Maria Van Rysselberghe, La Petite Dame d’André Gide

Une petite dame qui valait des pépites
De
Jacques Roussillat
Editions PG de Roux - 258 pages
Notre recommandation
4/5

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Thème

Maria Van Rysselberghe (1866-1959) est l’auteur effacé des fameux Cahiers de la Petite Dame. Notes pour l’histoire authentique d’André Gide, quatre tomes parus entre 1973 et 1977. Il s’agit d’une chronique écrite au jour le jour de tous les faits et gestes de celui auquel elle voue un véritable culte et dont elle sera pendant quarante ans l’amie, la confidente et aussi la conseillère. 

L’écrivain « solaire » éclipsera totalement la Petite Dame, que Jacques Roussillat a décidé de réhabiliter, en racontant sa vie plus qu’étonnante ; d’origine belge, Maria épousera le peintre Théo Van Rysselberghe, avec lequel  elle aura une fille, Elisabeth, puis elle connaîtra une brève idylle avec Verhaeren, et surtout nouera une liaison amoureuse avec Aline Mayrisch, la femme d’un magnat de l’acier au Luxembourg … 
Grande lectrice, elle est dotée d’une vraie perspicacité critique, qu’elle mettra à profit à travers des portraits publiés par la NRF. Attirée par les écrivains maudits, elle découvre, à Paris, André Gide, « l’inquiéteur des consciences » : la séduction réciproque, immédiate, sera à l’origine d’une amitié ardente et profonde, vécue dans une grande franchise et une vraie complicité, qui rapprochent ces deux personnages dérangeants. Ils cherchent, en effet, à se libérer des contraintes morales imposées par leur milieu et par la religion. Elle partagera avec son grand auteur préféré et son cercle toutes les audaces, les amours libres, les « situations folles, avouées ou dissimulées. »

Points forts

• La personnalité singulière de cette Petite Dame (1m52), à la silhouette menue et élégante ;  vive, spirituelle, elle anime les conversations avec verve. Elle accomplira son rêve, en approchant les écrivains qu’elle admire, comme Verhaeren, Martin du Gard, Michaux, Camus, Malraux …  et bien sûr, André Gide, dont elle admire autant la voix, la silhouette, l’originalité, que ses fervents appels à la liberté, son ironie et son œuvre si forte, si diverse. 
Elle se montre ouverte, conquérante et déterminée face au grand écrivain qu’elle côtoie pendant tant d’années et qui d’ailleurs se fiera souvent à son jugement. 
Indépendante, voire rebelle, elle s’affranchit du conformisme moral et social de son époque, en affichant sa liberté sexuelle, en se donnant des allures masculines et en revendiquant une attitude féministe. Elle encouragera sa fille dans tous ses choix les plus immoraux !  

• L’effervescence intellectuelle et artistique dans laquelle se passe cette histoire d’amitié, de la Belle Epoque aux années 1950 : les plaisirs mondains se mêlent aux affinités littéraires. On pratiquait alors l’art des conversations variées, imprégnées d’amitié, de finesse, d’humour, et remplies d’allusions, de citations, d’aperçus novateurs, à travers une langue brillante et articulée.

• Un des aspects les plus intéressants, c’est la « nouvelle famille gidienne ». Maria et Gide, qui ont malmené leurs propres familles, reconstituent autour d’eux un foyer, en recréant ce qu’ils ont contribué à détruire. On se souvient de la fameuse formule de l’auteur des Nourritures terrestres : « Familles, je vous hais ! »

Quelques réserves

Il manque sans doute les reproductions des tableaux de Théo Van Rysselberghe.

Encore un mot...

Jacques Roussillat a fort bien réussi son projet de réhabilitation de cette Petite Dame.

Le lecteur découvre, dans cette biographie rondement menée, au-delà de sa personnalité singulière et très moderne, ses talents de conteuse et de portraitiste, ainsi que son rôle décisif dans le milieu littéraire parisien de cette époque. 

On retiendra de ce foisonnement, qui mêle au moins deux générations d’écrivains autour d’André Gide, des personnages « possédés par les dieux et les démons » qui assouvissent les « exigences des corps, des cœurs et du talent. »

Une phrase

« Les Cahiers sont un outil irremplaçable pour parfaire la connaissance de l’homme André Gide, de son œuvre, mais aussi de son entourage et de ses contemporains. Cet ensemble est un manuel de littérature, mais un manuel vivant qui raconte une histoire. La lecture en est captivante, car la Petite Dame sait tenir son lecteur. » p.141

L'auteur

Jacques Roussillat est l’auteur de Marcel Jouhandeau, le diable de Chaminadour (2002) et a dirigé l’édition de sa correspondance avec Jean Paulhan (1921-1968) parue chez Gallimard en 2012.

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