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Rassemblement

Plus abscons, tu meurs !
De Judith Butler
Editions Fayard

Lu / Vu par

Jean-Pierre Tirouflet
Publié le 19 déc . 2016

Recommandation

1,0BofBof

Thème

Il s’agit d’une reprise de textes déjà publiés, intégrés dans une réflexion plus large sur le pouvoir des corps rassemblés pour une action de contestation publique de la vulnérabilité. En termes simples, elle s’interroge sur l’efficacité (performativité) des manifestations populaires, dès lors que celles-ci vont dans le sens qu’elle approuve, celui de la lutte contre la précarité, née de l’ordre néo-libéral imposé aux peuples. 

Points forts

Si l’on souhaite comprendre le succès de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, il faut lire Judith Butler. Ses théories ont façonné le politiquement correct dans lequel baignent aujourd’hui les universités américaines, massivement rejeté par la classe moyenne blanche.

Dans la longue série de ceux qui se sont interrogés sur ce qu’est le peuple, Judith Butler ajoute une réflexion non dépourvue d’intérêt, notamment quant aux nouvelles formes d’action “populaires“ virtuelles, par l’intermédiaire des réseaux sociaux.

Sa préoccupation de justice sociale, son empathie vis à vis des "I'm pleura les" et des précaires est sympathique.

Enfin sa culture philosophique est éblouissante ; à noter le rôle des philosophes radicaux français, de Foucault à Derrida, dans l’élaboration de sa pensée.

Points faibles

A l’évidence, madame Butler n’a pas volé le premier prix du concours de mauvaise rédaction que lui a décerné la revue Philosophy and Literature en 1998 pour sa prose “impénétrable et jargonnante“. Il est difficile de mesurer la responsabilité de la traduction à cet égard, mais l’ouvrage demande concentration et relecture.

Butler procède par contrepoint: elle n’expose pas, elle se définit par rapport à de grands philosophes qui l’ont précédée, Arendt, Adorno, Levinas… Il vaut donc mieux être familiers de ceux-ci pour comprendre celle-là.

Enfin, il y a quelque chose de totalitaire dans sa critique radicale du libéralisme qui serait responsable de tous les maux contemporains, à commencer par la précarité. Le “tout Etat“  a conduit dans le passé à de fortes désillusions et le rigorisme de pensée et de mœurs (cf. La tache de Philip Roth) qui règne sur les campus américains ne laisse rien présager de bon de la société que semble appeler de ses vœux  Judith Butler.

En deux mots ...

C’est un livre très ennuyeux, mal écrit, mais très utile à lire pour comprendre et la philosophie radicale et la crevasse qui sépare l’Amérique de Trump de celle des campus.

L'auteur

Icône de la philosophie radicale aux Etats-Unis, madame Butler est professeur à l’université de Berkeley. La théorie du genre lui doit beaucoup, même si elle n’en est pas à l’origine (Trouble dans le genre en 1990). Pour Judith Butler, le genre ne découle pas d’un état physiologique, mais de la case “cochée sur un formulaire au moment de la naissance“.  Elle à contribué à l’émergence du mouvement Queer, outre atlantique et, de manière générale, réfléchit et publie sur tous les mouvements de contestation radicale de l’autorité, qu’elle soutient ; ainsi des “printemps arabes“, d’“occupy wall street“, des indignés espagnols, de nuit debout  et de toute forme de lutte contre la précarité qui est son thème de réflexion fondamental.  Polygraphe, elle publie beaucoup : Ces Corps qui Comptent (1993), Le Pouvoir des Mots (1997), Vie précaire (2004), Humain, Inhumain (2004), Défaire le Genre (2004), L’Etat Global (2007), entre autres.

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