Thêatre-Spectacles

Dialogue aux enfers

Un texte brûlant d'actualité
De Maurice Joly
Mise en scène : Marcel Bluwal

Infos & réservation

Théâtre de Poche Montparnasse
75 Boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Tél. : 145445021
http://www.theatredepoche-montparnasse.com

Lu / Vu par

Pauline Bonnefoi
Publié le 11 oct . 2018

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Le Dialogue aux enfers met en scène une rencontre posthume entre Montesquieu et Machiavel, en 1864. Machiavel va tenter de prouver qu’une dictature peut se mettre en place au sein d’une République régie par les règles édictées dans L’Esprit des lois. Selon lui, les lois et les institutions imaginées pour préserver la souveraineté du peuple peuvent être contournées et bravées par un « Prince » habile, sachant manipuler tous les acteurs de la société. Convaincu de la nature dominatrice des hommes, il soutient que l’établissement d’un tel dictateur ne serait pas nécessairement une mauvaise chose. 

Ses valeurs se heurtent à celles de Montesquieu qui, plus optimiste sur la nature de l’homme, croit en sa possibilité d’élévation grâce aux structures démocratiques. 

Si on reconnait dans le « Prince » décrit ici par Machiavel la figure de Napoléon III, le texte résonne aussi avec notre époque contemporaine.

Points forts

- Un texte habile, percutant et troublant d’actualité, qui convoque les pensées de deux grands esprits de la réflexion politique.

- Hervé Briaux est impressionnant en Machiavel, entrant peu à peu dans la peau de son « Prince ». Grâce à son charisme, sa diction et sa voix grave, il maintient l’attention du public malgré un texte très théorique.

Points faibles

- Le dialogue est assez déséquilibré : si Machiavel déploie son argumentaire avec brio, Montesquieu semble plus s’affliger que contredire, et on aimerait l’entendre davantage défendre ses principes.

- L’échange imaginé entre ces deux hommes que deux siècles séparent, à une époque qui n’est pas la nôtre, est particulièrement décontextualisée et théorique. Même si les remarques sont éclairantes pour l’esprit, notamment sur les mécanismes fragiles des sociétés démocratiques, on aurait pu attendre de ce recours au théâtre qu'il apporte davantage d’incarnation et d’enjeux humains.

En deux mots ...

Un dialogue troublant d’actualité entre deux visions opposées de l’art de régner, et de la nature humaine.

Un extrait

Ou plutôt trois. C'est Machiavel qui parle:

- « A quoi servirait la politique si on ne pouvait pas gagner par des voies obliques ce qui est impossible à obtenir en ligne droite ? »

- « Il s’agit désormais moins de violenter les hommes que de les désarmer […] Il faut arriver à désintéresser le public de la politique. »

- « Je ferai de la police une institution si vaste qu’une moitié de la population finira par surveiller l’autre. »

L'auteur

Né en 1829, Maurice Joly est un avocat, journaliste et essayiste, qui a travaillé pour le ministère de l’Intérieur, et comme secrétaire de Jules Grévy. Très hostile à Napoléon III, il rédige plusieurs brochures politique contestataire et participe à des débats d’avocat. Il publie le Dialogue aux enfers, dénonçant le régime en place, en 1864, en Belgique, pour échapper à la censure française. Mais il est néanmoins arrêté pour « excitation à la haine et au mépris du gouvernement », et emprisonné pendant quinze mois. Il tentera de prendre des responsabilités politiques sous la Commune et pendant la IIIe République, mais sans succès. Il se suicide en 1878.

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