Thêatre-Spectacles

Lettres à Felice

Kafka, amoureux passionné, insatiable, sombre et tourmenté
De Franz Kafka
Mise en scène : Bertrand Marcos
Avec Dominique Pinon & Isabelle Carré

Infos & réservation

Théâtre de l'Atelier
1 Place Charles Dullin
75018 Paris
Tél. : +33146064924
http://www.theatre-atelier.com
Jusqu'au 1er juillet 2018: du vendredi au dimanche à 19h

Lu / Vu par

Laurent Stalla-Bourdillon
Publié le 19 juin . 2018

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Lorsque deux êtres n’ont que des lettres pour se rapprocher, pour faire sentir leur présence et se dire leur affection, une invincible souffrance les gagne. Etrangement, les lettres apaisent et enflamment leurs inquiétudes à la fois. Véritable ode au genre épistolaire, la pièce décrit la passion amoureuse de Franz Kafka pour Felice Bauer à travers sa correspondance. 

En complet décalage avec notre époque, dévorée par l’immédiateté des « SMS », et des messages numériques, le spectacle met en scène la folle liberté d’écrire son amour, l’attente impatiente d’une lettre en retour, et l’incertitude de la tournure que prendra leur relation.

« Lettre vivante sous mes doigts » écrit Kafka qui ponctue ses lettres de « ma chérie » comme s’il inspirait et signe « ton Franz » comme s’il expirait. Kafka se nourrit et survit à sa passion par les lettres de Félice. Il en réclame encore, insatiable, inquiet, tourmenté.

L’amour est dans la lettre même, à laquelle il faut s’attacher à défaut d’étreindre la personne. Sans pouvoir prendre les mains de Félicie, il voudrait la retenir par les mots qu’il lui adresse. L’amour produit la lettre, et la lettre libère l’amour. Kafka s’épanche et livre ses états d’âme. « Plus j’écris, plus je me libère » se justifie-t-il. A cela s’ajoute l’inévitable et intemporel échange des photos. Même de piètres qualités, elles augmentent encore l’intensité, permettant « d’être en image entre tes mains ». 

Jusque dans le partage de ses rêves, Kafka dévoile ses plus vifs tourments et doit plus que tout écrire son « désir de toi ». « Ecrire, c’est s’ouvrir jusqu’à la démesure » dit-il encore. Mais qui voudrait être le compagnon d’une âme si profondément tourmentée ?

Points forts

  • La belle audace de mettre en scène cette correspondance de Franz Kafka à Felice, comme le témoignage d’une époque bientôt révolue à l’ère des correspondances numériques. Kafka passe des nuits et des jours à écrire et écrire encore son amour. Il écrit ce qu’il vit, ce qu’il éprouve et il survit à sa passion parce qu’il écrit.
  • Le spectacle témoigne de l’urgence de réapprendre à user de mots, à faire des phrases, à s’épancher en des lettres afin que l’amour enchante l’existence. Kafka atteste que l’homme vit lorsqu’il parle, et parle lorsqu’il écrit.

Points faibles

  • Comme un léger manque d’incarnation des personnages : les deux acteurs, si talentueux par ailleurs, n’emportent pas la conviction.
  • La mise en scène manque de montrer Kafka en train d’écrire. Félice lit les lettres reçues de Kafka, mais Kafka lui-même semble lire ses propres lettres sans qu’il soit vraiment vu en train d’écrire, stylo en main. Quel dommage ! 
  • La distance entre Prague et Berlin séparant les amoureux n’est vraiment rendue qu’au milieu du spectacle, lorsque les acteurs sont effectivement à distance l’un de l’autre. Trop tard.

En deux mots ...

Une fascinante plongée dans la correspondance amoureuse de Franz Kafka à Felice. Elle est celle dont il rêve et avec laquelle pourtant il ne se mariera jamais. Les lettres de sa belle enflamment son pouvoir d'imagination et Kafka est rongé par l'attente de nouvelles lettres. Son envie d’être aimé entre en lutte avec sa lucidité d’être voué à la solitude. Il ose une demande en mariage, en vain, le flot de ses lettres a éteint la flamme.

L'auteur

Franz Kafka est un écrivain de langue allemande né à Prague en 1883. Emporté à 40 ans, en 1924, par la tuberculose, son œuvre témoigne de la part d’ombre et d’incohérence que portent l’homme et le monde. Désorienté par des forces insaisissables, l’homme doit mener une lutte terrible pour ne pas sombrer dans l’absurdité. 

Célèbre pour ses nouvelles, telle « La Métamorphose », il laisse de remarquables romans comme « le Procès » en 1925, et « le Château » en 1926, qui feront son immense notoriété après sa mort. 

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