Comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'école

Spécial rentrée littéraire - Un cri d'alarme décapant et percutant, qui frôle l'indispensable !
De
Jean-Pierre Obin
Hermann, parution 2 septembre 2020,
160 pages,
18 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Voici un essai dont  le titre dévoile sans ambigüité le thème : comment, et grâce à quels "mécanismes", l'islamisme, depuis une vingtaine d'année, a-t-il pénétré l'école, au point de compromettre son rôle social, éducatif et républicain ? Inspecteur Général de l'Education Nationale, Jean-Pierre Obin mène et achève en 2004 un rapport sur ce thème, d'abord enterré car inopportun dans le contexte conjoint de la loi sur le port du voile à l'école, et des otages détenus en Syrie. Il est publié en 2005 d'abord par la Ligue de l'Enseignement, puis, par le Ministère de l'Education Nationale, qui, selon les termes de son auteur, déploiera une belle énergie "à pousser la poussière sous le tapis" !

Ce livre développe et poursuit ce cri d'alarme sur les atteintes à la laïcité dans l'école, de la maternelle au lycée, au nom d'une vision politique et communautaire de l'Islam - l'islamisme.

Appuyé sur de nombreux exemples présents et passés, il s'articule en une dizaine de chapitres. Du déni de la question aux effort timides pour la prendre en compte à la suite des attentats de 2015 (10 ans après la publication du rapport…), il dissèque les responsabilités, des prosélytes et des politiques, de l'Education Nationale, des parents ; il les illustre d'exemples concrets de compromissions -parfois de courage - et dessine des perspectives d'avenir - des solutions - pour rompre une dynamique "de la haine et de la violence" inspirée par les fondamentalismes religieux et les séparatismes.

Points forts

1 -Exposée à la première personne, Jean-Pierre Obin parle de son expérience, de l'expérience de ses collègues, partagée au long de ses audits et de ses entretiens. C'est simple, c'est clair, c'est vrai - et cela consterne de voir combien de temps et d'énergie il a dû déployer, lui et ses collègues enseignants, chefs d'établissements, pour être entendus !

2 - Cet essai frappe par sa sincérité. Si Jean-Pierre Obin parle de raison, il parle aussi avec le cœur. Ne le croyez pas complice de quelques thèses extrémistes. Homme de gauche qui ne s'en cache pas, il n'occulte les responsabilités d'aucun des deux camps, dans ces fractures des principes fondamentaux de l'école laïque qu'il dénonce. Son analyse des théories victimaires en vogue dans la gauche et l'extrême gauche française ("l'islamo-gauchisme") est confondante, rappelant ces années au cours desquelles il ne fallait pas dire la vérité sur l'URSS, "pour ne pas désespérer Billancourt". Son analyse des stratégies pour renverser, avec le parti d'un nouveau prolétariat immigré, le capitalisme et la société bourgeoise "à tout prix", rejoint notamment celle d'André Versaille développée dans un essai publié en 2018 (www.culture-tops.fr/critique-evenement/livres/les-musulmans-ne-sont-pas-des-bebes

3 - Pas d'incantations ici : des exemples, des exemples et des exemples. Une analyse 360° qui n'épargne personne - les politiques aveugles et sourds, l'éducation nationale minée par son corporatisme et ses idéologies victimaires, des parents consommateurs de performances éducatives, une société en mal de mixité.

4. Une analyse sans langue de bois, qui s'inscrit dans le mouvement des lanceurs d'alertes sur les questions de séparatisme et d'islamisme radical, Gilles Keppel, Hugo Micheron, Hakin El-Karoui (cf. Chronique www.culture-tops.fr/critique-evenement/livres/lislam-une-religion-francaise), Bernard Rougier, mais aussi philosophes, sociologues ou politologues dont les travaux nourrissent l'analyse comme Annah Harendt, René Rémond, Marcel Gauchet,  Alain Tourraine, Boualem Sansal…

5. Si les propositions émises à la fin de l'ouvrage sont plus simples dans leur énoncé que dans leur mise en œuvre, en particulier celles qui touchent à la gestion mondiale "de la troisième idéologie totalitaire que connaît notre monde en un siècle" (p139), lorsque la focale se rétrécit, leur pragmatisme salutaire laisse espérer qu'elles soient enfin entendues.

Quelques réserves

Comment trouver des points faibles à un essai étayé de témoignages réels, de sources vérifiables et de statistiques fiables, qui plus est rédigé par un expert dont le métier est d'évaluer les pratiques éducatives ? 

Encore un mot...

