Thêatre-Spectacles

Le Double

Magnifique requiem pour un petit fonctionnaire qui voit double
De Fiodor Dostoïevski
Mise en scène : Ronan Rivière
Avec Ronan Rivière, Jérôme Rodriguez ,Michaël Giorno-Cohen, Jean-Benoît Terral, Laura Chetrit, Antoine Prud’homme de la Boussinière

Infos & réservation

Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier
75014 Paris
Tél. : 0145454977
http://www.theatre14.fr
Jusqu'au 29 décembre 2018

Lu / Vu par

Jean Ruhlmann
Publié le 11 déc . 2018

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

  • En dépit de ses origines nobles, Jacob Pétrovitch Goliatkine est un modeste fonctionnaire, dont la timidité confine à la misanthropie. Risée de sa hiérarchie, il évite toute vie sociale, en dépit des sollicitations de son collègue de bureau Nikolaï Sémionovitch. Goliatkine ne tolère pour interlocuteur que son domestique Pietrouchka, aussi volubile et débrouillard que Goliatkine est discret et emprunté.
  • Un jour que sa peur maladive du faux-pas atteint son paroxysme et le met au comble de l’embarras vis-à-vis de la belle Clara - fille de son chef de bureau, Olsoufi Ivanovitch - il se découvre subitement un double, qui porte le même nom que lui !
  • Touché par ce que son homonyme lui révèle de sa vie, Goliatkine envisage pour la première fois des relations de confiance et d’amitié, et s’ouvre à lui. Mal lui en prend…
  • Deuxième roman de Fiodor Dostoïevski, qui s’apparente à une longue nouvelle, Le Double parut en 1846. Le texte a été adapté par Ronan Rivière.

Points forts

  • C’est une vraie réussite que ce Double, et un tour de force de Ronan Rivière, qui assure, outre l’adaptation, la mise en scène et le rôle principal. Il excelle à nous installer dans l’univers de la bureaucratie tsariste, à la fois écrasante, pléthorique et sclérosée, de la première moitié du XIXe siècle.
  • Rivière s’approprie totalement Goliatkine, un être à la timidité et à la sensibilité exacerbées, manipulable par tous et en toute circonstance. On voit, médusé, un comédien totalement “possédé“ par son rôle. Les autres interprètes ne sont pas en reste : Antoine Prud’homme est un double tour-à-tour narquois, glacial et inquiétant ; Michaël Giorno-Cohen compose un Pietrouchka attachant et expansif.
  • L’accompagnement musical, exécuté par le pianiste Olivier Mazal sur une musique de Léon Bailly, scande et rythme l’action, en même temps qu’il exprime fort à propos les états d’âme des protagonistes.
  • Le décor mobile judicieusement conçu par Antoine Milian, se révèle à la fois simple et suffisant ; il est agréable de voir les comédiens le modifier entre les actes dans une sorte de ballet. Les éclairages, tirant souvent sur le verdâtre, baignent le plateau dans l’ambiance un peu glauque des quartiers modestes de la grande ville.

Points faibles

La pièce est en rodage, et il ne fait pas de doute que les seconds rôles sauront vite se mettre au diapason de Goliatkine, Pietrouchka et Prud’homme.

En deux mots ...

Magnifique requiem pour un petit fonctionnaire qui voit double...

Un extrait

« Souvenez-vous de moi, et si le brouillard fait place au regret, venez me chercher » (Goliatkine)

L'auteur

  • Fiodor Dostoïevski (1821-1881) est l’une des figures majeures du roman russe et mondial au XIXe siècle. Le Double parut en 1846 dans l’indifférence à peu près générale, avant que, plus tard, Nabokov n’en prenne la défense avec véhémence… et discernement.
  • Le Double, qui dans l’esprit de son auteur devait tenir la dragée haute aux Âmes mortes de N. Gogol, précède de vingt ans ses grands succès littéraires, qui vont de Crime et châtiment (1866) aux Frères Karamazov (1880). Mais déjà, on décèle dans ce roman d’apprentissage la capacité supérieure de Dostoïevski à sonder les tréfonds de l’âme humaine.

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