C’est compliqué, je t’expliquerai
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Thème
C’est sur les planches de La Nouvelle Seine que Lisa Perrio, une comédienne en pleine affirmation, joue son seule-en-scène hybride, entre galerie de portraits et confidences fragmentées.
Le spectacle explore nos contradictions quotidiennes à travers une série de personnages croqués sur le vif : une directrice artistique aux postures radicales, un gynécologue frustré de théâtre, une coach sportive prisonnière du regard masculin…
Derrière ces silhouettes souvent outrées, se dessine une interrogation plus intime, presque en filigrane : celle de la construction de soi, rythmée par les messages téléphoniques d’un père absent.
Points forts
Première réussite : l’interprétation. Formée au théâtre classique et biberonnée aux nombreuses tournées, Lisa Perrio impressionne par sa capacité à incarner, sans accessoire superflu, toute une galerie de personnages facilement dérangeants. Les ruptures de ton sont franches, les transitions fluides et l’énergie ne faiblit jamais. Dans le paysage actuel de la scène humoristique où les performers sont d’abord des auteurs, Lisa Perrio apporte une qualité et une fraîcheur uniques.
Ensuite, l’écriture, co-signée avec Florian Nardone, alterne habilement entre sketches autonomes et fil narratif plus personnel, donnant au spectacle une réelle cohérence. Sa liberté de ton est totale (« Je ne pourrais pas être pédophile … pas la patience »).
Entre satire sociale et émotion, Lisa Perrio s’affirme et a trouvé sa place.
Quelques réserves
Cette abondance de personnages peut toutefois nuire à la profondeur. Certains portraits, efficaces sur le moment, restent à l’état d’esquisse et auraient gagné à être davantage développés.
De même, la trame intime — la présence / absence du père à travers ses messages téléphoniques — apparaît parfois comme une promesse dramaturgique esquissée plus que réellement explorée.
Encore un mot...
C’est compliqué, je t’expliquerai est un spectacle en mouvement et pourtant d’une précision d’horlogerie. Il brosse, par petites touches impressionnistes, un tableau complet qui apparaît petit à petit.
Le rire agit ici comme un révélateur de nos failles collectives et individuelles — identitaires, affectives, sociales — avec un sens de l’observation très fin et parfois cruel.
Une phrase
- « Paul Gaugin était pédophile. Faut-il séparer l’homme de l’artiste ? En tous cas, il faut séparer l’homme de l’enfant. »
L'auteur
Lisa Perrio s’impose comme une artiste à la croisée des chemins entre théâtre et stand-up.
Formée au Cours Florent puis au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, elle développe une solide technique de comédienne qu’elle met au service d’un humour débridé et parfaitement incarné.
- Révélée aussi sur les réseaux sociaux avec d’hilarantes pastilles vidéos et dans l’émission Zoom Zoom Zen sur France Inter, elle cultive un sens aigu de l’observation et du personnage.
Commentaires
Qui l’eut cru, la Seine aussi peut charrier des pépites. Celle qui séduit chaque mercredi soir la péniche de la « Nouvelle Seine » a pour nom LISA PERRIO.
Plutôt que de verser dans les monologues féministes pimentés de propos salaces, Lisa Perrio, diction impeccable et énergie à revendre, croque dans son seule-en-scène de 1H15 les personnages qui croisent le quotidien d’une jeune comédienne : du gynéco exalté à la coach sadique sans oublier ces « bons amis » qui, en guise de réconfort, déversent leur trop-plein de névroses. L’étourdissante galerie de portraits, ponctuée de messages d’un père négligé sur le répondeur, fleure bon le féminisme teinté d’humour noir, avec, suprême raffinement dans le texte ciselé avec son complice Florian Nardone, le mot cru en fin de tirade, comme un grain de poivre niché dans une friandise. Un vrai délice. Et le public, hilare, est conquis.
Mais on ne s’y trompe pas. Le sourire de Lisa est trop éclatant pour donner le change. Même pour une battante, la carrière est un parcours du combattant. A l’heure de MeToo, n’en déplaise à Perrault, les porcs ont remplacé les loups. Alors souhaitons bon vent à ce Petit Chaperon rouge car sa galette, assurément, est un festin de roi.
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