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L'Enfant perdue

Elena Ferrante: 3° et 4° tomes, suite et fin poussives
De Elena Ferrante
Editions Gallimard - 560 pages

Lu / Vu par

Isabelle de Larocque La Tour
Publié le 05 fév . 2018

Recommandation

1,0BofBof

Thème

« L’Enfant perdue »,  quatrième et dernier volet du cycle « l’Amie prodigieuse », dont le premier tome est paru en 2014,   poursuit les démêlés de  Lena avec Lila, et les chamailleries commencées dans les  années 50.  Les deux héroïnes, devenues adultes, marchent vers la vieillesse mais sont toujours en rivalité permanente. Lila n’a jamais quitté son quartier ; elle a gardé sa hargne et son charme comme l’ascendant qu’elle a sur  Lena, désormais auteur à succès, qui est revenue vivre près d’elle dans leur Naples violente, gérée par la Camorra.

Après avoir partagé les mêmes amants et viré leurs maris, elles s’occupent de concert de leurs enfants respectifs non sans hurlements, gifles et injures, luttant à qui sera la meilleure mère.

Points forts

- En tête de livre, un glossaire indispensable auquel le lecteur doit se référer sans arrêt  sous peine d’être éjecté de l’histoire : à quelle famille du quartier  appartient untel ou unetelle, qui a couché avec qui, qui est le père de qui… Près de soixante personnages, avec  leurs noms,  prénoms, surnoms en italien et en dialecte, s’entrecroisent et se mélangent …

- Quelques bonnes scènes :

La description du séisme vécu « de l’intérieur » par les deux amies (Il s’agit du tremblement de terre du 23 novembre 1980 qui fit 130 morts et 1 500 blessés à Naples) et la terreur de Lila dominée pour une fois par le sang-froid de  Lena.

La séance de photos dont la publication dans « Panorama » réservera quelques surprises.

- Le manichéisme qui préside aux premiers tomes (fascistes maffieux contre communistes généreux ; femmes courageuses contre machos primaires)  semble un peu atténué. En cause, sans doute, l’évolution politique de l’Italie à partir des années 80 évoquée en arrière-plan, et  la prise de conscience que la corruption existe des deux côtés.

- Le concept féministe est aussi moins prégnant. Demeure toutefois l’égocentrisme forcené de la narratrice : mon ascension sociale, mes études universitaires, mes filles, mes écrits, mes succès critiques,  mon image dans le regard de Lila…

Points faibles

- Un style plat sans grandes descriptions qui se complaît dans la banalité journalière ; Naples ne vit pas sauf, en fin de volume, dans un passage assez artificiel, plus proche de Wikipédia que de Sciascia.

- Les péripéties et les coups de théâtre (si, si, il y en a...) ne sont pas exploités, noyés dans les criailleries et les états d’âme des deux protagonistes.

- Une vulgarité assumée, traduite par le passage au dialecte que la version originale doit mieux refléter.

En deux mots ...

Dans la chronique, brillante (publiée le 17 janvier dernier sur Culture-Tops), qu'il a consacrée au 3° tome de cette série,Yann Kerlau, après avoir exprimé sa déception, ajoutait: "espérons que le 4° tome fera oublier le 3°".

C'est raté...

Pour moi, la seule chose certaine c’est qu’Elena Ferrante n’est pas Emile Ajar.

Un extrait

"A Florence, j’avais inventé une intrigue en m’inspirant des faits de mon enfance et de mon adolescence, la distance me rendant intrépide. Vu de là, Naples était presque un endroit imaginaire, une ville comme dans les films qui, bien que les rues et les immeubles soient réels, ne sert que de décor à des histoires noires ou roses"

L'auteur

Selon le journaliste Claudio Gatti, l'auteur de "l’Amie Prodigieuse" serait Anita Raja, une traductrice romaine âgée de 63 ans, mais ni Anita Raja, ni les éditions E/O qui publient Ferrante, n'ont confirmé cette hypothèse, ce qui n’empêche pas  le magazine Time de classer Elena Ferrante parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde en 2016.

 La tétralogie, qui  a connu un énorme succès en Europe et aux États-Unis,  sera adaptée par Canal + (4 saisons de 8 épisodes) et « l’Enfant perdue », le dernier volet,  a déjà atteint un tirage de 230 000 exemplaires et pris la tête des meilleures ventes.

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