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Lettre aux femmes voilées et à ceux qui les soutiennent

Et si, pour l'essentiel, Jeannette Bougrab avait raison ?
De Jeannette Bougrab
Les Editions du Cerf. 192 pages

Lu / Vu par

Hélène Renard
Publié le 29 mar . 2019

Recommandation

3,0BonBon

 Le ton choisi par Jeannette Bougrab pour parler de l'islamisme n'est, sans doute pas, toujours le bon. Au moins a-t-elle le mérite de mettre les points sur les i, en connaissance de cause, et d'obliger à réfléchir.

Thème

Jeannette Bougrab aborde son sujet par des exemples de la vie des femmes dans 8 grandes villes ou capitales : Téhéran, Alger, Jakarta, Amsterdam, Le Caire, Cologne, Ryad, et bien sûr Paris. Elle entend démonter que le voile n'est pas un simple signe religieux mais un symbole de soumission et un étendard politique.

En guise d'introduction, elle relate sa surprise quand, à Helsinki où elle s'est réfugiée avec sa fille May (6ans), elle remarque, dans une salle d'attente, une femme manifestement finlandaise vêtue d'un jilbab noir, ce long vêtement à capuche des femmes musulmanes, accompagnée d'une gamine également voilée. "Je vois en elle un paradoxe incarné : la liberté qui conduit à choisir la servitude".

Sa "Lettre" entend donc s'adresser à celles et à ceux, "trop nombreux", qui trouvent des vertus à ce "maudit chiffon", symbole à ses yeux de soumission et d'enfermement, et qui, par candeur, naïveté, lâcheté ou incompétence  (l'aveuglement de certains Occidentaux, "ces idiots utiles", et notamment les  "féministes") admettent de disserter de manière abstraite de l'émancipation des femmes, mais sans offrir de soutien à celles qui, ailleurs, souffrent dans leur chair et leur être d'oppressions réelles. C'est contre cette souffrance qu'elle entend se rebeller.

Points forts

·        Documentation détaillée, souvent appuyée sur des témoignages de journalistes locaux (quand ils peuvent s'exprimer)

·        Excellente connaissance des textes de lois des pays concernés et des organisations internationales, des débats engagés et de leurs conclusions juridiques. Elle sait poser sur ces questions son regard de juriste et de femme politique.

·        Exemples choisis bouleversants et scandaleux. Cette "Lettre" est un cri d'indignation.  

·        On peut apprécier le courage d'une femme qui, une fois de plus, désobéit à la bienpensance officielle et qui, n'ayant pas la langue dans sa poche, dénonce, clame, argumente, bagarre

Points faibles

·        Le ton engagé risque de provoquer l'effet inverse de celui recherché.  Les Français, cartésiens, rationalistes, seront-ils convaincus par un ton incantatoire ?

·        La dénonciation de l'Arabie Saoudite, par exemple, est loin des "prudences" diplomatiques, et l'on comprend alors qu'à dénoncer à haute voix des faits pourtant avérés, Jeannette Bougrab n'ait pas été longtemps soutenue par ses collègues en politique...

·        ELLE pointe cette "obsession maladive des intégristes pour le corps de la femme", mais sans pour autant analyser ce point en profondeur. 

·        Manquent quelques références historiques qui abonderaient en son sens et appuieraient sa démonstration. Pas de bibliographie dans cette "Lettre".

En deux mots ...

De la part d'une femme aussi inflexible, il ne faut pas s'attendre à une prise de position molle. Si elle se réclame des Lumières et se reconnait fille de la République, elle ne faiblit pas dans son combat au prétexte d'une tolérance qu'elle conteste parce qu'à son avis,elle confine à l'aveuglement.

Un extrait

"Que faire pour protéger ma fille de cette idéologie rétrograde qui se répand comme une maladie infectieuse dans le pays de feu Voltaire ? La seule solution, lui donner les outils intellectuels pour avoir la distance nécessaire face à l'obscurantisme. La seule arme est donc l'instruction et le savoir. C'est ce combat crucial qu'il s'agit de mener de proche en proche. Et il commence ici et maintenant".

L'auteur

Jeannette Bougrab, fille de Harki ouvrier métallurgiste, née en France en 1973, a suivi de brillantes études en droit qui l'ont menée jusqu'au Conseil d'Etat. Elle a été maître de conférences à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne puis à l'Institut d'Etudes politiques de Paris. Pour résumer sa carrière en politique :  elle a adhéré à l'UMP, a été candidate dans la 18e circonscription de Paris (battue en 2007), nommée en 2010 présidente du Conseil d'administration de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité). Elle est entrée au gouvernement Fillon en novembre 2010 comme Secrétaire d'État à la Jeunesse et à la Vie associative. Ses prises de position en politique lui ont valu nombre d'inimitiés tant dans la majorité présidentielle que dans l'opposition.

Après l'attentat contre Charlie Hebdo, elle a été prise à parti par le Canard enchaîné pour ses liens contestés avec Charb. En avril 2015, elle est nommée  par le Président Hollande comme attachée culturelle à l'ambassade de France en Finlande où elle a résidé durant trois années.

Elle a publié plusieurs ouvrages remarqués dont les Discriminations positives. Coup de pouce à l'égalité ? (Dalloz, 2007) ; Ma République se meurt (Grasset, 2013) ; Maudites (Albin Michel, 2015)  et Lettres d'exil. La Barbarie et nous (Le Cerf, 2017).

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