Opéra-Ballet-Musique

Falstaff

Ca, c'est une grande soirée opéra !
De Giuseppe Verdi
Mise en scène : Dominique Pitoiset

Infos & réservation

Opéra de Paris/Bastille
Place de la Bastille
75012 Paris
Tél. : 0892289090
http://www.operadeparis.fr
En alternance jusqu’au 16 novembre

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 10 nov . 2017

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Opéra bouffe en trois actes, tiré en grande partie des Joyeuses Commères de Windsor de Shakespeare , Falstaff  est le dernier opéra de Verdi. Quand le compositeur s’y attèle, en 1889,  il a soixante dix-neuf ans et l’expérience d’un homme qui a  derrière lui 27 opéras. Il va faire preuve d’une fantaisie et d’une verdeur de jeune homme.

 A Windsor sous le règne d’Henri IV d’Angleterre, Falstaff, un vieux séducteur ventripotent, doit rapidement trouver de l’argent s’il ne veut pas être  mis à la porte de l’auberge où il continue de mener une vie dispendieuse, sans avoir encore un seul sou en poche. Il décide alors de séduire deux riches bourgeoises de la ville en leur envoyant à chacune  une lettre aussi galante qu’ampoulée. Hélas pour lui, ces deux commères se connaissent et échangent leurs lettres, qui se révèlent identiques. Elles décident de se venger. Falstaff sera d’abord jeté dans la Tamise, enfermé dans une malle de linge sale, puis moqué de tous sur une place publique. Cependant, comme nous sommes dans une comédie, tout est bien qui finira bien.

Points forts

- Falstaff est le dernier opéra de Verdi, et sans doute le compositeur le pressent-il, alors, il en profite et se lâche. Sa partition est splendide, à la fois rigoureuse et débridée, qui bouscule avec un entrain incroyable et une gaité malicieuse les codes traditionnels de l’Opéra du XIXème siècle. Pas d’aria de bravoure pour les chanteurs, mais des duos, trios, quatuors et ensembles de toute beauté. On est chez Verdi, mais on est aussi chez  Rossini, Puccini, Massenet et quelques autres. C’est somptueux !

- Sur scène, admirablement dirigés par Dominique Pitoiset, les chanteurs font la joie du public. A commencer par celui qui tient ici le rôle titre, Bryn Terfel. Dans ce personnage de Falstaff, qui est l’un de ses préférés, le baryton, bedaine en avant, démarche pataude, fatuité  à fleur de gestes, est souverain. Sa voix est ample, son timbre puissant, son rire tonitruant, son agilité vocale, impressionnante. C’est un Falstaff idéal, comme le public les aime, drôle, jovial, ridicule, charismatique.  Face à lui, la mezzo Julie Pasturaud et la soprano Aleksandre Kurzak sont elles aussi jubilatoires. Vocalement, la première brille par ses graves chaleureux, la seconde  par ses aigus bien projetés; les deux composent des commères moqueuses, fines mouches, virtuoses. Le reste de la distribution, chœurs compris, est  également impeccable.

- Dans la fosse, le chef italien Fabio Luisi est à son affaire. Il dirige d’une baguette à la fois souple et ferme cette partition, lui donne toutes  ses couleurs, l’accompagne dans toutes ses embardées stylistiques. C’est du beau travail.

- Beau travail aussi de Dominique Pitoiset, qui accompagne les chanteurs dans les moindres intentions de leur personnage. Sa mise en scène date de près de vingt ans, elle n’a pas pris une ride.

Points faibles

Non vraiment, même en cherchant bien, rien ne déçoit dans cette production, ni les chanteurs, ni les décors, ni la direction d’orchestre, ni la mise en scène. On a beau chercher, rien, ou presque; peut être une mise en avant un peu trop systématique du côté comique de l’œuvre au détriment de son  versant métaphysique?

En deux mots ...

Il y a un mois, le Don Carlos mis à l’affiche de l’Opéra de paris s’annonçait comme l’événement de la saison. On allait voir ce qu’on allait voir ! Sa mise en scène, aussi laide qu’inexistante, pourtant signée de l’un des chouchous européens de la chose déçut, à tel point qu’on se vit contraint de fermer les yeux pour goûter la perfection vocale et musicale de cette production. Cette semaine, voici, affiché dans cette même Institution, Falstaff , dans une mise en scène datant de 1999, dont c’est ici (au moins) la troisième  reprise. On redoutait  que malgré les stars annoncées dans la fosse  ( Fabio Luisi ) et sur scène ( Bryn  Terfel, Franco Vassalo, etc… ), le spectacle se soit calcifié. Mais là, divine surprise, le spectacle transporte. Il est frais, joyeux, dynamique, coloré, en un mot, passionnant et pas seulement musicalement et vocalement, mais visuellement aussi.

L’Opéra est donc  aussi, quoiqu’on en pense, question de mise en scène. Hier, Patrice Chéreau et quelques autres, l’avaient démontré. Dominique Pitoiset le confirme.

Un extrait

« Que voulez-vous que je vous dise ? Il y a quarante ans que je désire écrire un opéra comique, et il y a cinquante ans que je connais Les Joyeuses Commères de Windsor; et pourtant… les « mais » habituels qui surgissent de partout s’opposaient toujours à ce que mon désir fût réalisé. Maintenant Boito (le librettiste) a levé tous les risques. Il m’a fait une comédie lyrique qui ne ressemble à aucune autre. Je m’amuse à en écrire la musique »  (Verdi, le 3 décembre 1890, dans une lettre au critique Gino Monaldi).

L'auteur

Né le 10 octobre 1810 à le Roncole (province de Parme) dans un milieu simple mais relativement aisé, Giuseppe Verdi est un musicien précoce. Il a tout juste onze ans quand on le nomme organiste de l’église de Busetto. 

Grâce à un négociant en spiritueux qui devient son mécène et dont il épousera plus tard la fille en première noce, il part approfondir ses études musicales à Milan.

Il n’a pas vingt ans quand la Scala lui commande son premier opéra. Oberto lui vaut un succès qui l’encourage à persévérer  dans le lyrique, pour lequel, d’ailleurs il n’arrêtera plus de composer, exception faite de la période qu’il lui fallut pour surmonter l’épreuve de la disparition de sa femme et de leurs deux enfants. 

En 1842, son Nabucco, d’une véhémence vocale sans précédent, connaît un triomphe. On en donnera 65 représentations, un record absolu dans l’histoire de la Scala.

Après Attila et Macbeth, il se retrouve sans rival.

En 1851, Rigoletto qui sera le premier volet de ce qu’on appellera plus tard sa trilogie populaire (avec le Trouvère et la Traviata) assoira encore sa notoriété qui deviendra planétaire. Suivront, entre autres, Un Bal Masqué (1859), Don Carlos (créé à Paris en 1867 ), Aida (1871) et Falstaff ( 1893)..

Verdi, qui avait été élu député en1861 mourra à Milan le 27 janvier 1901, en léguant ses biens à la maison de retraite pour vieux musiciens qu’il avait fondé dans cette ville.

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