Livres

La nostalgie de l’honneur

Une belle histoire, singulière, exemplaire, inachevée
De Jean-René Van Der Plaetsen
Éditions Grasset

Lu / Vu par

Paul Beuzebosc
Publié le 11 nov . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Sous ce beau titre, au pied de la célèbre jaquette jaune des Editions Grasset, une photo en noir et blanc dit déjà presque tout du livre. De face, un général en tenue, large, carré, immense, portant les insignes des Forces Françaises Libres, décorations pendantes, est penché sur un jeune garçon, de dos, pour l’embrasser. Dans le tendre masque du tribun, dans l’attitude de son petit-fils – le futur auteur du livre – percent le sens de l’engagement, l’adoubement de l’héritier, la transmission d’une mémoire enfouie.

Points forts

Pour l’honneur, il n’y a pas mieux que les héros. Et quand on a la chance d’en avoir un dans sa famille, autant le remettre à sa place dans leur panthéon, parmi ceux qui ont tissé l’histoire plutôt que ceux qui ont fait fortune dans la légende.

Le général Jean Crépin, polytechnicien, artilleur colonial, compagnon de la Libération, beau et grand soldat méconnu, est de ceux-là.

Aux côtés de De Gaulle, de Leclerc - picard comme lui - il a incarné les vertus de l’honneur : le choix de se battre et de dire non à la défaite, de rallier les FFL (forces françaises libres), d’appuyer de ses feux précis tous les combats de la 2ème DB jusqu’à la victoire.

Puis, toujours aux côtés de Leclerc, il perçoit d’emblée l’impasse militaire en Indochine qui se terminera dans la boue sanglante de Dien Bien Phu.

Après un passage au SGDN et dans le nucléaire militaire, il vit de 1959 à 1961, à la tête de deux corps d’armée dont celui d’Alger puis comme commandant en chef, la tragédie algérienne avant d’être exfiltré par De Gaulle à la tête des Forces françaises en Allemagne. Il y boucle son parcours d’officier, fait de service, d’abnégation et de fidélité, à l’image de cette génération humiliée par la défaite, animée par l’esprit de reconquête, en marge d’une France tourmentée par la division et l’abandon.

Points faibles

Ce livre a le défaut de ses qualités: un idéalisme assumé teinté d’une nostalgie non dénuée d’espérance. A l’ombre de l’épopée du gaullisme, le pieux culte familial mène le seul garçon de la lignée à une passion pour cet aïeul, « grognard métaphysique », qui l’a pris en affection, puis à une émouvante complicité entre deux soldats confrontés, chacun à leur tour, un jour à la guerre.

En deux mots ...

Sous le noble patronage de l’honneur, Jean-RenéVan Der Plaetsen écrit à la place de son grand-père les « mémoires » qu’il lui avait légués en confidences. Faute de force, d’envie ou de tempérament de sortir, au terme de sa longue vie, de sa méditation. Il sait dire, dans le panorama d’une époque, la force des modestes doués dans l’ombre de chefs de génie et l’intelligence puissante que l’artilleur chevronné apporte au succès des combats. On devine l’orgueil blessé du chef éloigné d’Algérie pour être épargné et la tension entre deux générations de guerriers face à une décolonisation mal engagée. 

Sans se risquer dans la philosophie à propos d’un mot dont le singulier tombe en désuétude, cette enquête, sorte de biographie sentimentale, raconte une belle histoire, singulière, exemplaire et inachevée.

Un extrait

- "C’est l’instinct de l’honneur qui fait les héros". (Jean-René Van Der Plaetsen)

« Le temps presse, nous avons une guerre à mener et à gagner ». ( Général Leclerc).

L'auteur

Né en 1962 en Afrique, Jean-René Van Der Plaetsen est journaliste et directeur délégué de la rédaction du Figaro Magazine. Membre du jury du Prix de Flore, il publie ici son premier livre., qui vient d'obtenir le Prix Jean Giono et le Prix Erwan Bergot.

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