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L’aventure de La Méthode

De Edgar Morin
Editions du Seuil

Lu / Vu par

Arnaud Joly
Publié le 26 juin . 2015

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Thème

La méthode tente de répondre aux questions de Kant avec les connaissances scientifiques du 20ème siècle : Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Et que m’est-il permis d’espérer ?

Dans "L’aventure de la Méthode", Edgar Morin nous raconte pourquoi ces questions l’ont obsédé et comment il a tenté de connaître la réalité du monde humain en reliant en lui les connaissances séparées.

Progressivement s’impose à lui l'idée qu’une vérité partielle entraîne une erreur globale et qu’une vérité se voulant totale est porteuse d’erreur totale.

Pour débusquer les processus de rationalisation qui justifient, de façon apparemment logique, ce qui nous rend aveugle à la vérité empirique, Edgar Morin s’inspirent de diverses expériences auprès d’Henri Laborit (Psychosociologie), Jacques Sauvan puis Heinz von Foerster (Cybernétique), Jacques Monod et Henri Atlan (Biologie), Gregory Bateson (Théorie des systèmes, Ecole de Palo Alto), John Von Neumann (Théorie des jeux).

Pour aborder de front épistémologie, anthropologie, politique et éthique, il s’agissait d’envisager :

- Le monde physique non plus comme intégralement déterministe mais de concevoir une organisation ouverte faite d’interactions et de rétroactions et se nourrissant d’énergie et d’information.

- Le monde vivant sans disjoindre l’homme biologique de l’homme culturel, le cerveau et l’esprit.

- Une pensée de portée universelle donc transdisciplinaire, complexe et autocritique.

Edgar Morin propose en permanence d’allier pensée abstraite et subjectivité vitale, raison et passion, prose et poésie, individualisme et appartenance au cosmos.

Et l’ultime confluence est l’humanisme régénéré visé par « La Méthode » !

Abandonnant l’idée que l’homme est la mesure de toute chose, il s’agit, dans une démarche unifiée, de chercher à connaître l’humain sous ses multiples angles : spirituel, physique, biologique, philosophique, sociologique, planétaire, cosmique …. Et sans privilégier, ni abandonner passion, raison ou technologie. Renaissance de la Renaissance !!

Et comme clef d’arc, Edgar Morin nous propose de positionner l’amour pour donner sève à la raison et compléter la liberté qui, sinon, devient destruction. La raison ainsi

«renforcée» devrait, selon lui, être à même de dépasser les limites de l’induction (Popper) et de la déduction (Théorème d’incomplétude de Gödel) pour permettre à la société-monde de devenir Terre-Patrie et se confronter, ensuite, au transhumanisme…

Points forts

Une critique juste et pertinente du rationalisme qui nous a effectivement fait croire,à tort, à une toute puissance de la raison.

Points faibles

La science n’a progressé que parce que les scientifiques ont cherché à séparer les problèmes, selon la bonne vieille méthode cartésienne, au prix d’une certaine simplification et de plus en plus d’abstraction.

Faire une synthèse des connaissances scientifiques pour donner une vision de l’homme et de l’univers et proposer un humanisme régénéré n’est pas une tâche facile. L’exercice est tout à la fois de plus en plus nécessaire et de plus en plus difficile.

Une ambition qui dépasse très probablement les capacités d’un homme même aussi cultivé et tenace qu’Edgar Morin. Ce qui aurait tendance à faire craindre que l’interdisciplinarité pour nos petits collégiens ne soit pas la panacée annoncée…

En deux mots ...

Ce livre donne une vision d’ensemble de la Méthode d’Edgar Morin. Mais ce survol, plutôt que de donner une impression de cohérence, montre les fragilités et le caractère utopiste de cette démarche.

L'auteur

D'origine juive séfarade par son père, Edgar Morin, né en 1921, perd sa mère à 10 ans. Il est élevé par sa tante qui se mariera avec son père quelques années plus tard. En 1942, licencié d’histoire-géographie et de droit, il entre dans la Résistance communiste.

Il devient chef du bureau « Propagande » dans le Gouvernement militaire français en Allemagne, en 1946, après avoir écrit, à la Libération, « L’an zéro de l’Allemagne » où il décrit la situation du peuple allemand. Il s'éloigne du Parti Communiste à partir de 1949, avant d’en être exclu en 1951.

Avec l'appui de Georges Friedmann, il entre au CNRS (1950) et y fait ses premiers travaux d’ethnologie dans la société française contemporaine.

En 1955, il anime un comité contre la guerre d'Algérie, sans aller jusqu’à signer la Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, dite « Manifeste des 121 », publiée en 1960.

Il part ensuite deux ans au Chili où il enseigne à la Faculté latino-américaine des sciences sociales. En 1969, il est invité à l'Institut Salk de San Diego. Il y rencontre Jacques Monod, l'auteur du "Hasard et la Nécessité" et y conçoit les fondements de la pensée complexe. « La Méthode » comporte six volumes et a pour objectif de régénérer l’humanisme en ne « dépassant » rien moins que Descartes, Pascal, Kant et Hegel.

En 1997, Claude Allègre lui demande de présider une commission destinée à réformer les programmes du secondaire. Il y prône l’interdisciplinarité, qui ne sera pas retenue mais qui revient ces dernières semaines dans l’actualité à propos de la refonte des programmes du collège.

Aujourd'hui directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin est un intellectuel médiatique, docteur honoris causa de vingt-sept universités à travers le monde, Commandeur de la Légion d'honneur et Grand Officier de l'ordre national du Mérite.

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Un piédestal fragilisé.

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