Thêatre-Spectacles

La double inconstance (ou presque)

Bouillonnant, corrosif, explosif, mais diablement séduisant
De Marivaux
Adaptation de Jean-Michel Rabeux
Mise en scène : Jean-Michel Rabeux
Avec Morgane Arbez, Aurélia Arto, Claude Degliame, Hugo Dillon, Roxane Kasperski, Christophe Sauger.

Infos & réservation

Théâtre Gérard Philippe
59 Boulevard Jules Guèdes
93200 Saint Denis
Tél. : 0148137000
http://www.theatregerardphilipe.com
Jusqu’au 25 mars: Du lundi au samedi : 20h. Dimanche : 15h30. Relâche le mardi.

Lu / Vu par

Serge Bressan
Publié le 13 mar . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Ce pourrait être un parfait roman de gare, sorti de la collection « Harlequin ». Avec de la romance à tous les étages… Mais c’est du Marivaux, du classique avec des jeux de l’amour et du hasard. Ainsi, il y a deux jeunes campagnards, Sylvia et Arlequin. Ils sont attirés l’un vers l’autre. Mais il y a aussi le Prince qui, lui, veut la jeune fille.  Il est Prince, donc il a droit de décider ce qui il veut… 

Sylvia n’est pas vraiment attirée par le Prince, alors dans les bras d’Arlequin, le Prince va balancer sa domestique Flaminia dont la mission est toute simple : détruire la relation des deux jeunes… Un officier de palais offrira des monts et des merveilles à Arlequin. La sœur de Flaminia viendra faire tourner les têtes. En vain. 

L’inconstance est au menu, à tous les moments de la pièce. Mieux : elle est double (ou presque). En creux, il y a aussi la dictature du Prince, la lutte sociale entre riches et pauvres, l’indicible confusion des sentiments. 

Formidable dégoupilleur de textes et dynamiteur d’aqueducs, Jean-Michel Rabeux s’approprie le texte de Marivaux pour mieux encore pointer l’érotisme que sous-tendent le pouvoir et l'amour. Et change l’ « happy end » originel en un dénouement noir.

Points forts

- Tout en respectant au plus près l’esprit et la lettre du texte de Marivaux, Jean-Michel Rabeux signe une adaptation aussi joyeuse que noire. Et s’en justifie : « Il y a chez Marivaux des formules alambiquées qui ne peuvent plus passer aujourd’hui. J’ai nettoyé la langue, mais en m’appliquant, sans rien dénaturer. J’y ajoute aussi des références modernes, comme des clins d’œil ».

- La mise en scène pétillante de Jean-Michel Rabeux qui, une fois encore, rappelle qu’il sait, mieux que quiconque, renverser les conceptions scéniques traditionnelles et imposer un style furieusement personnel.

- Le décor de la photographe et plasticienne Noémie Goudal, imposant, mobile et inspiré des trompe-l’œil architecturaux du Vénitien Giovanni Battista Piranesi, dit Le Piranèse (1720- 1778). Un décor qui, selon sa créatrice, décline « une prison princière, mais prison qui ménage des espaces d’observations pour les Maîtres, voyeurs des effets de leurs manipulations ».

- La belle complémentarité des six comédiens qui, dans cette « Double inconstance (ou presque) », disposent d’un texte qui leur permet de briller chacun son tour et à égalité. Tous sont impeccables : Morgane Albez en Sylvia, Hugo Dillon en Arlequin, Roxane Kasperski dans les costumes de la domestique Flaminia et sa sœur Lisette jouée par Aurélia Arto, Christophe Sauger incarnant la créature trouble qu’est l’officier du palais Trivelin… et surtout la comédienne fétiche de Jean-Michel Rabeux, Claude Degliame, voix grave, corps gracile, follement androgyne dans son interprétation du Prince.

Points faibles

Bien difficile d'en trouver... 

En deux mots ...

Ca bouillonne à tout instant. Voilà du théâtre explosif, corrosif. Qui bouscule le spectateur et qui ne peut que le séduire. Marivaux à la sauce Rabeux, on peut consommer sans la moindre modération !

L'auteur

Né le 4 février 1688 à Paris, Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, plus connu sous le nom de Marivaux,  fut journaliste et romancier mais c’est surtout comme dramaturge qu’il est connu et reconnu. Son théâtre brille par son souci de la vérité et l’observation lucide d’un monde en pleine évolution, au siècle des Lumières, dans les années qui précèdent la Révolution française.

Aujourd’hui encore, on connait peu de choses de sa vie, si ce n’est qu’il fut solitaire, discret, susceptible… Son premier texte est joué en 1706, c’est une comédie d'intrigue en un acte et en vers : « Le Père prudent et équitable, ou Crispin l’heureux fourbe ». 

Passionné par le théâtre, il s’essaie  à la tragédie (« Annibal », 1720) mais ce sera un échec. Il passe alors à la comédie sociale ou sentimentale dans laquelle il évoque la liberté et l’égalité entre les personnes et la situation des femmes. Ce sera « La Surprise de l’amour » (1723), « La Double Inconstance » (1724), « Le Jeu de l’amour et du hasard » (1730) ou encore « Les Fausses Confidences » (1737) et l’apparition du « marivaudage », cet art de la séduction avec des échanges de paroles raffinées et recherchées.

Marivaux mourra à Paris le 12 février 1763. 

A ce jour, il est l’un des cinq auteurs les plus joués par la Comédie-française.

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