Thêatre-Spectacles

Ivanov

Un Tchekhov énervé, à défaut d'être tout à fait enlevé
De Anton Tchekhov
Mise en scène : Christian Benedetti
Avec Vincent Ozanon, Christian Benedetti

Infos & réservation

Théâtre Athénée Louis Jouvet
Paris
http://www.athenee-theatre.com
Attention dernière le 1er décembre

Lu / Vu par

Jean Ruhlmann
Publié le 24 nov . 2018

Recommandation

3,0BonBon

Thème

• Ivanov est un propriétaire foncier endetté et rongé par la culpabilité, qui étouffe dans un environnement accablant : sa femme, qui a abandonné la religion et sa famille juives pour lui, n’a pu apporter la dot promise et se meurt de phtysie ; son intendant, Micha Brotkine, est un affairiste effréné ; le comte, un parent proche, se montre cynique et misanthrope. A cela s’ajoutent les rumeurs qui l’environnent, lui prêtent une réputation déplorable et des marchandages sordides.

Seule la jeune Sacha, fille d’un ivrogne affectueux mais sans prise sur sa femme - la riche et avare tenancière d’un établissement mi-salle de jeu / mi-bordel - croit en Ivanov et veut l’extirper de son état.

Et voici que la première femme d’Ivanov, délaissée par celui-ci, vient à mourir, et qu’à peine veuf, il est convaincu par Sacha qu’ils doivent se marier…

• Il s’agit de la première pièce d’Anton Tchekhov, écrite en 1887 à l’âge de 26 ans. Christian Benedetti, qui arrive pratiquement au terme de son cycle d’adaptations du dramaturge russe, la propose dans sa première mouture, conforme à la comédie commandée par le théâtre Korsh de Moscou. Elle fit scandale, et conduisit Tchékhov à en produire une deuxième version, bien plus dramatique et conforme à la tradition théâtrale de l’époque.

Points forts

• Le parti-pris farcesque de cette version est parfaitement restitué via le rythme de la pièce et le jeu des comédiens, avec notamment un Micha Brotkine “hénaurme“, un comte pétillant de misanthropie, ou un joueur de cartes obsédé par sa partie perdue : tout concourt à installer une atmosphère où la mélancolie le dispute à un chaos qui, à défaut d’être parfaitement joyeux, est souvent comique. 

• Le procédé consistant à introduire des phases d’arrêt dans des scènes au tempo rapide se révèle efficace pour souligner le caractère trompeur de cette joie ostentatoire.

• L’ambivalence des personnages voulue par Tchékhov lui-même est également bien soulignée, le dramaturge se comportant en observateur clinique d’individus jamais envisagés ni traités de manière manichéenne; ainsi le médecin de la femme d’Ivanov, dont la rectitude et les certitudes ne parviennent à percer un personnage aussi complexe que Nikolaï Ivanov.

Points faibles

• Bien des interprétations féminines - et notamment celle de Sacha - ne sont pas au diapason de l’atmosphère paradoxale de pesanteur et de folie qui traverse une pièce qui, de ce fait, s’en trouve déséquilibrée.

• Si le choix de la traduction est assez fidèle au texte, on peut s’étonner de l’irruption d’exclamations du type « Fait ch… ! » ou du choix d’appeler « Zézette » la tenancière du tripot Lebedev… De la même manière, Brotkine n’est pas obligé d’en faire trop et de se prendre pour Elvis ou Johnny quand il empoigne une lampe à la manière d’un pied de micro…

• Le procédé qui consiste à faire changer le décor par les comédiens sous les yeux des spectateurs, tourne au gimmick, et  ne se justifie nullement au théâtre Athénée-Louis Jouvet.

• On peut s’étonner qu’il ne soit pas venu à l’esprit du scénographe et metteur en scène que de nombreuses moments se déroulant sur la partie droite du plateau échappent à peu près totalement aux spectateurs des corbeilles, alors qu’en décalant le dispositif un peu plus vers l’angle du fond, l’inconvénient disparaît et n’affecte guère l’économie générale de la pièce…

En deux mots ...

Un Tchekhov énervé, à défaut d’être tout à fait enlevé.

Un extrait

« Les fleurs renaissent chaque printemps, mais pas les joies »

L'auteur

Anton Tchekhov (1860-1904) est l’un des plus importants écrivains russes de la fin du XIXe siècle. Dramaturge et nouvelliste, on lui doit des pièces aussi marquantes que La Cerisaie, La Mouette, ou Oncle Vania. Il s’attache notamment à la vie de cette “Russie invisible“, ce monde provincial et rural que Tchekhov, né dans un milieu de petits commerçants du Sud de l’empire russe, connaît bien, et que que sa profession de médecin l’a fait côtoyer (et soigner) la majeure partie de son existence.

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