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Tu crèveras comme les autres

Un roman coup de poing, un roman Gilet Noir
De Denys Cheynet
Editions Rue Fromentin - 246 pages

Lu / Vu par

Paul Lelièvre
Publié le 05 jan . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Ce roman est le roman « de l’effondrement inévitable » de notre civilisation qui n’aura pas su se réveiller à temps de son somnambulisme vampirique qui pompe les ressources naturelles jusque plus soif et bien au-delà. 

    Tout le roman est écrit au futur, à la deuxième personne du singulier, pour un impact à la fois total et hypothétique, malgré tout, bien que l’on comprenne très vite que l’hypothèse de l’effondrement soit une implication nécessaire de notre  comportement de surconsommation sans bornes, aveugle et irréfléchie.

     Que deviendrons-nous quand l’électricité aura disparue, qu’il n’y aura plus de pétrole, plus d’eau, en tout cas plus pour nous, citoyens lambdas devenus parias, moins que rien? 

    Peut-être pas plus, pas moins que ce que nous sommes déjà mais de manière explicite, sans phares ni intermédiaires: des hommes prêts à tout pour survivre aux  dépens de l’autre, oui tout.

Points forts

  • Ce livre aide définitivement à nous ouvrir les yeux, nous occidentaux ou habitants des pays privilégiés, sur notre incapacité à réagir de manière efficace  face à une quelconque catastrophe, malgré son annonce des années auparavant.
  • Dans ce livre on prend conscience du prix des choses les plus essentielles et l’on apprend ou réapprend à faire l’inventaire du superflu parmi tous ces objets qui nous entourent, d’un certain confort et même de certaines relations humaines et des sentiments fallacieux qu’elles supposent: Les objets du quotidien ne servent plus à rien dans un monde où plus rien ne fonctionne vraiment, le vélo qui prenait la poussière depuis tant d’années devient un sésame de survie, tout comme la moindre boîte de conserve; par ailleurs, une petite amie, un conjoint, se révèle n’être souvent que simple objet d’assouvissement d’un désir égoïste; on réalise que de ne pas savoir cultiver son jardin au sens premier du terme est une erreur funeste. 
  • On croit savoir tout cela avant de lire ce roman, on comprend pourtant qu’on n’en avait pas du tout pris la mesure une fois le livre refermé.
  • Tous les vices de notre nature qui ressortiront lors de l’effondrement, Denis Cheynet montre magistralement qu’ils sont déjà en nous, même si nous ne les exprimons pas individuellement. 
  • Un jour devrons-nous nous salir directement les mains et assumer vraiment? C’est ce que suggère ce livre et c’est ce qui le rend si dérangeant et aussi certainement si salutaire.

Points faibles

  • Ce livre est trop dur et trop violent pour ceux qui ne veulent pas voir, mais l’auteur avait-il d’autre choix que de taper fort, d’une part pour écrire un roman de cette qualité et d’autre part pour réveiller les timorés, comme beaucoup d’entre nous et moi le premier, qui tantôt font un effort, tantôt se laissent deux fois plus aller ? 
  • Ce livre, même s’il fait passer « The Road » de Cormac McCarthy pour un conte pour enfants, y ressemble par bien des aspects, ce qui est parfois troublant, mais les prémices de la catastrophe (qui n’est pas similaire à celle de « the Road ») sont plus développées, et la fin, rassurez-vous, est meilleure… enfin si on peut dire…

En deux mots ...

Rares sont les livres qui secouent autant que ce « Tu crèveras comme les autres », c’est une claque littéraire d’une force extraordinaire. 

  Ce livre peut devenir le roman d’une véritable anticipation si nous ne changeons pas ne serait-ce qu’un petit peu, chacun d’entre nous, qui que nous soyons, quel que soit le pouvoir que nous ayons de changer les choses, quel que soit l’impact de notre réaction sur le changement global. 

  Je pense que Denys Cheynet a écrit ce livre dans l’espoir de ne pas être un Cassandre. 

  A nous tous de lui rendre ce service, de NOUS rendre ce service, en prenant pleinement conscience de l’avertissement contenu dans ces pages, sans forcément devenir un "décroissant" mais en redoublant d'efforts pour que notre société ne salisse plus, ne se salisse plus à ce point.

Un extrait

« En moins de deux cents ans, l’homme aura été capable d’inventer la chaîne, le dérailleur, le moteur à explosion, les  freins à disque et la direction assistée. En moins de six mois, tu seras passé de l’automobile à la bicyclette et de la bicyclette à la marche à pied. Tu parcourras le chemin de tes aînés à l’envers. »

L'auteur

Ingénieur informaticien et militant depuis 20 ans contre la société de surconsommation, Denis CHEYNET a publié de nombreux articles dans le journal Casseurs de Pubs, puis La Décroissance ainsi que dans des ouvrages collectifs.

Il est l'auteur de plusieurs nouvelles dont « Travaillez sur un bateau dans le Pacifique. »

« Tu crèveras comme les autres » est son premier roman.

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