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Félix et la source invisible

Culotté et réussi: une très belle fable au service de la foi
De Eric-Emmanuel Schmitt
Editions Albin Michel

Lu / Vu par

François Duffour
Publié le 27 jan . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Félix, un adolescent de 12 ans, voue à sa mère une passion absolue et se désespère de l'état soudain qui va frapper cette femme si belle et si rayonnante pour en faire un être absent, maniaque et inaccessible. Comprenant que son amour filial n'aura pas raison à lui seul de cette pathologie, il appelle au secours celui qu'il croit son oncle, un dandy sénégalais aussi bon garçon que superficiel,  qui, effondré par son impuissance, va lui-même solliciter Saint-Esprit, le père de Félix. 

Le père et le fils inconnus jusque là l'un pour l'autre vont puiser dans leur amour insondable pour cette femme perdue l'intelligence et la confiance nécessaires à sa rémission et créer autour d'elle la famille qu'elle avait jusque là refusée. La route parsemée d’embûches les confrontera aux médecins et autres marabouts mercantiles, puis aux vrais sages qui convoquent les esprits et révèlent aux enfants égarés la force de leurs racines et la réconciliation salvatrice avec le passé, fut-il douloureux.

Points forts

  • Le traitement de l'amour insondable éprouvé par deux hommes pour une même femme, son mari et son fils, de leur relation concurrente, voir hostile, puis finalement complice et de la construction de leur propre relation entre eux fondée sur une même cause, le salut de la femme qu'ils aiment.
  • La rémission de l'individu qui a cru pouvoir dominer les drames fondateurs de son existence en les occultant et par son seul courage quand elle passe au contraire par l'affrontement avec le passé et la vérité, la réconciliation avec le monde d'où l'on vient et l'intercession des esprits, ce monde invisible qui nous précède et qui nous compose.  

Points faibles

La première moitié de l'ouvrage presque banale mais d'une banalité sans doute nécessaire à la suite, une belle montée en puissance vers une forme d’apothéose, la résurrection de Fatou car c’en est une alors que vivante on la disait morte, dans une invitation poétique du monde invisible.

En deux mots ...

Une très belle fable au service de la foi. Eric-Emmanuel SCHMITT prend un nouveau chemin de traverse pour nous guider vers le monde qui l'inspire, celui de la spiritualité, celle du soufisme d'Ibrahim, de la foi d'Oscar et du confucianisme de Madame Ming, ici de l'animisme. Un monde qui place l'âme au centre de l'homme, le prouve en privant un temps Fatou de cette âme-là pour en faire un être abstrait puis la rendre à la vie terrestre, à l'amour des siens et à l'amour du monde après qu'elle l'ait retrouvée.

Une réflexion philosophique et sociologique puissante sur la force des liens familiaux, la nécessité quels que soient leurs vices de les comprendre pour les assumer; et sur les risques et les écueils du déracinement, réflexion sans doute bien nécessaire dans une époque qui institutionnalise la migration par l'adoption ou par l'exil.

Un extrait

"J'entendis sa voix pure, nue, fragile, répercutée par les flots paisibles. Elle chantait une berceuse, une musique pour assoupir, pour traverser les ténèbres. J'étais certain que son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, dans les joncs ou ailleurs, l'entendaient comme moi. D'abord timide, le chant gagna en assurance, plein de chaleur, d’affection, de confiance. Lors de l'ultime refrain, l'orpheline tremblante avait cédé la place à l'adulte : elle devenait la mère des siens."

L'auteur

On ne présente plus Eric-Emmanuel Schmitt. Agrégé de philosophie (Normale Sup), dramaturge, réalisateur, romancier, nouvelliste, essayiste, il excelle dans toutes les disciplines. Il se consacre d'abord au théâtre puis au roman et dans cette dernière voie entame avec "Oscar et la Dame Rose" qui sera d'ailleurs joué au théâtre "le Cycle de l'Invisible". Son oeuvre est pléthorique, ses pièces jouées à guichet fermé, ses livres bien vendus. Pourtant et à part les nombreuses nominations aux Molières, un Molière du meilleur spectacle privé et le grand prix du théâtre de l’Académie Française pour son oeuvre dramatique, il reste boudé par les grands prix littéraires.  

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