PICASSO. TABLEAUX MAGIQUES

La magie des signes
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Musée National Picasso-Paris
5 rue de Thorigny
75003
Paris
01 85 56 00 36
Jusqu’au 23 février 2020

Thème

*Les années entre 1926 et 1930, Picasso, alors dans la cinquantaine, ayant traversé de multiples influences et manifestant une étonnante facilité pour créer des styles fort différents, entre la période bleue, période rose ou le cubisme,  jouissant déjà d’une formidable renommée internationale, inaugure un nouveau cycle de sa création. Il expérimente différentes formes plastiques et élabore tout un système de signes. Des lignes sinueuses, des corps, des têtes inversées, des compositions stylisées aux thèmes de « femme dans un fauteuil », « femme assise », « figure endormie » ou encore des motifs de la tête d’Arlequins.    

*L’éditeur et critique Christian Zervos caractérise cette période de « tableaux magiques » car sortant de l’extraordinaire imagination créative de l’artiste magicien qu’il voyait en lui. « A leur contact, une partie du monde invraisemblable s’ouvre à nos yeux. Par leur vertu, les tribulations quotidiennes s’estompent, le domaine aride du phénoménal est déserté pour celui de l’improbable. Cette maîtrise du peintre nous rapproche de notre vie en même temps qu’elle nous fait toucher à l’essentiel de l’art » (dans sa revue Cahiers d’art, 1938 ). 

*L’œuvre de Pablo est étroitement liée aux soubresauts de sa vie sentimentale. En juillet 1926, son épouse Olga et leur fils Paul passent l’été à Juan-les-Pins. Une partie des œuvres de cette période est volée sur le toit de sa voiture sur le trajet retour à Paris. Seules sept peintures sont sauvées, les premières du groupe des « tableaux magiques ». En janvier 1927, il rencontre Marie-Thérèse Walter, une nouvelle relation amoureuse l’enflamme.  De là sont développées des formes inédites, radicales, singulières. La permutation des traits anatomiques, tous ces éléments stylisés donnent à ces têtes de femme ou à ces corps un aspect étrange : les cheveux en ligne droite, le nez et les narines placées en haut, la bouche verticale bordée de dents… 

*Christian Zervos parlait de « transmutation » pour analyser les peintures magiques de Picasso avec la réalité. Cette nouvelle recherche picturale se retrouve dans les multiples motifs de Tête, de Figure assise, et des thèmes comme Le Peintre et son modèle (1928, New York, MoMa), ou de Baigneuses , prenant des formes sur-dimensionnées comme des sculptures monumentales (Grande Baigneuse, 26 mai 1929, Musée national Picasso-Paris). 

A partir de 1928, Picasso se tourne vers la sculpture en métal soudé en collaboration avec son ami sculpteur espagnol Julio Gonzalez. Il réalise la sculpture Tête (1928, Musée national Picasso-Paris, MP263) qu’il avait déjà préparée dans un carnet de dessins la même année. Il soumet des maquettes de sculptures en fil de fer au comité Apollinaire, qui sont rejetées, après une  première sculpture intitulée Métamorphose qu’il avait présentée quelques mois avant à la Société des amis d’Apollinaire et qui fut écartée. 

Dans les dernières peintures magiques entre 1929 et 1930, sur des planches de bois, Picasso élabore une série aux mêmes caractéristiques de têtes aux visages triangulaires variant avec des créatures monumentales à l’architecture osseuse. Voir la tragique Crucifixion (7 février 1930, Musée national Picasso-Paris, MP 122), la dernière œuvre de cette série.

Points forts

* Particulièrement entre 1927 et 1928, les traits du visage et les parties du corps se réduisent à des signes. Un nouveau langage en séries est créé, comme des formules magiques répétitives des rites secrets spirituels invisibles. La position des yeux en amande de la bouche dentée, des narines, des cheveux, suivent un imaginaire intime qui procure une formidable puissance émotionnelle à ces figures. On y décèle indéniablement les mystérieuses influences de l’art africain ou océanien. (Image : 

* Une salle est réservée à quelques exemples de la collection particulière de Picasso d’art premier.  La création des tableaux magiques est contemporaine du début de son intérêt pour les sculptures et les masques de ce qui s’appelle alors « art nègre », très prisé par les cercles artistiques de l’époque, de Braque à Apollinaire. 

* Il est remarquable que le Musée Picasso-Paris ait eu l’initiative de ressortir ces œuvres singulières, largement méconnues, comme « tableaux magiques », dispersées dans le monde entier et jamais regroupées sous cette forme. En les replaçant dans le contexte du surréalisme et des courants intellectuels contemporains, cela prend un caractère exceptionnel dans l’histoire de l’art moderne.

Quelques réserves

Le parcours de l’exposition est quelque peu dérangeant. On se perd entre les salles, les étages, les thèmes, la chronologie du développement de cette période entre 1926 et 1930. Difficile de trouver son propre fil conducteur dans l’énorme proposition d’une cent cinquantaine d’œuvres. Parfois la sensation de tournis entre les têtes, les figures, les visages, les lignes et les signes…

Encore un mot...

A part cette petite réserve au point plus haut, je ne peux qu’exprimer ma totale fascination de la créativité infinie, toujours surprenante de cet artiste catalan. Après les multiples expositions Picasso qu’on peut avoir vues, il reste toujours un inventeur d’idées et de formes inédites. Cette exposition est une nouvelle immersion dans son monde magique.

Une illustration

Une phrase

« L’œuvre d’art n’a d’autres but que l’évocation magique des démons intérieurs. » Michel Leiris, Journal, 1922-1989, Paris, Gallimard, 1992, p.41 (1er avril 1924).

« La peinture n’est pas un processus esthétique ; c’est une forme de magie qui s’interpose entre l’univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs. Le jour où je compris cela, je sus que j’avais trouvé mon chemin. » Pablo Picasso in Françoise Gilot et Carlton Lake, Vivre avec Picasso (1965), Paris, Calmann-Lévy, 1991, p. 249.

L'auteur

PABLO PICASSO (1881-1973)

Les années qui préparent le tournant des « tableaux magiques » (extraits de la biographie du Musée national Picasso-Paris)

1918
Exposition Matisse-Picasso à la Galerie Paul Guillaume.
Picasso épouse Olga Khokhlova à l'église russe de la rue Daru. Ses témoins sont Max Jacob, Apollinaire et Cocteau.
Paul Rosenberg devient son marchand.
Installation au 23 rue La Boétie.

1919-1920
Rencontre Joan Miró.

1925
La Danse, toile qui rompt avec le néo-classicisme des années précédentes et le rapproche du groupe surréaliste naissant.

1927
Il rencontre, par hasard, dans la rue, Marie-Thérèse Walter qui donnera naissance en 1935 à une petite fille, Maya.

1930
Au Château de Boisgeloup dans l'Eure qu'il vient d'acquérir, il aménage un atelier de sculpture et réalise une série d'oeuvres dont Marie-Thérèse est le modèle.
 

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