Juste un mot, le billet d'humeur de Pierre Bénard : Ciel ! Potentiel !
Il m’arrive de me demander comment, diable ! on pouvait s’exprimer avant le règne, l’empire, la domination de « potentiel » et de « potentiellement ».
On bâtissait des phrases minables avec des « pouvoir », des « peut-être », des « possible ». Et l’on n’avait pas honte de cette misère verbale.
J’ai entendu, moi qui vous parle et qui n’ai pas cent ans, des gens simples, qui ne se doutaient ni de « potentiel » ni de « potentiellement », annoncer qu’il « pourrait pleuvoir dans l’après-midi ».
Oui, cela était autrefois ainsi ; mais nous avons changé tout cela.
Et nous dirons maintenant qu’ « un épisode pluvieux pourrait potentiellement impacter nos territoires ».
Car on entend à tout bout de champ « potentiellement » se juxtaposer à « pouvoir ».
C’est peut-être une précaution, un acte de prudence.
Comme l’avenir du monde, l’état de notre ciel (avec possessif, s’il vous plaît) ressortit hautement au domaine du potentiel.
es augures, ainsi, en consultant le ciel, évitent de se mouiller…
Car rien n’est moins assuré que le potentiellement possible et le virtuellement potentiel.
Le dessin est dû au talent de Xavier Broxolle.