Thêatre-Spectacles

Phèdre

N'ayez pas peur du décalage dans le temps, allez voir Sénèque, à la Comédie française !
De Sénèque
Mise en scène : Louise Vignaud
Avec Claude Mathieu, Thierry Hancisse, Pierre-Louis Calixte, Nâzim Boudjenah, Jennifer Decker

Infos & réservation

Comédie-Française
99 rue de Rivoli: Galerie du Carrousel du Louvre
75001 Paris
Tél. : 0144581515
http://www.comedie-francaise.fr
Jusqu'au 13 mai, à 20h30

Lu / Vu par

Danielle Mathieu-Bouillon
Publié le 14 avr . 2018

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

La Phèdre de Racine fut souvent interprétée par des comédiennes plus âgées que l’acteur qui jouait Hippolyte. Mais la problématique de cet amour coupable à l’époque, d’une épouse pour le fils de son époux, était omniprésente. Thésée n’avait disparu que depuis plusieurs mois ; Racine ajoutait le personnage d’Aricie dont le jeune homme était amoureux en secret. Phèdre, en plus de tout, était jalouse. 

Cela n’existe pas chez Sénèque où Phèdre est une très jeune femme qui s’est éprise d’Hippolyte,  qui a sensiblement son âge, alors que son époux, Thésée, a disparu depuis quatre années. Il y a un problème de vacance du pouvoir. La version est plus simple. Phèdre, consciente qu’il s’agit d’un « inceste », même s’il n’est pas son fils, aime Hippolyte et déteste son époux qu’elle accuse, en plus de ses infidélités et de sa cruauté, d’amours masculines. 

C’est une « tragédie à la romaine », avec la présence du chœur, qui commente et annonce. La confrontation entre les personnages est âpre et brutale, voire sauvage. La langue est magnifique, très bien rendue par la traduction de Florence Dupont.

Points forts

1- La présence du mythe est ici très intense. Hippolyte ( Nâzim Boudjenah) se veut un chasseur violent et ardent, digne fils de son héros de père et de sa mère, la reine des Amazones. Il tente d’assumer tant qu’il le peut cette trop longue absence qui le plonge dans une situation fausse : Si Thésée est mort est-il le roi ou sera-ce Phèdre et son fils ? Son monologue ouvre la pièce dont on comprend pourquoi, un temps, elle s’appela « Hippolyte ».

2- Phèdre (fille de Minos et de Pasiphaë) est interprétée avec violence et force par la belle Jennifer Decker qui, amoureuse d’Hippolyte, ose braver l’interdit de « l’inceste ». Claude Mathieu est remarquable dans le rôle de sa nourrice qui tente tout pour la calmer de sa passion irrépressible. Elle ira jusqu’à tenter de persuader le jeune homme intrépide, qui s’est voué à la chasteté et qui déteste les femmes, d’envisager une union. Elle va défendre son sexe et l’amour que Vénus inspire, pour sauvegarder l’espèce Humaine.  Mais Phèdre les rejoint et s’offre sauvagement à Hippolyte, dans un corps à corps frénétique. Le jeune homme est déstabilisé de ressentir des émois qu’il ignore. Il s’enfuit mais son épée demeure là, prête à l’accuser.

3- Le Chœur (Pierre-Louis Calixte, à la fois étrange et inquiétant) qui a tout vu, tout compris, presque tout prévu, revient avec Thésée, parvenu à sortir vivant du royaume des enfers. Thierry Hancisse, campe ce superbe héros blessé par l’accueil qu’on lui réserve dans sa maison.  Quand Phèdre incrimine l’innocent Hippolyte d’avoir tenté d’abuser d’elle, il n’hésitera pas dans sa fureur à le soumettre à la vengeance du dieu Neptune. Mais, face au remord de Phèdre qui avoue sa faute, il sombre dans un chagrin immense et un violent désespoir, avec cette émotion rare et belle dont il est capable.

Points faibles

Je n’en ai pas vu.

En deux mots ...

La pièce est magnifique. Telle un vaste chant poétique d’amour et de fureur, il s’agit, selon la tradition de la tragédie romaine, de longs monologues d’une grande beauté qui ne peuvent que toucher le public. 

La mise en scène et la direction des acteurs est excellente. La qualité de la traduction conjuguée avec la grande connaissance du metteur en scène, permet de montrer au public combien ces sentiments tumultueux peuvent demeurer modernes, en dépit des 2000 ans qui nous en séparent.

Un extrait

« Mais non,

Une toute autre douleur m’enveloppe et m’endeuille

Une angoisse de plomb s’est couchée sur moi

La Nuit

Epuisée de fatigues

Terrassée par les drogues

Les tourments ne me lâchent pas

Le mal grandit, le mal grossit

Le feu bouillonne en moi

Et déborde comme les laves qui fusent du ventre des volcans. »

L'auteur

Sénèque (-4 avant J.C – 65)

Plus connu pour ses textes philosophiques que pour ses pièces, Sénèque, citoyen romain né à Cordoue est l’un des grands exemples du Stoïcisme. Il fut le précepteur de Néron, occupa d’importantes fonctions d’Etat, et subit la disgrâce de l’Empereur qui le condamna au suicide. 

Il nous laisse une dizaine de pièces dont des auteurs du XVIIème siècle français s’inspirèrent; à la Comédie Française et surtout des textes philosophiques majeurs, comme ses célèbres et superbes « Lettres à Lucilius ».

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