Thêatre-Spectacles

Charles Gonzalès devient Camille Claudel

Camille Claudel, plus vraie que jamais: on est scotché
De Charles Gonzalès
Mise en scène : Charles Gonzalès
Avec Charles Gonzalès

Infos & réservation

Théâtre de Poche Montparnasse
75 Boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Tél. : 0145445021
http://www.theatredepoche-montparnasse.com
Jusqu'au 30 avril 2018: Tous les lundis à 19h

Lu / Vu par

Camille Dubernet
Publié le 09 fév . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Seul en scène, Charles Gonzalès incarne Camille Claudel et à travers les mots des lettres qu’elle écrivait à ses proches, c'est sa vie dans tout ce qu’elle a de plus fort qu’il offre au spectateur. Nous découvrons ainsi Camille artiste et amoureuse passionnée de Rodin, nous la suivons dans cette passion destructrice et dans ses tourments d’artiste avant de souffrir avec elle de son enfermement dans une maison d’aliénés où elle restera enfermée plus de trente ans, jusqu’à la fin de sa vie.   

Points forts

- La performance de comédien de Charles Gonzalès est incroyable !  En effet, si au début, le spectateur peut être gêné par ses intonations masculines, par cet homme qui incarne une femme, très vite il parvient à nous faire oublier ces points de détail tant il habite et incarne Camille Claudel. On en arrive à oublier qu’elle est jouée par un homme et à ne plus voir que cette femme, cette artiste que l’internement brutal a peu à peu détruite.

Au fil de la pièce, et dans les jours qui suivent la pièce, j’ai réalisé à quel point Camille Claudel était presque plus artiste que femme ce qui justifie pleinement le choix de Charles Gonzalès de l’incarner. Jusque dans ses dernières lettres, elle nous parle de ses projets en cours ou à venir, de ses œuvres, qui l’habitent et la préoccupent plus que tout. Il semble véritablement qu’elle a tout donné pour son art, vivant dans la misère pour acheter ses matériaux, et c'est aussi dans son art que, pendant son internement, elle semble trouver sa raison de vivre.

- La compilation des lettres qu’écrivait Camille Claudel à sa mère, à son frère Paul, à son médecin, à Rodin ou encore à quelques autres proches nous donne, en filigrane, un portrait très intéressant de l’époque et de la société dans laquelle elle vivait. On devine dans ses lettres les faits marquants qui agitent la société : l’affaire Dreyfus, les deux guerres mondiales, l’antisémitisme etc. C'est aussi, et surtout, la position de la place de la femme en tant qu’artiste qui est présentée à travers la lutte malheureuse de Camille pour être considérée en tant que telle.

On découvre également le traitement réservé aux personnes sortant de la norme et considérés comme « fous », et je dois bien dire que c'est assez terrifiant…

- J’ai été particulièrement marquée par l’incarnation de la folie de Camille Claudel par Charles Gonzalès. Parfois dérangée, parfois fascinée, je me suis demandée si le comédien n’était pas caricatural par moments, mais après réflexion je crois qu’il est au contraire d’une grande justesse et que ce qui m’a troublée c'est de voir cette folie destructrice en face, d’être plongée dans l’âme de Camille Claudel et de prendre conscience des extrêmes l’habitant tout à la fois. Ainsi, ses lettres nous montrent tour à tour l’amoureuse, la petite fille apeurée, la sœur admirative, l’amie fidèle, la femme blessée, la malade au traitement inadapté, l’artiste vivant pour son œuvre, la femme abandonnée…

Points faibles

- Il est parfois difficile de comprendre toutes les paroles du comédien tant il est emporté par les émotions, les sentiments, la folie de Camille Claudel. C'est dommage bien que très compréhensible.

- J’ai été déçue de ne pas suivre Camille au début de sa vie d’artiste et de sa rencontre avec Rodin, avant que leur passion ne devienne destructrice. En effet, la pièce se concentre principalement sur les périodes où Camille est seule, en proie à ses troubles psychologiques, à sa paranoïa puis à son internement ce qui en fait une pièce très sombre, il faut bien le dire.

En deux mots ...

Camille Claudel qui a été abandonnée par les deux grands hommes de sa vie, Auguste Rodin et Paul Claudel, est magnifiquement incarnée par Charles Gonzalès qui, à travers la correspondance qu’elle a laissée, nous donne à voir une artiste habitée par son art jusqu’à sa mort. 

Un extrait

- « Les maisons de fous ce sont des maisons exprès où on souffre, surtout quand on n’y voit jamais personne. »

- « Il fallait que je sois malheureuse lui mort comme vivant. Il a réussi en tous points car pour être malheureuse je le suis ! Cela ne peut pas te déranger beaucoup mais je le suis ! » Lettre à Paul en mars 1930.

L'auteur

Charles Gonzalès est un artiste aux multiples réalisations : metteur en scène en France comme à l’étranger, comédien dans la Compagnie Renaud-Barrault, puis au TNP de Roger Planchon, narrateur dans de nombreux opéras mais également acteur au cinéma et à la télévision etc.

En 2012, il est nommé Directeur artistique des spectacles au Musée Rodin et crée Les Nocturnes qui prennent place chaque premier du mois avec des artistes variés. Depuis 1998, il dirige l’Atelier d’Art Dramatique du 22 quai de Loire pour professionnels et amateurs.

Sa pièce Camille Claudel est le premier volet de la trilogie Camille Claudel, Thérèse d’Avila et Sarah Kane qui a remporté un grand succès au Festival d’Avignon 2015 puis à la Cartoucherie avant sa tournée internationale. La première de Camille Claudela eu lieu le 11 septembre 2001.

- Rappel concernant Camille Claudel: elle est née le 8 décembre 1864 dans l’Aisne. Elle est très tôt convaincue de sa vocation de sculpteur et obtient en 1881, de son père, d’aller étudier à Paris. Elle devient rapidement l’élève d’Auguste Rodin qui la fait entrer comme praticienne à son atelier de la rue de l’Université en 1885, où elle collabore à certaines de ses œuvres majeures. Elle entretient avec lui une passion amoureuse et créatrice intense mais à partir de 1890 elle tente de s’éloigner de lui avant leur rupture définitive en 1898. Elle l’aime autant qu’elle le hait ce qui la mènera à la paranoïa et à l’enfermement psychiatrique. Elle vit et crée alors dans une grande solitude malgré l’appui de quelques proches qui organisent notamment deux grandes expositions dont la critique sera élogieuse.

A partir de 1905, ses périodes paranoïaques sont de plus en plus nombreuses, et à la mort de son père, qui la soutenait envers et contre tous, en 1913, elle est internée par sa mère et son frère jusqu’à sa mort en octobre 1943.

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