Ravenne. Capitale de l’Empire, creuset de l’Europe

Quand l’Occident naît des ruines de l’Empire romain. Un éclairage intéressant sur une période mal connue
De
Judith HERRIN
Traduction : Martine Devillers-Argouarc'h
Passés Composés,
Parution le 22/09/2023
508 pages
27 €
Notre recommandation
3/5

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Thème

Connaissez-vous Ravenne, petite ville italienne sur la côte adriatique, célèbre par la beauté de ses mosaïques ? Ce fut, au cinquième siècle, la capitale de l’Empire romain d’Occident ; elle a joué jusqu’au huitième siècle le rôle d’un pont entre l’Empire romain d’Orient (Byzance) et un monde occidental en pleine recomposition. Judith Herrin en brosse le tableau, entre sa création par l’empereur Honorius, à l’orée des années 400, et son déclin, à l’époque carolingienne. C’était la capitale de l’exarchat d’Italie qui contrôlait pour Byzance une portion de ce pays, le sud de la France actuelle et le nord de l’Espagne.

Points forts

C’est une période très méconnue que décrit Judith Herrin à travers l’histoire de Ravenne, ces temps obscurs qui s’étendent le la chute de l’Empire romain d’Occident (476 après JC) à l’apogée carolingien en 800.

L’Empire est pénétré par toutes sortes de tribus germaniques, les Goths, les Vandales, plus tard les Lombards qui se taillent des royaumes par les armes. Ils sont généralement christianisés, mais ariens ; ils ne reconnaissent pas la primauté de l’évêque de Rome dont ils ne partagent pas la théologie, considérant que le Christ est subordonné au Père et non de même nature que celui-ci.

Ces barbares forment aussi le corps des armées de l’empire, Byzance jouant les uns contre les autres. Théodoric, un général ostrogoth, est ainsi exarque de Ravenne, pour le compte de Byzance de 488 à 526.

C’est que dans ce contexte de fusion osmotique du monde romain avec les Barbares, Ravenne occupe une place éminente. Protégée par sa situation géographique, la ville traverse la période sans dommages essentiels, sous la houlette de son clergé et de ses exarques successifs. C’est l’occasion pour Judith Herrin de décrire, avec une remarquable érudition puisée aux meilleures sources, l’évolution du monde méditerranéen, celle de l’Empire d’Orient, soumis aux pressions des perses, puis des arabes musulmans, celle de ses relations avec l’Occident chrétien.

Elle montre aussi l’affirmation du pouvoir des papes de Rome, contre les prétentions de Byzance et l’hérésie arienne et nage avec bonheur dans les querelles théologiques dont elle établit l’importance politique capitale.

De même, elle met en lumière le basculement politique opéré par Charlemagne au huitième siècle ; la pacification de l’Europe occidentale par les Francs conduit à un basculement de l’axe Est-Ouest (Byzance/Rome) sur un axe Nord-Sud (Aix-la-Chapelle/Naples) et au sacre de l’empereur, par le pape à Rome, le jour de Noël 800.

Quelques réserves

Judith Herrin est tellement savante, si passionnée par son sujet qu’elle semble vouloir tout dire, ce qui conduit le lecteur à se demander s’il parcourt une histoire cursive de l’Antiquité tardive, une thèse de doctorat ou un guide touristique. Il comprend bien que tout est lié, mais étouffe parfois un bâillement devant les énumérations, les querelles byzantines sur la nature du Christ ou le détail des éléments architecturaux.

Encore un mot...

Un éclairage intéressant sur une période mal connue, un peu gâché par la complexité de l’ouvrage qui, il est vrai, porte sur une matière qui ne se caractérise pas par la simplicité.

Une phrase

« Parmi les officiers civils attachés au bureau du préfet du prétoire, citons Stephanus, le scriniarius (secrétaire), Eugenius, palatinus, fils d’un médecin grec, Léonce et Apollinaris, fils de Florentinus, pater pistorum, maître de la guilde des boulangers, qui devint cancellarius – chancelier – du préfet Longin. Un nombre considérable de secrétaires, les tabellioni, de scribes tel Gunderit, exceptor de la curie de Ravenne, ont conservé trace de tous les documents juridiques et consigné les nombreuses donations consenties à l’Église. » Page 232

L'auteur

Madame Judith Herrin est une très éminente archéologue et historienne britannique, professeur d’Antiquité tardive et d’études byzantines au King’s College de Londres. Elle est l’auteur d’une multitude d’ouvrages sur Byzance. Ravenne. Capitale de l’Empire, creuset de l’Europe semble être le seul livre de Judith Herrin traduit en français à ce jour. Et nous en remercions les éditions Passés Composés.

Commentaires

Anonyme
dim 25/02/2024 - 20:25

La traduction laisse à désirer: SIrmione est confondu avec Sirmium sur le Danube, la Pannonie située à l'ouest de l'Istrie; une carte avec Clermont-Ferrand sur le bord de la Loire, confusion entre Saône et Rhône. Parler d'Etat pour des possessions régionales d'une famille et ce ne sont que quelques exemples consternant.

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