Thêatre-Spectacles

Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche

De Hervé Blutsch
Mise en scène : Laurent Fréchuret
Avec Vincent Dedienne (Ervart), Pauline Huruguen (Philomène), Stéphane Bernard (Maurice), Marie-Christine Orry (Anastasia Zilowski), Tommy Luminet (Alrik, Nietzsche)

Infos & réservation

Théâtre du Rond Point
2 bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
Tél. : 0144959821
http://www.theatredurondpoint.fr
Jusqu' au 10 février

Lu / Vu par

Jean Ruhlmann
Publié le 27 jan . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

• Convaincu que sa femme - la sublime rousse Philomène - le trompe avec Antoine de Mirador, Ervart, fou de jalousie, sème la mort et la désolation aux alentours. Rien n’y fait : ni les supplications et les conseils de son vieil ami Alrik, ni les sentences philosophiques d’un psychanalyste « citationniste », ni la disparition subite de ses enfants échappés de leur enclos ne parviennent à détourner Ervart de ses obsessions ni à le débarrasser de ses hallucinations.

• Bientôt, les services secrets envoient Maurice, un enquêteur zoophile, tirer au clair cette affaire d’importance, et l’on en vient à soupçonner une tentative de subversion homosexuelle à grande échelle, car Maurice découvre les bribes d’un brûlot intitulé Ecce Homo…

• Parallèlement, le philosophe Nietzsche vient de temps à autre déposer dans une poubelle municipale ses dernières œuvres avant de basculer dans la folie, et un trio de jeunes comédiens s’égarent puis sont pris en otage dans la pièce, alors qu’une actrice nécessiteuse cherche à tout prix à se faire engager dans le spectacle…

Points forts

• On l’a compris, la pièce nous emmène dans un univers où l’absurde, le nonsense, le dynamitage des conventions règnent en maîtres. Sous cet angle, c’est une assez réjouissante réussite, rythmée, surprenante, qui n’hésite jamais à prendre la voie la moins prévisible. On pourrait situer la pièce comme un hybride du Rocky Horror Picture Show pour le cinéma et des Faux British pour le théâtre.

• La mise en scène réussit à mettre en mouvement une troupe assez conséquente sans gros temps mort. On pourra apprécier l’utilisation judicieuse de surfaces diverses pour projeter avec talent les fantasmes d’Ervart, ainsi qu’un dispositif de portes multiples suggestif et parfaitement intégré au propos de la pièce, boulevardière par certains côtés, psychologique sous d’autres.

• Une bonne distribution, assez homogène, anime ce vaste délire, avec une mention spéciale pour Vincent Dedienne, qui campe un Ervart à la paranoïa illimitée, et à Marie-Christine Orry, en comédienne qui, à force de vouloir s’incruster dans la pièce, y débute en fonctionnaire des services européens pour y terminer en prostituée perlousée …

Points faibles

• Ce type d’humour fonctionne sur le principe du décalage, de la surprise et de l’irruption récurrente et massive de l’absurde pour dynamiter une trame, un genre ou un discours convenus ; mais sur les 2h15 que dure Ervart, certains spectateurs peuvent se lasser de procédés comiques assez répétitifs. Je le dis en précisant que ce ne fut pas mon cas.

• On cherchera en vain le sens profond ou un message consistant derrière ce qui nous est montré : certes, on comprend rapidement que la folie qui s’empara de Nietzsche à Turin répond à celle d’Ervart, mais pour le reste, la figure du philosophe dans ses derniers jours n'est que le prétexte d’une pochade, qui ne prend rien au sérieux et dynamite tout par le rire.

En deux mots ...

Un Nietzsche typiquement british !

Un extrait

« Plus qu’un homme, je suis de la dynamite » (Ervart, d’après Nietzsche, Ecce Homo)

L'auteur

Hervé Blutsch, né en 1969, possède un parcours à peine moins surprenant que sa pièce. Né en Autriche, ils crée, après ses études littéraires en France, une chaîne de salons de coiffure, puis le premier centre européen de soins capillaires bios… Il se fait également connaître pour ses spots publicitaires pour des salons de coiffure, avant d’entamer un parcours d’auteur dramatique à succès à partir de 2006 (Méhari et Adrien, Gzion, La Gelée d’arbre, Le Canard bleu…). Ervart a été publié une première fois en 2009 dans Théâtre incomplet III (éd. Voies navigables).

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