Juste un mot le billet de Pierre Bénard : cœur et sein
« La terre est », dit Hugo, « comme un champ sous les mouches ».
Nous sommes aujourd’hui sous les bourdons du mégafrançais, cette langue lourde, essentiellement racoleuse et tape-à-l’œil, où les mots multiplient leurs syllabes et se cherchent à l’envi, pour bourdonner plus bruyamment et vrombir avec plus de force, des synonymes sensationnels.
Le mégafrançais déteste les monosyllabes autant que la simplicité.
Aussi a-t-il horreur de nos prépositions.
D’où la substitution à « par » de « par le biais de », « à travers »… j’en passe.
« Dans » n’est pas mieux traité.
Après avoir fait mes modestes courses, je découvre que me suis fourni non dans tel magasin, mais au sein de celui-ci.
Magnifique interprétation de mon humble ravitaillement !
Je me vois maintenant, poussant mon caddie vide, comme un juste au schéol dans le sein d’Abraham.
« Au cœur », si chaleureux, si brûlant, si sympa, est également très à la mode.
La publicité nous apprend qu’un objet de prix a été fabriqué au cœur d’un atelier…
Cela écrit au cœur de mon bureau, au sein de ma petite ville et dans le cadre de « Juste un mot ».
Dessin de Xavier Broxolle