, pourquoi pas ? Les dramaturges français ne sont pas légion depuis la disparition des Anouilh, Giraudoux, Montherlant, et chaque époque a les auteurs qu’elle mérite...

Un extrait

p. 143,  Salina accepte le nouveau-né que lui tend Salika :

« Je n’ai que cela à t’offrir en échange, Alika : cela qui n’est rien face à l’enfant que tu me donnes. Mais ainsi les sangs du passé seront enterrés. Pour toi, la dernière vertèbre de Sissoko. Que tout s’apaise (…) Je prends la vie que tu m’offres (…) Je voulais mourir mais tout a changé. Le désert sera mon royaume. Je lui apprendrai tout ce que je sais. Il aura les étoiles pour parrain et les hyènes pour escorte »

L'auteur

Romancier, nouvelliste, dramaturge, Laurent Gaudé,  né à Paris en 1972,  est un auteur reconnu, distingué par de nombreux prix : Prix Goncourt des lycéens et prix des libraires pour « La mort du roi Tsongor », (2003) prix Goncourt, prix Jean Giono et prix du roman populiste pour « Le soleil des Scorta » (2004). S’il touche à différents domaines relevant de l’actualité, du social et même du conte pour enfants, il privilégie dans un texte littéraire « la concentration de sentiments, d’énergies, de dits, qui ne soit pas réaliste, qui donne une dimension épique ».

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