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Un sacré gueuleton

Du coffre, à tous points de vue, Jim Harrison !
De Jim Harrison
Ed. Flammarion 358 pages 21,50 €

Lu / Vu par

Serge Bressan
Publié le 16 fév . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Ogre yankee, Jim Harrison (1937- 2016) avait un sacré coup de fourchette, lui le romancier et nouvelliste, même s’il assurait qu’« il en va de la nourriture comme du sexe, des bains, du sommeil et de la boisson : leurs effets ne durent pas ». Pour que ça dure quand même un peu, Jim Harrison n’hésitait pas à consommer nourriture et boisson en même temps et en quantité astronomique quand il passait à table ! Et pour arrondir ses fins de mois, entre une petite trentaine de romans et de recueils de nouvelles, l’auteur se muait en chroniqueur gastronomique pour quelques gazettes US dont le « New York Times ». Alors, on prend place à la table, on lit Harrison, gueule burinée : « Manger est une course contre la montre ». Jim Harrison ne crachait pas sur la bouteille. Il avouait, sans difficulté, son penchant pour quelques vins français : « Quand la vie décide de m’accabler, je sais que je peux faire confiance à un bandol ». Oui, l’Américain né à Grayling, Michigan "bouffait". Il a même écrit : « Si l’on devait m’apprendre que j’allais bientôt passer l’arme à gauche, j’ai souvent pensé que je rejoindrais Lyon pour y manger comme quatre durant un mois, après quoi on pourrait me jeter d’une civière dans le Rhône bien-aimé ». 

Jim Harrison bouffait, buvait… et écrivait !

Points forts

-Dans ce « Sacré gueuleton » qui ouvre sur une « tambouille mentale » et suggère de « rentrer dans le lard », l’auteur prouve qu’en bon esthète, en bon consommateur des choses de la vie, il pouvait et savait prendre des notes tout en se bâfrant, tout en bouffant !

-Dans une langue étourdissante, Jim Harrison ne manque pas de glisser des recettes aussi enthousiasmantes et pleines de promesses qu’inattendues.

-Quand il s’agit de dézinguer les critiques littéraires et / ou gastronomiques ou encore les prétendus experts œnologues, quand il faut dénoncer encore et encore toute la bouffe industrielle sans le moindre goût, l’écrivain américain sort l’artillerie lourde. Et c’est un délice !

- Manger. Bouffer. Lire « Un sacré gueuleton » de Jim Harrison, c’est du même calibre que (re)voir « La Grande Bouffe », le film de Marco Ferreri sorti en 1973, avec Marcello Mastroianni, Philippe Noiret, Michel Piccoli, Ugo Tognazzi et Andréa Ferréol.

Points faibles

-La difficulté que certains (qui peuvent être nombreux...) éprouveront à suivre Jim Harrison dans ce « sacré gueuleton ». Parce qu’il faut un appétit féroce et une résistance colossale !

En deux mots ...

Le mot d’ordre de Jim Harrisson : « être modéré à l’excès ». Une savoureuse philosophie de vie, exprimée dans un livre qui se révèle un véritable festin littéraire. A table !

Un extrait

Ou plutôt trois:

« Le gourmand est celui qui continue de manger alors qu’il n’a plus faim ».

« Chacun se demande, n'est-ce pas, pourquoi nous sommes si peu habiles en matière de politique étrangère. Indubitablement, c'est parce que ce que nous ingérons manque d'énergie. Nous sommes toujours devancés par des gens qui adoptent un régime supérieur au nôtre, savourent une nourriture plus intéressante, d'un point de vue technique bien sûr. Si Mitterrand a damé le pion à Reagan en Europe, c'est surtout à cause des plats exquis dont il se délecte ».

« Je suis un peu inquiet d'avoir modifié certaines de mes ondes cérébrales en ne buvant pas assez d'alcool, car j'ai récemment réduit drastiquement ma consommation. Surtout parce que je constate que, moins je picole, plus je rêve, et les rêves (ici dans le Grand Nord blanc où il ne se passe pas grand-chose) te fournissent une occupation intéressante la nuit ».

L'auteur

Né  le 11 décembre 1937 à Grayling, Michigan, Jim Harrison est un écrivain américain. Enfant, il grandit près d’une mère d’origine suédoise et d’un père, agent agricole, spécialisé dans la conservation des sols. Il a 7 ans quand, lors d’un jeu, son œil gauche est accidentellement crevé. À 16 ans, il décide de devenir écrivain « de par mes convictions romantiques et le profond ennui ressenti face au mode de vie bourgeois et middle class ». Un peu plus tard, il quitte le Michigan, direction Boston puis New York. Il sera, parmi d’autres métiers, assistant d'anglais à l’université d’Etat de New York, à Stony Brook. Il quitte l’université pour se consacrer, lui l’admirateur du poète français René Char, à l’écriture: articles de journaux, scénarios, romans, recueils de poèmes… 

Tenu pour l’un des principaux représentants du mouvement littéraire américain appelé « natural writing », il es l’auteur , entre autres, de: « Un bon jour pour mourir », « Dalva », « La Route du retour », « Une Odyssée américaine », « Péchés capitaux », « Dernières nouvelles ». 

Le 26 mars 2016, à 78 ans, Jim Harrison meurt d’une crise cardiaque dans sa maison de Patagonia, Arizona.

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