Opéra-Ballet-Musique

Rigoletto

Une soirée de magnificence
De Giuseppe Verdi
Direction Musicale: Mikko Franck
Mise en scène : Charles Roubaud

Infos & réservation

Les Chorégies d'Orange
Place Silvain
84100 Orange
Tél. : 0490342424
http://www.choregies.fr
ATTENTION: seconde, et dernière représentation, le11 juillet (le 12, en cas de mauvais temps)

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 10 juil . 2017

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Inspiré du Roi s’amuse de Victor Hugo, créé à la Comédie Française en 1832, Rigoletto raconte le drame d’un père qui va causer la mort de sa fille pour avoir trop voulu la protéger.

L’action se passe à Mantoue, au XVI° siècle. Bouffon du  duc de la ville, Rigoletto, est condamné à faire rire, parfois au détriment de certains courtisans, ce qui l’a rendu impopulaire aux yeux de beaucoup. 

Cet homme, malheureux et bossu, n’a qu’un bonheur dans sa vie, Gilda, sa fille, qu’il garde cachée pour la protéger des libertins qui pullulent  à la Cour. Mais celle-ci, qui a quand même réussi à échapper à la surveillance de son père, est tombée amoureuse d’un homme, qui, elle ne le sait pas, n’est autre que le duc. 

Un jour la jeune fille est enlevée…Fou de douleur, Rigoletto cherchera à se venger en commanditant l’assassinat de celui qu’il croit être le responsable de ce rapt. Mais, à la suite d’une méprise du tueur à gages, c’est sa fille qui périra…

Points forts

- D'abord, comment ne pas être soulevé par cette œuvre, qui, depuis sa création le 11 mars 1851 à la Fenice de Venise, n’a cessé de remporter l’adhésion des publics du monde entier. Les mélodies, accessibles à toutes les oreilles, le livret, à la fois dramatique et follement romantique, les airs, qui deviennent familiers dès la première écoute…Tout est splendide.

- L’interprétation est magistrale, emmenée par un trio de trois interprètes exceptionnels. 

       Et d’abord, Léo Nucci, qui fête ici ses 50 ans de carrière. Certes, à 75 ans, le baryton italien a  un peu perdu de sa ligne de chant, sa voix est moins brillante et moins forte. Mais quel interprète ! Il est, sur scène, la douleur faite homme. L’émotion qu’il transmet ici, avec autant de générosité que de vaillance, est indescriptible. 

Dans le  rôle de sa fille Gilda, la jeune soprano américaine Nadine Sierra subjugue elle aussi, par sa présence lumineuse et sensuelle (quelle actrice !),  et surtout par  sa voix  (aigus, d’une pureté de cristal, ligne de chant, parfaite).  On comprend qu’à vingt-neuf ans seulement, la cantatrice soit l’une des nouvelles stars des scènes lyrique. 

Voix d’airain, puissance vocale, prestance dépourvue de maniérisme, le ténor espagnol Celso Albelo qui joue l'amoureux de Gilda, le Duc de Mantoue, suscite également l’enthousiasme. Il faut entendre les acclamations du public après son interprétation de l’air le plus connu de cet opéra, La Donna e mobile.

Les rôles secondaires sont tous aussi très bien tenus et les chœurs, à la même hauteur.

- Musicalité hors pair, précision horlogère, gestuelle d’une remarquable clarté…le chef  Mikko Franck galvanise plateau et orchestre (le Philarmonique de Radio France) et les conduit dans un bel unisson. Pas le moindre petit décalage entre la scène et la fosse. Et en plus, voilà un chef qui sait ce que Verdi contient de couleurs, de tragédie et de tourments !

- Les lumières de Jacques Rouveyrollis méritent aussi tous les dithyrambes. Il a su « habiller » le mur du Théâtre Antique comme rarement  d’autres avant lui,  nous transportant tour à tour devant la façade d’un palais, sur une place arborée, dans un salon d’apparat, etc…  et cela, en respectant la superbe et l’esprit du lieu. Du très grand art.

Points faibles

Même si la chorégraphie n‘enlève rien à la magnificence de cette soirée placée par la grâce du metteur en scène Charles Roubaud sous le signe des années folles (un bon point de plus !), elle ne lui en ajoute pas.

En deux mots ...

Inutile d’ajouter des louanges à celles déjà formulées ci-dessus. On a compris que ce Rigoletto comptera parmi les plus belles créations des Chorégies d’Orange.  En effet, de mémoire de festivalière, rarissimes ont été les productions dont tous les éléments qui les composent  (œuvre, interprètes, vocaux et musicaux, costumes, mise en scène,  lumières) ont atteint ce niveau d’excellence. A cela, s’ajoute  la magie du lieu, le plus beau théâtre antique de France, où les 8500 spectateurs qu’il peut contenir font face à un mur impressionnant  au sommet duquel trône une statue de l’empereur Auguste, et qui , sous un ciel étoilé, constitue un spectacle à lui seul.

Signalons aux amateurs que ce Rigoletto sera diffusé en direct sur F3 et France Musique le 11 juillet, soir de sa seconde, et donc dernière représentation.

Un extrait

« Comme la plume au vent, la femme est volage.. Qui se fie à elle, qui lui confie son cœur est toujours malheureux. Tout en elle est menteur. Tout en elle est frivole. Elle change d’avis à tout moment. Femme varie, femme varie. Fol qui s’y fie, un seul instant » (Donna e mobile, Duc de Mantoue, acte 3 de Rigoletto).

L'auteur

Né le 10 octobre 1810 à La Roconle ( Province de Parme) dans un milieu simple, mais relativement aisé, Giuseppe Verdi commence très jeune sa formation musicale avec l’organiste de son village, tant et si bien qu’à onze ans, il prend en charge l’orgue de l’église de Bussetto.

Parti approfondir ses études musicales à Milan grâce à un mécène, il reçoit en 1839, de la part de la Scala, la commande d’un opéra. Son Oberto lui vaut un succès qui l’encourage dans l’écriture lyrique. Mise à part la parenthèse de quelques mois qu’il faudra pour surmonter la disparition de sa femme et de leurs deux enfants, Verdi n’arrêtera plus de composer et d’innover. En 1842 son Nabucco, d’une véhémence vocale sans précédent lui vaudra un triomphe.

S’en suivront Attila ( 1846), Macbeth (1847), puis des œuvres moins politiques, comme, en 1851, Rigoletto , qui sera le premier volet de ce qu’on appellera plus tard avec Le Trouvère et La Traviata, sa trilogie populaire. Il composera encore de nombreux chefs d’œuvre dont Falstaff (1893), avant de s’éteindre à Milan le 27 janvier 1901, en provoquant une émotion considérable.

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