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Le métier de mourir

Spécial rentrée littéraire. Un avant-poste confiné en territoire hostile. Le roman inoubliable d'une histoire vraie
De Jean-René Van Der Plaetsen
Grasset, 268 pages, 19, 50 €

Lu / Vu par

Anne Jouffroy
Publié le 21 sep . 2020

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

Dans son préambule, Jean-René Van der Plaetsen cite, entre autres, Etienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire :« Ils sont vraiment extraordinaires, les récits de vaillance que la liberté met au cœur de ceux qui la défendent ». Il s'agit, ici, du métier des soldats ; ces hommes qui risquent leur vie pour tenter de permettre aux populations civiles de vivre en paix.

Telle une tragédie classique, Le métier de mourir est bâti selon les 3 unités : de temps (les 6,7,8 mai 1985), de lieu (le check-point de Ras-el-Bayada, au sud Liban), d'action (protéger la frontière nord d'Israël des attaques du Hezbollah). Au bord de la Méditerranée, Ras-el-Bayada fait partie de ce que les soldats surnomment « l 'enclave » : une bande de terre démilitarisée le long de la frontière israélo-libanaise et controlée par l'ALS, l'Armée du Liban Sud, une milice libanaise chrétienne à la solde d'Israël. Le Hezbollah est un ennemi insaisissable et le suspens de l'attente d'un drame à venir plane sur le poste de contrôle de l'ALS. Tous les jours, en effet, des Libanais ayant à faire dans l'enclave se présentent devant la barrière close du check-point et, à tour de rôle, les soldats de Ras-el-Bayada doivent s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une voiture piégée. Mais les attentats-suicides sont souvent imparables et le destin frappe.

Engagés tous 2 au sein de l'ALS, les 2 personnages principaux du roman se lient d'une sorte d'affection père-fils. L'aîné, qui se fait appeler « Belleface », commande le check-point. Qui est ce vieux baroudeur sombre, secret mais juste, et très respecté par ses troupes et par Tsahal, l'armée israélienne ? Pourquoi ce surnom de Belleface ? Quelle fut la destinée de cet homme - agnostique ?- qui ne lit que la Bible et cite sans cesse L'Ecclésiaste ? A qui doit-il sa sagesse puisée dans les Écritures Saintes ? Le cadet, Favrier, est un jeune français idéaliste. Qu'est-il venu chercher dans l'armée ? Fuit-il vraiment un chagrin d'amour ? Quel est son idéal d'homme ? Quel sera son destin ?

Points forts

  • Le 3ème « personnage » du roman : la sacralité de la beauté du monde méditerranéen déployée sous la plume de l'auteur.
  • Le souci d’une transmission discrète mais attentive des Anciens auprès des jeunes recrues.
  • La scansion horaire de la montée du suspens pendant ces 3 jours de mai 1985.

Points faibles

Le style est parfois un peu appuyé. Mais cela correspond sans doute au rythme des pensées intimes des personnages.

En deux mots ...

Un livre coup de cœur qui vous habite longtemps après sa lecture et, la dernière page tournée,...sa re-lecture ! Difficile en effet de quitter Belleface et les signes de croix du père Tarkowski et L'Ecclésiaste et les sublimes falaises de Ras-el-Bayada et la baie de Tyr et la Méditerranée et le berceau de notre civilisation et...et…

Et on ne peut s'empêcher de penser que c'était, malgré les dangers incessants, une meilleure époque pour le Liban que ces 40 dernières années. Et ceci sans même parler du drame du 4 août 2020.

Un extrait

"Au loin, disséminés sur la mer, il [Belleface] pouvait apercevoir quelques bateaux de pêche, petites embarcations de bois aux couleurs vives, qui rentraient avec indolence au port, ou le quittaient avec la même nonchalance. Le monde était beau, d'une immense beauté, une beauté à faire mal parfois, mais il était désespérant. Plus que tout le reste, c'était cela, la vérité première. Il psalmodiait pour lui-même le verset de L'Ecclésiaste qu'il se répétait plusieurs fois par jour. De toutes les paroles de sagesse de L'Ecclésiaste, c'était celle qui résonnait le plus fort en lui parce qu'elle fondait toute la vision qu'il avait acquise de l'existence : « J'ai tout vu, en ma vie de vanité : le juste périr dans sa justice et l'impie survivre dans son impiété. » Si même L'Ecclésiaste reconnaissait l'injustice, c'était à désespérer de tout". (p. 237)

L'auteur

Jean-René Van der Plaetsen a précisé que l'histoire de Belleface est inconnue mais vraie. Elle lui fut racontée par son grand père de retour d'Indochine et maintenant, à son tour, il la raconte dans Le métier de mourir. Par ailleurs, Favrier ne ressemblerait-il pas un tantinet à Van der Plaetsen qui fut Casque bleu à la FINUL (Force Intérimaire des Nations Unies au Liban) pendant l'été 1985 ?

Jean-René Van der Plaetsen, aujourd'hui directeur délégué de la rédaction du Figaro Magazine, est l'auteur de La Nostalgie de l'honneur, qui reçut en 2017 le prix Interallié, le prix Jean Giono, le prix Erwan Bergot et le prix du Nouveau Cercle de l'Union.

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