Thêatre-Spectacles

Au bonheur des dames

Ce "Bonheur des dames" fait le nôtre.
De Emile Zola, adaptation Pascale Bouillon
Mise en scène : Pascale Bouillon
Avec Pascale Bouillon

Infos & réservation

Théâtre Le Guichet Montparnasse
15 rue du Maine
75014 Paris
Tél. : 01 43 27 88 61
http://www.guichetmontparnasse.com
Du 19 décembre 2019 au 23 février 2020, les jeudis à 20 heures 45, les dimanches à 18 heures

Lu / Vu par

Anne-Marie Joire-Noulens
Publié le 30 jan . 2020

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

• Une jeune provinciale désargentée arrive à Paris et est embauchée dans un grand magasin de nouveautés. Elle est confrontée à la jalousie et à la méchanceté des autres vendeuses qui la voient arriver d'un très mauvais oeil, d'autant qu'elle est fort bien considérée par le patron, Gustave Mouret. 

• Cette pièce, qui suit la création et le succès immédiat des “Grands magasins", est tirée d’un volet de la fameuse saga des "Rougon Macquart" écrite par Émile Zola, une grande fresque sur la vie quotidienne au 19ème siècle, en vingt volumes.

Points forts

- Tous les ingrédients de la fable sociale sont au rendez-vous : l’essor des ancêtres des “grandes surfaces” qui tuent les magasins de quartier, l'emploi précaire (on licencie le personnel l'été en période de creux des ventes), le monde du salariat féminine, décrit sans fard avec la férocité entre employées, l’univers impitoyable des vendeuses, sur fond de rumeurs colportées par pure jalousie, la dignité d’une nouvelle venue qui n’entend pas céder à son patron. 

- Bref, les moeurs et la vie sociale d’alors sont décortiqués, détaillés avec soin par Emile Zola du bas jusqu’en haut de l’échelle, où se tient Octave Mouret, le patron, un précurseur de génie avec son idée révolutionnaire de "grand magasin". Il en impose par son organisation minutieuse et "la guelte" qu’il met en place, pour intéresser le personnel à la vente.

- Idée épatante et inventive : chaque personnage est représenté par un chapeau. On trouve ainsi le haut-de-forme pour le patron, le Borsalino pour d'autres, les capelines pour ces dames de la haute société, de petits serre-tête pour les vendeuses, des casquettes pour les simples commis. Lorsqu'elle endosse un personnage, la comédienne met le chapeau lui correspondant sur sa tête, et quand elle s’adresse à quelqu'un, elle met la coiffe de son interlocuteur-trice au bout de son bras, et lui parle avec conviction ! Lors de discussions endiablées, Pascale Bouillon intervertit les coiffes à toute allure pour conserver la vivacité du dialogue, sans jamais se tromper !

- La mise en scène est remarquable dans un espace scénique assez réduit, et le décor aussi minimaliste qu’élégant : deux portants, un perroquet pour accrocher les chapeaux, un paravent, de très beaux tissus, à charge pour la comédienne de faire pivoter d’une pirouette les panneaux...

- On l’a compris : la talentueuse Pascale Bouillon sert formidablement le texte de Zola. Les dialogues sont savoureux, et la comédienne passe de l'un à l'autre de ses personnages avec une maestria confondante, tant elle sait tout faire. Outre l'adaptation réussie de l'oeuvre de Zola, son interprétation enlevée donne vie à tous les acteurs de cette pièce. Et, cerise sur le gâteau, P. Bouillon a ce qu'on appelle "une tête à chapeaux" : tous lui vont, de la casquette de Gavroche à la capeline, dont elle  joue avec grâce.

Points faibles

On ne trouve que des articles de qualité dans ce magasin-là...

En deux mots ...

Pour une fois que Zola ne cède pas au pessimiste et conclut par une fin heureuse, le spectacle se met au diapason, car il est fort réjouissant et dignement servi par une une Pascale Bouillon virevoltante, enjouée et expressive à souhait. Nous avons tout dans cette pièce : un beau texte, une superbe comédienne, un décor réussi.

L'auteur

• D’origine italienne, Émile Zola naît en 1840, passe sa jeunesse à Aix-en-Provence, puis rejoint la capitale à la mort de son père, et travaille chez Hachette.

• Très vite, Zola décide de se consacrer à l'écriture : il publie en 1867 Thérèse Raquin, et rencontre un grand succès, qui se démentira pas par la suite. La saga des "Rougon-Macquart" retrace "l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire". La rédaction de cette imposante fresque s’achève en 1893, et sert de référence pour le courant naturaliste dont Zola est la figure de proue. 

• Au Bonheur des Dames, paru en 1883, est le onzième volume des Rougon-Macquart, et s’inspire très largement du succès foudroyant du premier grand magasin, installé en 1852 au coeur des beaux quartiers parisiens (7ème arrondissement) : Aristide Boucicaut (1810-1877) fonda Au Bon marché en 1852, au début du Second empire, un régime qu’Émile Zola, un homme aux solides convictions républicaines, n’aura de cesse de critiquer, à l’instar de Victor Hugo. La figure de Boucicaut inspira bien entendu le personnage de Gustave Mouret.

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