La force de cet essai réside dans la clarté et la simplicité de sa construction. Jean-Pierre Obin est un incontestable pédagogue. Il pose de bonnes questions, ses définitions sont claires, les faits sont explicites, ses sources précises et fiables. Revers de la médaille, l'accumulation des preuves des lâchetés politiques et des tentatives de l'Islam politique de faire valoir la supériorité des lois religieuse sur les lois de la République, notamment au détriment du principe de laïcité dans l'école publique, risque de vous laisser (gravement) consterné(e). Pour autant, sa capacité à réveiller les esprits endormis et à stigmatiser les complaisances et compromissions de tous bords,  participeront, il faut l'espérer, à des prises de conscience et de décisions qui paraissent urgentes. Tourné vers l'avenir, ce plaidoyer ne se déploie pas "contre" une pratique religieuse mais "pour" préserver la vocation émancipatrice de l'école "publique, laïque et obligatoire", fondatrice de notre capacité collective à vivre ensemble, quelques soient nos différences. Un vrai sujet !!

Une phrase

 [Ce livre] "propose aussi des pistes pour réagir et pour combattre l'islamisme sur le long terme. Et pour construire un autre avenir que celui qui s'annonce si nous laissons les dynamiques sociales actuelles - le fondamentalisme religieux, les séparatismes, les haines et les violences - continuer de se développer dans notre pays". P 10

"… les menus de la cantine, l'accompagnement des sorties scolaires, la mixité des classes, les dispenses d'activités physiques etc. Aujourd'hui, du nord au sud de la France, l'école est confrontée à cette poussée salafiste dont les formes exaspèrent les enseignants qui y voient une formidable régression". P 42

"… seuls 6% (ou, six pourcents !) des élèves musulmans, contre 30% des catholiques et 66 des élèves athées pensent que "Les espèces vivantes sont le résultat de l'évolution". Voilà de quoi s'interroger sur l'efficacité […] de l'enseignement scientifique". P 46

"Quand le doigt montre la lune, l'imbécile regarde le doigt". Ya-t-il tant d'imbéciles aujourd'hui dans l'administration de l'Education Nationale pour regarder la longueur des jupes ou la largeur des bandanas sans se soucier de ce qu'ils désignent ? […] ceux là font semblant de regarder le doigt mais ils savent pertinemment que c'est bien la Lune qui importe". P 88

"L'école laïque, par ses scrupules de neutralité morale et son mutisme sur la question du bien et du mal -essentielles pour des enfants qui ne cessent de la poser si on veut bien les écouter- n'a-t-elle pas laissé la place vide ou aux réponses des mosquées ? " P 133

"Comment désirer intégrer une nation  que l'on ne connaît que par le dénigrement de ceux qui rejettent ses lois et ses valeurs ? Bien sur, il y a l'école ! C'est bien pourquoi elle est l'objet de tant d'attaques aujourd'hui. C'est aussi pourquoi les islamistes cherchent à la contourner par différents moyens : écoles privées, écoles "de fait" non déclarées, déscolarisation, au prétexte d'instruction familiale". P 140

L'auteur

Jean-Pierre Obin est un haut fonctionnaire de l'Education Nationale, professeur à l'Institut de Formation des Maitres de Lyon. Il y a développé une méthode d'analyse des situations professionnelles des enseignants, rédigé le fameux rapport de 2004 et un grand nombre d'études concernant les pratiques des enseignants. Membre de la Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme (LICRA), il milite pour un partage des cultures entre juifs et musulmans. Comment on a laissé l'Islamisme pénétrer l'école est salué par la presse comme un livre "choc" dont les faits ne sont démentis ni par les médias, ni par la classe politique.

Commentaires

Le prof
sam 05/06/2021 - 09:48

Un ramassis de mensonges faisant passer les enseignants sur le terrain pour des lâches et des complaisants. Oui, l'islam radical existe, oui, il est présent en France. Mais à celles et ceux rappelant qu'il est quand même inspecteur général de l'Éducation nationale et que donc il doit savoir de quoi il parle, je réponds ceci. Xavier Darcos, ex-Inspecteur Général de l'Éducation nationale, lors de son mandat de ministre de l'Éducation nationale, avait déclaré que les enseignants de maternelle étaient essentiellement chargés "de faire faire la sieste et de changer les couches des enfants". Faux, archi-faux pour quiconque ayant mis les pieds dans une classe de maternelle (allant, rappelons-le de 2 ans et demi à six ans...). Preuve que l'on atteindre ce poste et dire des choses fausses...

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