Cinéma

On the Milky Road

Un retour plus que gagnant
De Emir Kusturica
Avec Emir Kusturica & Monica Belucci

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 15 juil . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Alors que la guerre des Balkans fait rage, Kosta, quitte chaque jour son village de montagne et traverse, à dos d’âne, la ligne de front sous la mitraille, pour aller livrer du lait aux soldats. Débarque un jour Nevesta, une réfugiée  italienne,  belle comme le jour. Kosta est foudroyé. Mais rien ne se passera comme prévu. Les deux tourtereaux seront obligés de fuir, pour échapper à ceux qui poursuivent Nevesta, accusée d’avoir trahi un officier anglais. Vont s’en suivre des aventures rocambolesques, périlleuses, effrénées, à travers un pays à la beauté sauvage.

Points forts

Chic, après neuf ans de silence, revoilà le réalisateur du Temps des Gitans et de quelques autres chefs d’œuvre. Et il faut bien dire que son énergie, sa vitalité, sa générosité et  son imagination manquaient  sacrément aux écrans.

Pour son retour, le cinéaste franco-serbe signe une de ces épopées dont il a le secret, une histoire au souffle incroyable et  au déroulé abracadabrantesque. En plus, sous chacun des plans qui la racontent, sourdent, comme toujours, une poésie et un lyrisme fous.

Paysages, cadres, …  évidemment, rien n’est ni plat, ni banal.

Une fois encore, Kusturica démontre qu’il est un extraordinaire inventeur d’images.

Il confirme aussi qu’il est un très grand acteur, capable, mais si, de jouer les amoureux  ( C’est une première !).

Le nom de Monica Bellucci sur l’affiche laissait dubitatif. A la fois « féminissime » et garçonne indomptable dans son personnage d’amoureuse condamnée par le scénario à jouer les casse-cous, elle est mieux que bien. Ce rôle est l’un des plus marquants de sa carrière.

Les musiques, tour à tour nostalgiques, envoûtantes, et trépidantes accompagnent formidablement les mouvements successifs du film.

Points faibles

Emir Kusturica  est  un cinéaste « torrentiel ». Bruit, fureur, excès, mauvaise foi…rien ne lui fait peur. Il s’offre donc souvent  des embardées de toutes sortes. Mais ici, certaines brouillent l’intelligibilité de son scénario, tricoté avec trois histoires différentes. Son film en devient décousu, ce qui ne gênera pas ses fans, qui aiment son cinéma, aussi pour ses sorties de route…

Ce qu’ils lui pardonneront peut-être moins est le peu d’importance que le cinéaste accorde à ses personnages (le sien compris). Pour l’empathie et l’identification, vous repasserez ! Mais on le sait depuis son premier film, ce qui importe à Kusturica c‘est que son histoire nous emporte, pas que ses protagonistes nous touchent.

En deux mots ...

Univers visuels d’une  incroyable beauté  onirique, dynamisme hors norme, scénario inventif … Emir Kusturica ne change pas. A 62 ans, il fait du cinéma avec  la même énergie qu’à 27. Son histoire d’amour entre deux cinquantenaires sur fond de guerre, alterne, avec la maestria qu’on lui connaît, romantisme échevelé, blagues potaches, scènes surréalistes et tragédie pure. C’est surprenant, désarçonnant, enthousiasmant, mirobolant, foutraque aussi. Mais on le sait,  l’ogre Kusturica n’est pas, ne sera jamais un cinéaste de la raison. Et c’est tant mieux.

Un extrait

« A mes yeux, le cinéma garde la même force qu’à mes débuts, et je vis toujours les tournages comme si c’était la première fois…Avec ce film, je suis allé à la Mostra de Venise exactement dans le même état d’esprit que lorsque je présentais mon premier long métrage à l’âge de 27 ans. Ce qui est merveilleux avec le cinéma, c’est qu’on ne sait jamais rien. C’est comme si on recommençait systématiquement à zéro. » (Emir Kusturica, réalisateur).

Le réalisateur

Né le 24 novembre 1954 à Sarajevo, Emir Kusturica est un réalisateur, acteur et musicien serbe, titulaire  également de la nationalité française.

Après des études de réalisation à l’Académie des Arts du Spectacle de Prague -dont il sort diplômé en 1978, il tourne son premier long métrage, Te souviens-tu de Dolly Bell,  qui décroche le Lion d’Or du meilleur premier film à la Mostra de Venise. 

En 1985, son deuxième opus Papa est en voyage d’affaires remporte à l’unanimité la Palme d’or au festival de Cannes. 

Il devient l’un des cinéastes les plus sélectionnés et récompensés des grands festivals de cinéma européens. En 1989, il rafle le prix de la mise en scène  à Cannes pour Le Temps des gitans.  En 1993, Arizona Dream obtient l’Ours d’argent à Berlin. Deux ans plus tard, le cinéaste remporte, à Cannes, sa deuxième Palme d’or pour Underground. En 1998, il se voit attribuer un Lion d’argent  à Venise pour Chat noir, Chat blanc.

En 200I, il signe un splendide road-movie et film de concert sur le No Smoking Orchestra, dont il est un membre actif. En 2004, c’est La Vie est un miracle, puis en 2008, Maradona par Kusturica.

Sélectionné à Cannes où il a fait sensation, On the Milky road est le douzième long métrage de ce cinéaste de 62 ans,  inspiré et prolixe, dont aucun des films n’a laissé indifférent.

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