Opéra-Ballet-Musique

Oneguine

Quand les très grands talents s'additionnent...
De John Cranko
Musiques de Piotr Tchaïkovski

Infos & réservation

Opéra de Paris: Palais Garnier
Place de l’Opéra
75009 Paris
Tél. : 0892899090
http://www.operadeparis.fr
Jusqu’au 7 mars 2018

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 24 fév . 2018

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Inspiré d’Eugène Onéguine, le roman en vers  composé par Alexandre Pouchkine entre 1823 et 1831, l’ Onéguine chorégraphié par John Cranko en 1965 pour le Ballet de Stuttgart, met en scène un chassé croisé tragique entre quatre jeunes gens ; Onéguine, un dandy  pétersbourgeois, mondain et désargenté ; son ami, Lenski, un poète idéaliste épris de littérature allemande ; sa fiancée, la douce, tendre et fragile Olga, et Tatiana, la sœur d’Olga, une jeune fille rêveuse, tombée sous le charme d’Onéguine…

C’est au cours d’un bal que le drame va se mettre en marche. Par dérision et ennui, Onéguine va s’amuser à séduire Olga, la promise de Lenski. Aveuglé par la rage, ce dernier va provoquer son ami en duel. Il y perdra la vie…

Points forts

- Le ballet en lui même. Réalisé sur un pot-pourri d’extraits de musiques de Tchaïkovski (mais paradoxalement, sans une seule note de l’Opéra du même nom écrit par ce même compositeur), c’est l’un des chefs d’œuvre du ballet romantique. John Cranko est ici au sommet de son art de la narration. Il retrace avec une fidélité  scrupuleuse  le drame  de Pouchkine, cela, sans à aucun moment, céder « le pas » à la pantomime, qui, comme on le sait,  peut vite  devenir aussi rébarbative qu’ennuyeuse.

Evoquant la Russie romantique, celle des sentiments exacerbés, les parties chorégraphiées sont  splendides, à la fois toniques et élégantes. D’une haute technicité,  elles exigent de la part des danseurs   non seulement  une virtuosité hors pair, mais un total engagement théâtral. C’est très difficile. Surtout, pour les garçons, dont les partitions comportent de nombreux  sauts et portés.

- Le Ballet de l’Opéra de Paris interprète cet Onéguine avec  une grâce infinie, sans qu’on perde à aucun moment la densité passionnelle du récit. Il nous offre là du très beau travail.

- La somptuosité des décors et des costumes,  du créateur allemand Jürgen Rose, contribue à l’enchantement de la soirée.

Points faibles

Evidemment, si on n’aime ni la musique romantique, ni les  ballets narratifs, mieux vaut passer son chemin. Sinon, on ne détecte pas le moindre couac dans cette sublime  production.

En deux mots ...

Après Roméo et Juliette (1983) et La Mégère apprivoisée ( 2007), Onéguine avait été le troisième ballet de John Cranko à entrer, en 2009, au Répertoire de l’Opéra de Paris. Cela, pour  une occasion très particulière : la grande étoile Manuel Legris avait souhaité y faire ses adieux à la Compagnie dans le rôle-titre. La  « patronne » de la Danse de l’époque, la grande Brigitte Lefevre avait accédé au désir de l’Etoile. La production avait connu un triomphe.

Depuis, cet Onéguine a été remonté plusieurs fois à Garnier. Avec le même succès. On comprend pourquoi. C’est une œuvre admirable et émouvante, que la troupe de l’Opéra de Paris interprète à la perfection, dans un décor  et des costumes qui enchantent  l’œil.

Un extrait

« Je pense au génie de John Cranko dont le rayonnement est resté si vivant. Il existe peu de grands créateurs dans le monde de la danse. Par créateurs….J’entends des hommes de théâtre au sens fort du terme qui, à travers la danse, savent parler de l’homme et nous faire rire et pleurer  en montrant nos joies, nos peines, nos amours et nos rêves » (Maurice Béjart).

L'auteur

Rénovateur du ballet narratif dans les années 50, John Cranko, né en Afrique du Sud en 1927,  fut un chorégraphe précoce. Alors qu’il est encore élève à l’Ecole de danse de l’Université du Cap, il signe, à seize ans seulement, son premier ballet , l’Histoire du Soldat. Venu étudier à Londres à la Sadler’s Wells Ballet School en 1946, il entre dans la Compagnie la même année et crée Trisch-Trasch. 

En 1947, devant le succès de son Children’s Corner, il décide de se consacrer exclusivement à la chorégraphie.  De Sea Change ( 1949) à Antigone (1960), il va signer une impressionnante série d’œuvres pour le Sadler’s Wells , mais aussi pour le Royal Ballet, le New York City Ballet, l’Opéra de Paris (notamment La Belle Hélène en 1955) et la Scala de Milan.

Venu au Ballet de Stuttgart en 1960 pour une reprise de son ballet Prince of the Padogas, il en deviendra la directeur l’année suivante, jusqu’à son décès, par crise cardiaque  en 1973,  pendant un transport en avion. Pendant ces douze années à la tête de la Compagnie allemande, le chorégraphe sud-africain réussira à hisser cette dernière  au rang des compagnies internationales majeures, grâce à son exigence en matière de virtuosité et de technique classique.

Dans le monde entier, son héritage est toujours vivant.

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