Opéra-Ballet-Musique

Cendrillon

Noureev pourrait en être content et fier...
De Charles Perrault
Musique de Serge Prokofiev - Chorégraphie de Rudolf Noureev.

Infos & réservation

Opéra Bastille
Place de la Bastille
75012 Paris
Tél. : 0892 89 90 90
http://www.operadeparis.fr
En alternance jusqu’au 2 janvier

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 05 déc . 2018

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Tout le monde connaît l’histoire de Cendrillon, cette pauvre orpheline ravalée au rang de servante par ses deux chipies de sœurs et sa méchante marâtre, mais qui, grâce à sa bonne fée de marraine, va se transformer en princesse, le temps d’un bal où elle séduira un prince, lequel la fera rechercher dans tout le royaume après qu’elle ait disparu en laissant derrière elle une des pantoufles de vair qui chaussaient ses jolis petits pieds… Depuis sa version proposée par Charles Perrault en 1697, ce conte a fait, dans les livres, le bonheur de générations d’enfants et sur scène, l’objet de maintes adaptations féériques.

Quand, en 1986, l’Opéra de Paris en demande une version chorégraphique à Rudolf Noureev sur la partition de Prokofiev, le décorateur Petrika Ionesco  (metteur en scène à ses heures) lui  suggère de la transposer dans l’univers des grands studios américains de cinéma.

Nous voilà donc à Hollywood. Cendrillon s’est métamorphosée en apprentie comédienne; la fée, en producteur à gros cigare; le prince, en acteur vedette. La mécanique de l’histoire n’ayant pas changé, ça marche !

Points forts

- Ne pas y aller par quatre chemins : cette relecture de Cendrillon façon comédie musicale des années 30 a du swing et un charme fou. 

 Donnée dans de gigantesques décors de carton-pâte pour bien signifier que nous sommes au royaume de l’illusion, elle en met plein les mirettes et amuse, transportant le spectateur dans un tour du monde que seul le cinéma peut offrir à des gens qui ne quittent pas leur fauteuil !

Sur le plateau, outre des starlettes, des jeunes premiers, des assistants, des scripts et des producteurs, on va croiser aussi des vahinés, des serveuses chinoises, des danseuses de flamenco et même King Kong, comme autant de clins d’œil aux comédies américaines des années 30 et 40.

- Evidemment, la troupe de l’Opéra de Paris, très mobilisée, s’en donne à cœur joie, exécutant avec une précision horlogère et aussi une gaité contagieuse -ce qui n’est pas antinomique- la chorégraphie à la fois savante, amusante et exubérante de Noureev. Il y a cinq distributions pour les rôles de solistes. Le soir où nous y étions,  aussi gracieuse que flexible, la Cendrillon de Dorothée Gilbert était irréprochable. D’une aisance et d'un charisme fou, le « prince acteur vedette » d’Hugo Marchand a mis la salle à ses pieds. A l’instar du  bondissant François Alu, qui a fait merveille dans le rôle du producteur.  

- Composée spécialement pour être dansée, la musique de Prokofiev est splendide, qui évoque les différentes atmosphères du conte. C’est l’Orchestre Pasdeloup qui l’interprète dans  la fosse sous la direction du chef Estonien Vello Pähn. Et c’est très bien, très nuancé.

Points faibles

Transposé sous les sunlights, le conte de Perrault a perdu en cruauté et en merveilleux ce qu’il a gagné en burlesque. Certains  pourront le regretter.

En deux mots ...

Il y a sept ans que Cendrillon mis en musique par Prokofiev dans sa version Noureev n’avait plus été donné à l’Opéra. Sept ans, sinon une éternité, en tous cas un laps de temps suffisant pour que, même si on l’avait vu en 2011, on ait envie de revoir ce ballet féérique, rendu « cinématographique » par celui qui fut et reste l’un des plus grands danseurs-chorégraphes de tous les temps. Conçu comme une glorification  de la mythologie hollywoodienne, ce Cendrillon transplanté à Hollywood,aussi charmant que virtuose, est parfait pour passer les fêtes de fin d’année.

Un extrait

« Lorsque Petrika Ionesco, décorateur de théâtre et d’opéra, m’a soufflé l’idée d’une Cendrillon hollywoodienne, j’ai commencé par être réticent. Le conte de Perrault, ainsi transposé, me paraissait inaccessible. Dois-je regretter que cette suggestion se soit agrippée à moi et insidieusement entêtée au point de ne plus me lâcher ? J’ai dit oui, et aussitôt, j’ai commencé à chorégraphier… Cendrillon ne se réfugie plus dans l’âtre mais dans les coulisses d’un plateau où elle rêve de paraître et de danser avec Fred Astaire et Gene Kelly » (Rudolph Noureev, mars 1987).

L'auteur

Près de  30 ans après sa disparition -le 6 janvier 1993 à Levallois-Perret, à l’ âge de 54 ans, Rudolf Noureev reste l’un des danseurs et chorégraphes les plus mythiques du XXème siècle. 

Au départ, pourtant, ce prodige sans égal n‘a à priori rien pour devenir une star adulée dans le monde entier. Né à bord du Transsibérien, le 17 mars 1938, près d’Irkoutsk, dans une famille pauvre d’origine arabe, il passe une petite enfance miséreuse à Oufa, sous la férule d’un père peu porté sur les arts.

 C‘est un soir de réveillon que son destin va basculer. Le 31 décembre 1945, il assiste par hasard à un spectacle de ballet. Il a sept ans. Il est ébloui. Il décide de devenir danseur et rien ne va plus l ‘arrêter : ni le manque d’argent, ni les foudres paternelles, ni les moqueries de ses camarades.

A 17 ans, il se fait engager au Kirov. A 23, il profite d’une tournée pour demander l‘asile politique à La France. Dès lors, Il ne quittera plus le haut des affiches internationales et fera la carrière de danseur étoile que l’on sait. Une carrière bâtie sur une extraordinaire ténacité, un caractère rebelle, un goût immodéré de la liberté, une soif d’apprendre inextinguible, un perfectionnisme obsessionnel et… un charisme hors du commun.

Parallèlement à son parcours d’interprète, il signera une quinzaine de chorégraphies, essentiellement  pour l’Opéra de Paris dont il devient Directeur de la Danse en 1983. Il restera six années à ce poste où il va faire sa révolution, en faisant fi de la hiérarchie interne et en ouvrant la Compagnie à d’autres styles. Le 25 octobre 1986, il crée Cendrillon, en s’appuyant sur la musique de Prokofiev. Réécrite en 1992 à partir de celle créée en 1877 par Marius Petipa,Bayadère, sera l’œuvre ultime de ce danseur d’exception qui aurait eu cette année 80 ans .

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