Thêatre-Spectacles

Hugo l’interview

Une riche idée, remarquablement mise en oeuvre
De Yves-Pol Deniélou et Victor Hugo
Mise en scène : Charlotte Herbeau
Avec Yves-Pol Deniélou

Infos & réservation

Théâtre de l’Essaïon
6 rue Pierre au Lard
75004 Paris
Tél. : 01 42 78 46 42
http://www.essaion-theatre.com
Les lundi et mardi jusqu’au 1er mai, à 19h30.

Lu / Vu par

Serge Bressan
Publié le 07 mar . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Une table, une bouteille d’eau, un verre. Une chaise. Un micro sur pied: c’est un studio radio, et l’invité du jour s’appelle Victor Hugo (né en 1802 à Besançon, mort en 1885 à Paris...). Ou son fantôme, comme on veut, pour l’émission « Un jour, une légende ».

Une voix féminine en off annonce le principe du programme : dans le studio, une personnalité du temps passé vient répondre à ses questions, à elle la journaliste, et à celles des auditeurs. 

L’auteur des « Misérables » ou encore de « Hernani » est là. Il alterne la station debout et la station assise. Place aux questions: elles ont pour thème la littérature, la politique, la religion, le romantisme, la laïcité, la liberté ou encore la mort… 

Hugo répond. Selon les thèmes, c’est long (de belles tirades) ou bref (quelques mots bien sentis). Et toutes les réponses de l’écrivain, homme politique et membre de l’Académie française, ne relèvent pas de l’improvisation d’un auteur inspiré ou d’un comédien talentueux. Non, là sur la scène pour « Hugo l’interview », tous les mots dits ont été écrits par Victor Hugo dans « Les Misérables », « Derniers Jours d’un condamné », « William Shakespeare », « Choses vues » ou encore « Actes et paroles ». Tous, des mots écrits au 19ème siècle,  qui font écho à des sujets et des thématiques toujours d’actualité en ce début de 21ème siècle… 

Et en fin de l’émission « Un jour, une légende », comme le veut la tradition, Victor Hugo présente l’invité de la semaine suivante, en déclamant un long extrait de « Chantecler », la pièce d’Edmond Rostand…   

Points forts

- L’idée de départ, toute simple et développée par Yves-Pol Deniélou : plonger dans les textes d’un « monstre » de la littérature et faire un montage à base d’extraits sur des thèmes encore et toujours follement actuels.

- Avec cette visite de Victor Hugo (ou de son fantôme) dans un studio radio, le rappel de ce qu’il fut : pas seulement un écrivain « monstrueux » mais aussi un homme de combat(s) pour, entre autres, la république, la liberté, la laïcité…

- La grande sobriété de la mise en scène signée Charlotte Herbeau.

- L’impeccable performance d’Yves-Pol Deniélou. Auteur du texte de « Hugo l’interview », il en propose une interprétation toute en justesse, en passion, n’hésitant pas à mêler profondeur du propos et humour.

Points faibles

La durée de la pièce: à peine plus d’une heure. Ça passe vraiment trop vite, le compagnonnage avec Victor Hugo et Yves-Pol Deniélou…

En deux mots ...

Une délicieuse idée (même si elle est toute simple) que cet « Hugo l’interview ». Un seul-en-scène intelligent avec les mots d’Hugo écrits au 19ème siècle mais parfaitement en résonance avec l’époque actuelle.

Un extrait

Ou plutôt deux:

- « Le but de la vie, c’est de jouir. Le but de la vie, c’est le bonheur. Le but de la vie, c’est de vivre… Aie des mioches, torche-les, mouche-les, couche-les, barbouille-les, débarbouille-les, que tout cela grouille autour de toi ».

-  « Si ces livres contiennent des mensonges, au feu. S’ils contiennent des vérités, elles sont dans le Coran. Au lieu de Coran, mettez Bible, Talmud ou Evangile et vous avez la formule imperturbable et universelle… (…) Un livre c’est un engrenage. Ses lignes noires sur du papier blanc, ce sont des forces, elles se combinent, elles se composent, pivotent l’une sur l’autre, s’accouplent, travaillent. Ne comptez pas sur la raison humaine. Supprimons le ciel, le ciel n’existe pas. Nous sommes dans le ciel, notre Terre y roule. Le ciel, c’est ça… »

L'auteur

Pratiquant assidu de jiu jitsu et d’escrime, Yves-Pol Deniélou est un comédien français. A 10 ans, il découvre le théâtre au collège, par l’intermédiaire d’un professeur d’anglais qui, chaque année, traduit une pièce de William Shakespeare, qu’il fait jouer par les élèves. Ce professeur crée le Théâtre du Sycomore avec lequel Yves-Po Deniélou va jouer les personnages de Richard III, Gloucester, Shylock, Banquo ou encore Caliban,  en Avignon, à Édimbourg, à Stratford-upon-Avon, à Marrakech, à Stuttgart,… 

Etudiant l’Ecole normale supérieure (ENS), il suit parallèlement les cours de théâtre chez Jean-Laurent Cochet et remporte, en 2014, l’Auguste Festival, catégorie poésie, avec son interprétation du « Crapaud » de Victor Hugo. L’année suivante, il est Victor Hugo dans « Ce qu'il en restera » (une pièce qu'il a écrite avec Catherine Bocognano), George Duhamel dans « Les Fables de mon jardin » et Lawrence d'Arabie dans une pièce inspirée des « Sept piliers de la Sagesse ».      On le voit également dans des séries à la télévision : « Un village français » (2014), « Versailles » (2015) ou encore « Le Bureau des Légendes ». 

En 2016, en Avignon, il présente « Hugo l’interview », un seul-en-scène. Il dit : « Il est mon écrivain préféré. A chaque fois que je le lisais, je consignais des extraits de ses textes. Quand j’ai envisagé « Hugo l’interview », j’avais tant d’extraits que j’aurai pu monter un spectacle d’au moins trois heures et demie. Mais je me suis résolu à sabrer comme un fou dans tout ce que j’avais compilé ».

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.