Du Fuji à l’Athos, par l’Amérique

D’un mont sacré à un autre, en passant par le Nouveau Monde. Une magnifique Odyssée.
De
Olivier Germain-Thomas
Gallimard, Collection Le sentiment géographique
Parution le 13 octobre 2022
216 pages
19 euros
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Dès les premières lignes, Olivier Germain-Thomas ouvre à deux battants les portes de sa vie d’éternel voyageur : tout commence par le Japon, cadre de ses retrouvailles avec l’un de ses amis les plus chers, Tadao Takemoto, lié depuis 1958 à André Malraux. D’un souvenir à un autre, son passé et son présent sont là, tantôt teintés de découvertes, tantôt étant le cadre d’échanges inoubliables.  « De temples en temples, de marches en marches, silences, visages, j’ai accueilli de telles richesses que je puis dire : merci ! J’aurais voulu savoir à qui ; pas de réponse. »

Que cherche-t-il ? Le mont Fuji et la pureté de ses lignes qui, pour toujours, l’ont ébloui. La vitesse de ses visites le fait passer d’un pays à un autre. En quelques lignes, la Chine d’aujourd’hui, assoiffée par la modernité et par Internet, vit dans de perpétuels aguets, ne sachant pas toujours qui seront ses appuis et chez qui elle se dira prête à affronter ses ennemis. Plus la lecture avance et plus le passé reste à sa place. L’auteur n’en fait pas un ennemi mais un frein aux êtres que nous sommes. Une fois la Chine passée, c’est dans les rues de Los Angeles qu’il redécouvre l’image de l’architecte Frank Gehry, puis celle de Mark Rothko qui, après avoir été le peintre à succès de « l’expressionnisme abstrait », se suicidera en 1960 à l’âge de 67 ans. 

Parmi les moments les plus savoureux de ce livre, le Nouveau-Mexique qui commence à Santa Fe (la Sainte Foi) est, à ses yeux, celui où le peintre Georgia O’Keeffe exprimera dans ses toiles l’intensité de ses propres désirs. Elle fera dire à Olivier Germain-Thomas « L’art permet à chacun de trouver ce qu’il veut y voir ». Les lieux se succèdent comme autant de refuges soudains qu’il découvre avec passion, comme s’il voyait en eux un souvenir à garder.

Points forts

De l’Asie du Japon à Los Angeles et la route 66, de l’Arizona aux canyons puis au Nouveau-Mexique de Santa Fe, Bandelier et Albuquerque, El Paso lui fait soudain dire : « dehors, je retrouve l’Amérique, l’espace, la puissance, la gloire terrestre, l’étendard de la liberté. Quelle liberté ? » Viendront ensuite le Sud, La Nouvelle-Orléans, Atlanta, Charleston, la montagne de l’Otello et enfin le mont Athos. Son retour au mont Athos ressemble à un vœu une nouvelle fois exaucé.

Quelques réserves

Légère panne de courant à partir de la page 93, le lecteur pouvant se fatiguer de ses descriptions de canyons successifs. Dix pages plus loin, l’auteur retrouve son allant et nous fait le suivre avec le plaisir que nous donnera l’ensemble de son livre.

Encore un mot...

Quand nous aimons un lieu, il devient humain comme le serait une rencontre. Avant même le commencement de cette magnifique odyssée, l’auteur écrit : « L’authentique connaissance reste une expérience charnelle qui, sans exclure la raison, lui demande de ne pas déborder. La philosophie par les pieds sollicite le corps et le cœur, et la peine et l’intuition. Elle se fait complice du temps, aime le regard, éprouve l’espace, respecte le silence. »

Une phrase

  • [Une citation de Montaigne] « Notre monde vient d’en trouver un autre, cet autre ne fera qu’entrer en lumière quand le nôtre en sortira. » Les Essais, 1582 (p. 68)
  • [Á son retour au Mont Athos, la joie de l’auteur se matérialise immédiatement] « aujourd’hui, je n’imaginais pas vivre un tel émerveillement devant la Sainte Montagne, si changeante selon les heures…Malgré des heures à contempler de loin les pentes du mont Athos, je ne m’étais pas rendu compte de son aspect viril le matin avec sa pente raide faite de roches acérées, de sa bienveillance maternelle le soir alors que la pierre a pris les couleurs de la peau nourricière…la nuit crée un alliage entre les noirs du ciel, du mont et de la mer, séparés par une ligne incertaine, jamais frontière. La Vierge porte alors le voile noir du Vendredi saint ». (p. 213-214)

L'auteur

Olivier Germain-Thomas, né en 1943, est un écrivain et un producteur de radio. En 1973, il fonde le mensuel L’Appel. Il effectue alors de nombreux voyages et séjours en Inde, au Japon, dans le sud-est asiatique et en Chine. Depuis 1997, il dirige la collection Chemins d’éternité aux éditions Pygmalion. En 2015, il est un chroniqueur du magazine Ultreia. Il crée la collection de livre de voyages Arpenter le sacré aux éditions  Desclée De Brouwer.

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