10 ans de BD sur Culture Tops 3 questions à Bertrand Devevey
Bertrand, outre des chroniques livres, romans ou essais, vous rédigez souvent des chroniques BD. D'où vient votre passion de la BD ?
Comme tous les enfants des années 60, j'ai découvert la bande dessinée dans les magazines Spirou et Tintin, puis Pilote, etc. L'âge d'or d'une création de plus en plus décorsetée, des Belles Histoires de l'Oncle Tom - bien propres, aux dessins plus marginaux, comme ceux de Druillet pour la Science fiction. Que de choix aujourd'hui, de 7 à pas encore 77 ans ! Que d'univers, de la ligne claire de la BD dite "belge", aux univers plus torturés, plus réalistes, plus "vrais" ! Que d'humours (Peyo, Roba, Franquin, Goscinny, Gotlib) ... Des classiques devenus intemporels. La bande dessinée a été pour moi un vrai média de transit ou de transmission vers la littérature, l'histoire, la poésie, un média de découvertes et de création, de liberté d'expression, d'appropriation de la réalité et de la fiction, d'immersion dans les infinis de la science fiction.
Pourquoi partagez-vous votre passion via les chroniques ?
Cette "passion" est d'abord marquée par un gout prononcé pour la BD formellement "classique". C'est la "beauté" ou la qualité de la création, souvent, sa force évocatrice exprimée dans la mise en scène, la qualité des scénarii que je cherche à faire partager. Les BD ont de vraies vertus pédagogiques pour révéler des événements, des sentiments, des situations que vous n'auriez peut-être pas su imaginer, ou eu l'idée et le courage de découvrir dans la littérature classique. Et je pense par ailleurs que les romans graphiques sont de vrais passeurs vers une œuvre originale.
Quelles BD vous ont marqués et pourquoi ?
S'il me faut placer un auteur sur un piédestal, c'est Hugo Pratt, père de Carto Maltese. Une œuvre immense, aux graphismes épurés, aux scénarii digne de grands romanciers. D'autres, par l'histoire, le trait et la couleur : Gibrat, auteur des Mattéo ; Prugne et Lepage, découverts par Culture Tops (Merci Nicolas) ; Marion Montaigne (et son complice Thomas Pesquet) avec son Dans la combi de Thomas Pesquet, une des BD qui m'a fait, et me fait encore tellement rire. Comme dans tous les univers qui donnent place à la création, il y a des chocs et des coups de foudre inattendus - La Bombe, les œuvres de Rochette, La Lune est blanche de Lepage...Pour terminer, il faut rendre hommage aux dessinateurs et coloristes, qui ne sont pas toujours cités, et qui font d'un scénario une bande dessinée inoubliable.